









À l’échelle de l’Histoire…

es Scythes désigne un ensemble de peuples d’Eurasie en grande partie nomades et parlant des langues iraniennes. On les décrivait souvent comme des hommes roux avec les yeux gris.
Leur présence est également attestée en Pologne et en Tchéquie. Les Grecs fondent des colonies au nord de la mer Noire. Cette présence grecque les met en contact direct avec les Scythes. Leurs relations commerciales, culturelles et artistiques ont été très intenses, une véritable culture gréco-scythe riche en productions a fleuri en dépit des inévitables conflits qui éclatèrent souvent entre ces deux peuples. L’armée perse compte de nombreux Scythes d’Asie centrale, durant les guerres médiques contre les Grecs.
Originaires d’Asie centrale, ils ont vécu leur apogée entre le VIIe siècle av. J-C et la fin de l’Antiquité, notamment dans les steppes de l’Eurasie centrale, une vaste zone allant de l’Ukraine à l’Altaï, en passant par la Russie et le Kazakhstan. La culture scythe se serait développée à partir du VIIIe siècle av. J-C.
Ce peuple devenu nomade inventa les premières yourtes et passa maître dans la métallurgie du fer et dans la cavalerie montée. Les hommes de Karassouk ont surtout laissé des tombes. Leurs techniques de construction des sépultures et leur poterie étaient issues de la culture d’Andronovo, ainsi que certains de leurs bijoux, comme leurs pendentifs en forme de palme.
Les tombeaux des Scythes sont des tumulus qui pouvaient atteindre une taille monumentale.
Dans des temps bien plus anciens, ils auraient délogé les Cimmériens, un peuple qui a laissé son nom à la région que les Scythes vont à présent occuper: la Crimée du nord de la mer Noire. Ils forcent les Cimmériens à se diriger vers l’Anatolie et les Balkans. Les ayant poursuivis, les Scythes atteignent l’Assyrie, où ils s’allient au roi Assurbanipal contre les Mèdes. Changeant ensuite d’alliance, les Scythes contribuent à la chute des Assyriens, puis ils dominent et pillent la Mésopotamie puis la Judée pendant 28 ans. Ils envahissent également une partie de l’Égypte, où leur départ est acheté par le pharaon Psammétique Iervenu à leur rencontre. Ils retournent ensuite dans les steppes de la mer Noire. Les Scythes pénètrent également à plusieurs reprises en Europe centrale, notamment en Transylvanie et dans la plaine hongroise.
Au IVe siècle av. J-C, un roi scythe, Ateas, rassemble sous son autorité de vastes territoires Scythes et effectue une tentative d’expansion vers l’ouest
D’autres peuples scythiques plus tardifs, et notamment dérivés des Sarmates, ont joué un rôle dans l’histoire européenne durant l’Antiquité tardive et jusqu’aux grandes invasions, comme les Alains.
Les relations entre les Scythes et son grand voisin Perse sont intenses et complexes, faites de nombreux conflits de pouvoir, d’invasions réciproques, et d’alliances militaires. Une très importante campagne militaire perse en Scythie d’Europe, sera menée par Darius Ier vers 513 av. J-C. Darius ayant préalablement soumis une partie de la Thrace se prépara ensuite à envahir la Scythie. Mais les nombreux raids des cavaliers scythes pourtant en sous-nombre finirent par pousser les perses à renoncer à leur projet de conquête. Au IIe av. J-C une tribu scythe fit la conquête d’une province perse en rébellion contre l’empire gréco-perse des Séleucides et fonde ainsi le puissant Empire Parthe qui prend la place de l’ancien empire Perse. Selon Hérodote, les Scythes étaient des guerriers qui espéraient être tués au combat. Mourir de vieillesse était pour eux une honte. Au gré des alliances opportunistes les cavaliers scythes servirent de mercenaires dans les armées des empires pour lesquels ils constituaient un atout majeur. Ils s’engagèrent en particulier auprès des Assyriens et des Perses achéménides, et plus sporadiquement auprès des cités grecques. Ainsi au Ve siècle av. J-C, Athènes utilisa une police mercenaires d’archers scythes. Par la suite, ils formèrent des contingents de mercenaires au service des Séleucides, puis des Romains (Sarmates, Alains) et peut être aussi les Chinois.
Les Scythes sont d’origine indo-européenne, leur religion complexe et polythéiste entretient donc de nombreuses similitudes avec les religions grecque, thrace, celte, germanique, iranienne (perse) et hindoue.
Les récents travaux montrent que les Scythes baignaient dans une atmosphère religieuse. Pourtant, ils n’avaient pas de classe de prêtres, contrairement à leurs cousins indo-européens. Hérodote donne une liste de divinités scythes avec leurs équivalents grecs :
- Tabiti, déesse équivalente à Hestia, la déesse grecque du feu et du foyer ;
- Papaios, dieu équivalent à Zeus;
- Apia, la Terre, épouse de Papaios ; était représentée sous la forme d’une montagne « sécrétant » une rivière, c’est-à-dire d’une montagne-source.
- Thagimasadas, dieu équivalent à Poséidon;
- Oitosuros, dieu équivalent à Apollon; serait aussi à identifier au dieu solaire Mithra. Les Scythes surnommaient Mithra le « Souverain Fort ».
- Argimpasa, déesse considérée comme «Aphrodite céleste » ;
L’Héraclès scythique devait être très proche de son homologue grec, puisque les Grecs de la mer Noire ont mélangé leurs mythes : ils lui ont attribué le dixième travail de leur propre héros, celui où il vole les boeufs de Géryon (lesquels se transforment en juments dans la suite de leur récit).
Les Scythes couvraient leurs objets de représentations de cerfs stylisés à très longs bois au « galop volant », de bouquetins, de félins enroulés ou de rapaces. Le loup était présent surtout en Sibérie méridionale. Le cerf semble être un animal important et symbolique de cette culture. Il y a aussi le griffon, commun à tous les Iraniens, et des animaux imaginaires et composites. Il y a des représentations très réalistes de combats d’animaux. On ignore ce que tous ces symboles animaliers signifiaient, mais il semble certain qu’ils renvoient à des idées mythologiques complexes. Les momies scythes de l’Altaï qui ont une peau bien conservée ont de nombreux tatouages virtuoses de motifs animaliers complexes, ce sont les plus anciens tatouages parvenus jusqu’à nos jours. Les Scythes sont considérés comme parmi les meilleurs orfèvres de l’Antiquité.
Le mythe gréco-romain de Scythès
Un mythe greco-romain raconterait les origines du peuple Scythe. Lorsque le héros Héraclès s’unit au monstre Échidna, cette dernière mit au monde trois garçons. Puis vint le moment pour Héraclès de continuer sa route. Mais le jour du départ, Échidna demanda à son amant ce qu’elle devrait faire de leurs enfants, une fois parvenus à l’âge d’homme. Héraclès prit l’un de ses deux arcs et son baudrier qu’il donna à Échidna. Il ajouta que celui des trois qui parviendrait à positionner le baudrier et à bander l’arc comme lui-même le faisait, deviendrait le roi du pays. Les deux autres frères devraient alors s’exiler. Arrivés à l’âge d’homme, Échidna rassembla ses trois enfants, Agathyrsos, Gélonos et Scythès. L’épreuve pouvait alors commencer. Seul Scythès parvint à réussir l’exploit. Comme l’avait exigé Héraclès, Échidna donna le pouvoir suprême au vainqueur, tandis que ses deux autres enfants s’exilèrent. À ce moment, Scythès donna son nom à cette région et à son peuple. Pour les Grecs et les Romains, le monde dans lequel évoluent les tribus scythes est marqué par le froid et la neige.
Les Amazones, que l’on décrit dans certains mythes grecs, peuplent les steppes du nord de la mer Noire et l’Asie centrale. Les Amazones seraient uniquement constitué de femmes guerrières. Leurs attributs sont typiques des peuples scythiques : cheval monté, lance, hache, et surtout arc et flèches, elles vont même jusqu’à se couper le sein droit pour faciliter le tir à l’arc. Or si les Amazones proprement dit n’ont probablement pas existé, les cavalières noires guerrières scythes que les grecs découvrent, ont pu frapper leur imaginaire et inspirer les Amazones mythiques.
Les Scythes sont aussi mentionnés dans une autre culture très importante. Selon les Yasht, la partie mythologique de l’Avesta, le texte sacré du zoroastrisme, un héros nommé Thraetaona (le Fereydoun Fereydoun du Shâh Nâmâ de Ferdowsi) partagea son royaume entre ses trois fils, Iradj, Salm et Tour. Iradj reçut la Perse, Salm la partie occidentale de son royaume et Tour la partie orientale. Ce royaume pourrait correspondre à la région des Scythes. Selon les écrivains de
l’Antiquité et du Moyen-Âge, le Touran s’étendait dans les steppes du nord de la Perse. Le nom de Tour vient d’un terme indo-iranien, tura, qui signifie « puissant ».
Après l’arrivée des tribus turques au Turkestan, les Touraniens (et par conséquent les Scythes) furent considérés à tort comme Turcs.
Plusieurs groupes ethniques se sont plus ou moins réclamés d’une ascendance scythe, un moyen de revendiquer un passé prestigieux. Plusieurs légendes pictes, écossaises, gaéliques, hongroises, serbes et croates (entre autres) mentionnent des origines scythes. Les Scythes ont eu une influence culturelle importante sur les populations turco-mongoles d’Asie centrale qui les ont progressivement remplacé au cours du Moyen-Âge.


