Bestiaires
Le cerf vit mille ans. Le belette conçoit par la bouche et enfante par l’oreille. Le bouc a toujours la fièvre, et son sang est si chaud qu’il traverse le diamant. L’autruche est une sorte de chameau qui peut manger n’importe quoi, y compris des objets en métal. Le lynx est un immense ver de couleur blanche dont le regard transperce les murailles. L’hyène change de sexe à volonté. Telles sont quelques-unes des affirmations que l’on peut lire dans les bestiaires du Moyen Âge. Ces étranges « livres de bêtes » parlent des espèces animales non pas tant pour les décrire telles qu’elles sont, encore moins pour les étudier de manière savante, que pour en faire des supports de significations morales et religieuses. Ces ouvrages parlent des animaux pour mieux parler de Dieu, du Christ, de la Vierge, parfois des Saints, et surtout du diable, des démons et des hommes pécheurs. S’ils s’attardent sur les « propriétés » des bêtes et sur les merveilles de leurs « natures », ce n’est pas tant pour détailler leur anatomie ou la biologie des animaux que pour célébrer la Création et le Créateur. Leur étude relève plus de l’histoire culturelle que de l’histoire naturelle.
Contrairement à une idée reçue, les hommes du Moyen Âge savent très bien observer la faune et la flore. Mais ils n’ont guère idée que l’observation ait un rapport avec le savoir, ni qu’elle puisse les conduire à la vérité. Cette dernière ne relevait pas de la physique mais des la métaphysique : le réel est une chose, le vrai en est une autre, différente. De même, artistes et imagiers savent fort bien représenter des animaux de manière réaliste, mais ils ne le font guère avant la fin du Moyen Âge. Parce que les représentations conventionnelles — celles que l’on voit dans ces bestiaires enluminés — sont, à leurs yeux, plus importantes, plus véridiques que les représentations naturalistes. Pour la culture médiévale, l’exact n’est pas le vrai. Dans l’image, tout est convention, y compris le « réalisme ».
Motifs
Enfin, si bon nombre d’animaux sont relativement indistincts, d’autres sont totalement instables d’un manuscrit à un autre, concernant notamment les créatures fabuleuses mais aussi certaines espèces exotiques. Le crocodile, par exemple, n’est le plus souvent qu’un dragon à la queue serpentiforme. Pour le reste, il peut prendre toutes sortes d’aspects : deux, quatre pattes ou aucune; des oreilles pointues ou pas d’oreilles, ses écailles sont de couleur jaune, vert, rouge ou brun, gris, tacheté, rayé ou polychrome. Ses dents sont petites, composent trois rangées ou sont semblables aux défenses d’un sanglier.
Comme les auteurs grecs et romains, ceux du Moyen Âge distinguent le plus souvent cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Les Bestiaires médiévaux se composent donc le plus souvent de cinq parties afin de répertorier chaque espèce animale.
La Dame licorne
Datant de la fin du Moyen Âge, l’iconographie de La Dame à la licorne s’éloigne de la vision morale des bestiaires médiévaux, héritiers des bestiaires antiques et composés aux XIIe et XIIIe siècles : la cohabitation d’espèces ennemies, leur disposition dans un jardin printanier et imaginaire évoquent plutôt un univers poétique, un monde paisible et réconcilié.
Comme les auteurs grecs et romains, ceux du Moyen Âge distinguent le plus souvent cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Les Bestiaires médiévaux se composent donc le plus souvent de cinq parties afin de répertorier chaque espèce animale.
La Dame licorne
Datant de la fin du Moyen Âge, l’iconographie de La Dame à la licorne s’éloigne de la vision morale des bestiaires médiévaux, héritiers des bestiaires antiques et composés aux XIIe et XIIIe siècles : la cohabitation d’espèces ennemies, leur disposition dans un jardin printanier et imaginaire évoquent plutôt un univers poétique, un monde paisible et réconcilié.




