Serpents & Vers Basilic
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Serpents & Vers

Le monde médiéval des serpents n’est pas un monde homogène. D’un bestiaire à un autre, la liste des animaux rangés sous ce nom varie grandement. D’autant qu’aux serpents proprement dits s’ajoutent la famille des lézards et des dragons. Parfois s’ajoute à cette catégorie des animaux que la zoologie médiévale ne sait pas classer : escargot, crapaud, caméléon, salamandre.
Le monde des vers (vermes) est encore plus disparate. On y trouve toutes les larves mais aussi un grand nombre d’insectes - notion qui n’émergera clairement qu’au XVIè siècle -, quelques petits rongeurs. Et des animaux totalement inattendus à cette place. Ainsi le lynx qui, pour plusieurs auteurs, est « une sorte de grand ver blanc ».
Dans les encyclopédies, il n’est pas rare que les monstres forment une catégorie à part, alors que dans les bestiaires ils sont en général dispersés parmi les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les serpents. On les qualifie parfois de « merveilles » notamment celles de l’Inde ou de l’Orient. Dans certains livres qui leur sont exclusivement consacrés le nombre de monstres recensés peut être important. Il comprend non seulement des animaux comme le dragon, le griffon ou le basilic, des êtres hybrides, mi-humain mi-animaux, comme la sirène ou le centaure, mais aussi des êtres étranges, plus ou moins humains, vivant dans des pays lointains, aux confins de la terre. Certains n’ont qu’un œil au milieu du front, ou bien six doigts à chaque main et sept à chaque pied, ou encore pas de tête mais un visage aplati au milieu de la poitrine. D’autres ont d’immenses oreilles qui recouvrent la presque totalité de leur corps. D’autres sont couverts de poils et marchent à quatre pattes. D’autres encore, appelés sciapodes et vivant sous le chaud soleil d’Éthiopie, n’ont qu’un seul pied mais d’une taille si grande qu’il leur sert de parasol.

Basilic
& Aspic
L'aspic n'est ni le roi des serpents (c'est le basilic), ni le plus grand ou le plus dangereux (le dragon), mais celui par lequel les bestiaires commencent ce chapitre. Ce serpent est redoutable comme tous les serpents, mais son venin endort plus qu'il ne tue: l'homme ou la femme qui a été mordu par l'aspic tombe dans un profond sommeil et ne se réveille plus. C'est ce qui est arrivé à la reine Cléopâtre qui en mit un sur son sein et s'endormit pour toujours.
En Afrique, l'aspic sert à distinguer les enfants légitimes des bâtards. Les indigènes ont grande confiance en son jugement: chaque
nouveau-né lui est présenté; s'il est «de loyal lit» (légitime), l'aspic le salue; s’il est né d'une relation adultère, il le tue. En Inde, en revanche, l'aspic est pourchassé parce qu'il possède dans sa tête une pierre précieuse de très grand prix: une escarboucle. Des hommes cupides cherchent à s'en emparer. Pour ce faire, ils ont recours à une ruse : sachant que l'aspic est sensible au chant et à la musique, surtout celle de la flûte et de la harpe, ils en jouent, ou bien chantent, pour charmer le serpent et l'endormir. Mais ce dernier déjoue leur ruse: pour n'entendre aucun son, il colle l'une de ses oreilles contre le sol et se bouche l'autre avec l'extrémité de sa queue. Ce faisant, il n'entend rien, comme les hommes qui refusent d'entendre la parole de Dieu.

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