
intro gauche
Bestiaires
Le cerf vit mille ans. Le belette conçoit par la bouche et enfante par l’oreille. Le bouc a toujours la fièvre, et son sang est si chaud qu’il traverse le diamant. L’autruche est une sorte de chameau qui peut manger n’importe quoi, y compris des objets en métal. Le lynx est un immense ver de couleur blanche dont le regard transperce les murailles. L’hyène change de sexe à volonté. Telles sont quelques-unes des affirmations que l’on peut lire dans les bestiaires du Moyen Âge. Ces étranges « livres de bêtes » parlent des espèces animales non pas tant pour les décrire telles qu’elles sont, encore moins pour les étudier de manière savante, que pour en faire des supports de significations morales et religieuses. Ces ouvrages parlent des animaux pour mieux parler de Dieu, du Christ, de la Vierge, parfois des Saints, et surtout du diable, des démons et des hommes pécheurs. Leur étude relève plus de l’histoire culturelle que de l’histoire naturelle.
Contrairement à une idée reçue, les hommes du Moyen Âge savent très bien observer la faune et la flore. Mais ils n’ont guère idée que l’observation ait un rapport avec le savoir, ni qu’elle puisse les conduire à la vérité. Cette dernière ne relevait pas de la physique mais des la métaphysique : le réel est une chose, le vrai en est une autre, différente. De même, artistes et imagiers savent fort bien représenter des animaux de manière réaliste, mais ils ne le font guère avant la fin du Moyen Âge. Parce que les représentations conventionnelles — celles que l’on voit dans ces bestiaires enluminés — sont, à leurs yeux, plus importantes, plus véridiques que les représentations naturalistes. Pour la culture médiévale, l’exact n’est pas le vrai. Dans l’image, tout est convention, y compris le « réalisme ».
Écart avec le réel
Les animaux vivant loin de l’Europe revêtent dans les miniatures des formes et des couleurs parfois très éloignées de celles qui sont les leurs dans la réalité : le tigre, le crocodile, le caméléon, la girafe… Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, un tel écart ne concerne pas seulement les espèces exotiques. Il peut aussi s’appliquer à des animaux familiers notamment à tous ceux qui jouent un rôle important dans la symbolique : les imagiers ne les dessinent pas toujours tels qu’ils sont mais tels qu’ils ont l’habitude de les dessiner en les dotant d’un ou plusieurs attributs qu’ils savent leur appartenir : la crinière et la queue font le lion; les taches polychromes font la panthère; la trompe, les défenses et parfois la tour qu’il porte sur le dos, font l’éléphant. Peu importe que les formes ressemblent ou non à celles de l’animal véritable; ce qui compte, ce qui sert de signes d’identité, ce sont les attributs conventionnels qui mettent en avant ses propriétés.
Chez les oiseaux, par exemple, aucun détail ne permet de distinguer la grue de l’autruche, aucun artiste ne cherche à rendre avec une scrupuleuse exactitude le détail de ses plumes pour différencier les deux oiseaux. Cela est particulièrement inutile puisque deux attributs suffisent à les distinguer : la grue tient dans sa patte un caillou et l’autruche serre dans son bec un clou ou un fer à cheval.
Le chat est difficile à reconnaître s’il est figuré seul. Tantôt il prend l’aspect du léopard, ou bien d’un petit félin indéterminé lorsque sa tête est montrée de face; tantôt il est figuré de profil et ressemble alors au singe ou à l’écureuil. Seul l’objet rond qu’il tient dans ses pattes diffère et nous permet de l’identifier : une noisette pour l’écureuil, une pomme pour le singe, une balle pour le chat.
Le chat est difficile à reconnaître s’il est figuré seul. Tantôt il prend l’aspect du léopard, ou bien d’un petit félin indéterminé lorsque sa tête est montrée de face; tantôt il est figuré de profil et ressemble alors au singe ou à l’écureuil. Seul l’objet rond qu’il tient dans ses pattes diffère et nous permet de l’identifier : une noisette pour l’écureuil, une pomme pour le singe, une balle pour le chat.

intro droite
Motifs parfois variés
Si bon nombre d’animaux sont relativement indistincts, d’autres sont totalement instables d’un manuscrit à un autre, concernant notamment les créatures fabuleuses mais aussi certaines espèces exotiques. Le crocodile, par exemple, n’est le plus souvent qu’un dragon à la queue serpentiforme. Pour le reste, il peut prendre toutes sortes d’aspects : deux, quatre pattes ou aucune; des oreilles pointues ou pas d’oreilles, ses écailles sont de couleur jaune, verte, rouge, tachetée, rayée ou polychrome. Ses dents sont petites, composent trois rangées ou sont semblables aux défenses d’un sanglier.
Comme les auteurs grecs et romains, ceux du Moyen Âge distinguent le plus souvent cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Les Bestiaires médiévaux se composent donc le plus souvent de cinq parties afin de répertorier chaque espèce animale.
La Dame à la licorne
Datant de la fin du Moyen Âge, l’iconographie de La Dame à la licorne s’éloigne de la vision morale des bestiaires médiévaux, héritiers des bestiaires antiques et composés aux XIIe et XIIIe siècles : la cohabitation d’espèces ennemies, leur disposition dans un jardin printanier et imaginaire évoquent plutôt un univers poétique, un monde paisible et réconcilié.
Comme les auteurs grecs et romains, ceux du Moyen Âge distinguent le plus souvent cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Les Bestiaires médiévaux se composent donc le plus souvent de cinq parties afin de répertorier chaque espèce animale.
La Dame à la licorne
Datant de la fin du Moyen Âge, l’iconographie de La Dame à la licorne s’éloigne de la vision morale des bestiaires médiévaux, héritiers des bestiaires antiques et composés aux XIIe et XIIIe siècles : la cohabitation d’espèces ennemies, leur disposition dans un jardin printanier et imaginaire évoquent plutôt un univers poétique, un monde paisible et réconcilié.
Matériaux
L’animal est aussi présent dans les manuscrits par les matériaux qu’il fournit au scribe et à l’enlumineur. La matière principale dont on se sert pour faire un livre au Moyen Âge est le parchemin. Ce parchemin est le plus souvent confectionné à partir des peaux de mouton, plus rarement de chèvre ou de veau. Scribes et enlumineurs se servent de nombreux autres produits animaux : plumes d’oie, de canard, de cygne, de héron, de corbeau... pour écrire; encriers en corne de boeuf; récipients faits de coquillages; manches d’instruments en os ou en ivoire; poils d’écureuil, de castor, de martre ou de blaireau pour confectionner l’extrémité des pinceaux fins; poils d’oreilles de boeuf pour celle des gros pinceaux; soie de porc ou de sanglier pour fabriquer les indispensables brosses; dents de loup pour polir les fonds d’or; pattes de lièvre pour lisser soigneusement la page enluminée.
À ces objets, s’ajoutent les différents produits tiré du monde animal que l’on utilise pour peindre, vernir, polir, coller et protéger. Si les couleurs employées par les peintres ont surtout une origine minérale ou végétale, il existe néanmoins dans la gamme de rouges et de noirs quelques pigments d’origine animale, comme certains insectes broyés, le suc de certains mollusques ou les os broyés et calcinés de certains animaux. Contrairement aux pigments, les liants, indispensables pour faire adhérer la peinture à la surface du parchemin et pour pouvoir superposer plusieurs couches de couleurs, sont presque toujours d’origine animale : lait, blanc d’oeuf, cire, miel, graisses, huiles, urines (celle d’ânes, particulièrement acide, est très appréciée), sucs et déjections diverses. De même, la plupart des colles et des vernis sont fabriqués à partir d’arêtes de poisson, de bois de cervidés, de peau de lièvre et d’os de porc.
Enfin, les reliures et les couvertures des livres ont, comme les pages écrites et enluminées, grand besoin de matériaux tirés du monde animal : cuirs et peaux, en premier lieu, mais aussi cires dont on les enduit, boyaux dont on fait les nerfs, laines et soies dont on tisse les étoffes protectrices.

Quadrupèdes Sauvages
Quadrupèdes Sauvages
Chacun des chapitres qui composent ce livre présente cinquante-six pays ou territoires plus ou moins lointains, présentés par ordre alphabétique, de l'Afrique jusqu’à Ululande. Ce livre de curiosités recherche au XVI siècle à mettre en valeur les caractéristiques principales de chacun de ces territoires et de consigner tout ce que contient le monde .
Sur cette miniature, l’enlumineur a peint une licorne, un dragon, un crocodile et quelques autres espèces de quadrupèdes et oiseaux exotiques.
Le secret de l'histoire naturelle contenant les merveilles et choses mémorables du monde, vers 1401-1500, fol 15v, Paris, BNF.
Lion
Le lion est considéré comme le plus fort des animaux terrestres. Du point de vue symbolique, Il s’agit d’un animal ambivalent : il y a un bon et un mauvais lion. Dans la bible, ce dernier est le plus fréquent. Dangereux, cruel, rusé, impie, il incarne les forces du mal, les ennemis d’Israël, les tyran ou les mauvais rois, les hommes vivant dans le péché. Mais il existe aussi un bon lion biblique, qui met sa force au service du bien commun et dont le rugissement exprime la parole de Dieu. Il est considéré comme le plus courageux de tous les animaux et le symbole de la tribu de Juda, la plus puissante d’Israël. À ce titre, il est associé à David, à sa descendance et même au Christ.
Aux dires des bestiaires, le lion n’a peur que d’un seul animal, le coq blanc, et n’est effrayé que par deux chose: le feu et le grincement des roues d’une charrette. Tous les bestiaires soulignent le courage du lion, sa générosité, son sens de la justice, toutes vertus qui sont le propre des rois. Le lion a désormais définitivement remplacé l’ours sur le trône du roi des animaux.

Ours cerf
Ours
L'ours est l'animal dont le caractère anthropomorphe est le plus affirmé. Il entretient avec l’être humain, notamment la femme, des rapports étroits, violents, charnels. Au Moyen Âge, on commence à l’opposer au lion. S’appuyant sur la Bible, où l’ours est toujours en mauvaise part.
On le compare parfois au diable. Satan prendrait souvent l’apparence d’un ours pour venir menacer ou tourmenter les hommes pécheurs. On dénonce les nombreux vices de l’animal : brutalité, méchanceté, lubricité, saleté, voracité, nocivité, fénéantise. L’ours devient la vedette du bestiaire des sept péchés capitaux, associé à quatre d’entre eux: la colère, la paresse, la goinfrerie et la luxure. On prétend qu’il violerait les jeunes femmes. Son haleine est fétide et dangereuse pour certains animaux, notamment le loup et le renard. De ses pattes résident toute sa force. Quand à son hibernation, elle suscite bien des interrogations. Où va-t-il? Dort-il vraiment? Comment se nourrit-il? Quelques auteurs affirment qu’il se rend en enfer et reçoit du diable des instructions pour répandre le mal sur terre. De nombreux saints le rencontrent et le domine: saint Amand, saint Éloi, saint Colomba qui force un ours à lui faire une place dans sa caverne. Saint Gall, de son côté, s’attache à la compagnie d’un ours. Ce dernier l’aidera à construire un Hermitage. Diabolisé par les bestiaires, l’ours est également ridiculisé. Muselé et enchaîné, l’ours accompagne les bateleurs de château en château, de foire en foire. Ancien roi des animaux, admiré et redouté, l’ours se transforme en une bête de cirque. Seuls les ours blancs des rois du Danemark et de Norvège conservent un certain prestige.
On le compare parfois au diable. Satan prendrait souvent l’apparence d’un ours pour venir menacer ou tourmenter les hommes pécheurs. On dénonce les nombreux vices de l’animal : brutalité, méchanceté, lubricité, saleté, voracité, nocivité, fénéantise. L’ours devient la vedette du bestiaire des sept péchés capitaux, associé à quatre d’entre eux: la colère, la paresse, la goinfrerie et la luxure. On prétend qu’il violerait les jeunes femmes. Son haleine est fétide et dangereuse pour certains animaux, notamment le loup et le renard. De ses pattes résident toute sa force. Quand à son hibernation, elle suscite bien des interrogations. Où va-t-il? Dort-il vraiment? Comment se nourrit-il? Quelques auteurs affirment qu’il se rend en enfer et reçoit du diable des instructions pour répandre le mal sur terre. De nombreux saints le rencontrent et le domine: saint Amand, saint Éloi, saint Colomba qui force un ours à lui faire une place dans sa caverne. Saint Gall, de son côté, s’attache à la compagnie d’un ours. Ce dernier l’aidera à construire un Hermitage. Diabolisé par les bestiaires, l’ours est également ridiculisé. Muselé et enchaîné, l’ours accompagne les bateleurs de château en château, de foire en foire. Ancien roi des animaux, admiré et redouté, l’ours se transforme en une bête de cirque. Seuls les ours blancs des rois du Danemark et de Norvège conservent un certain prestige.
Cerf
Les pères de l’église au Moyen Âge ont beaucoup fait pour transformer le cerf, animal peu valorisé par les Romains en une créature christologique. Pour ce faire, ils se sont appuyés sur un certain nombre de traditions celtes et germaniques qui voyaient dans le cerf un animal solaire, un être de lumière, médiateur entre le ciel et la terre. Il est mentionné dans le récit de saint Eustache et saint Hubert par exemple. Construites autour du thème du cerf d’o, du cerf blanc, du cerf ailé, du cerf merveilleux rencontré par un chasseur au coeur de la forêt et portant entre ses bois l’image lumineuse d’un crucifix. Les bestiaires font du cerf un symbole de rapidité, de longévité et de résurrection. Le cerf serait l’ennemi du serpent, qu’il force à sortir de son trou en le remplissant d’eau puis en aspirant; le serpent une fois dehors, il le tue et le mange. Mais s’il reste trois heures sans boire après un tel repas, il mourra tant le serpent, même mort est venimeux. C’est pourquoi le cerf cherche une fontaine ou une source où il pourra s’abreuver. Le cerf lui-même vit très longtemps, plus longtemps que tous les autres animaux de la forêt . Quelques auteurs parlent de cent ans, d’autres de neuf mille ans.

Sanglier Loup
Sanglier
Rares sont les bestiaires qui célèbrent les vertus du sanglier. À dire vrai, il n’en a qu’une: la bravoure. Il n’a peur de rien et se bat jusqu’à la mort. Son arme principale réside dans ses 2 défenses, qu’il aiguise en les frottant contre un arbre et qu’il renforce en mâchant une herbe merveilleuse. S’il a une mauvaise vue, le sanglier a bon odorat et surtout une bonne oreille. Dans le bestiaire des cinq sens, il est souvent associé à l’ouïe, au même titre que la taupe. Au demeurant, il aime la musique, surtout celle des instruments à vent, et son urine, mêlée à du miel, guérit la surdité et tous les maux d’oreille. Pour le reste, il est considéré comme une bête immonde et malfaisante, incarnation des ennemis du christ. Il est laid, il sent mauvais, il fait du bruit, il vit dans les ténèbres: c’est en tout point une créature démoniaque. Il trouve son plaisir dans la fange et l’ordure; ses pieds sont tordus. Comme le cochon domestique, le sanglier ne regarde jamais vers le ciel mais a toujours la tête en terre, fouillant le sol toute la journée à la recherche de nourriture. Ce faisant, il est à l’image des hommes lascifs qui ne pensent qu’aux plaisirs terrestres.
Le courage de l’animal, chanté par les poètes romains, est devenu sous la plume des auteurs chrétiens une violence aveugle et destructrice. À la fin du moyen âge, on lui attribue les vices jusque-là attribués au seul porc domestique : gloutonnerie, intempérance, lubricité, saleté, paresse.
Le courage de l’animal, chanté par les poètes romains, est devenu sous la plume des auteurs chrétiens une violence aveugle et destructrice. À la fin du moyen âge, on lui attribue les vices jusque-là attribués au seul porc domestique : gloutonnerie, intempérance, lubricité, saleté, paresse.
Loup
Pour les bestiaires, le loup est nocif et diaboliques. Il marche toujours dans le sens du vent afin que les chiens ne puissent pas le suivre à la trace. Comme le chien, il est sujet à la rage et, aux dires de quelques auteurs, sa morsure est venimeuse parce qu’il se nourrit parfois de crapauds. Sa proie préférée est l’agneau, c’est pourquoi il aime se déguiser — par exemple en revêtant une peau de mouton — pour s’introduire au cœur d’un troupeau. Le cannibalisme entre loups est un fait avéré, aux dires des encyclopédies. Toutefois, à la chair de tout animal, il préfère la chair humaine. C’est un grand dévoreur de petites filles, comme dans le conte du petit chaperon rouge, dont la plus ancienne version est attestée dans la région de Liège aux environs de l’an mille. Il aime faire le mal pour le mal; quand il s’empare d’un agneau, il le torture avant de le mettre en pièce et de le dévorer : c’est l’image du diable qui tourmente les hommes avant de les précipiter dans la gueule de l’enfer. Féroce et cruel, le loup tue toujours plus de proies qu’il n’a besoin pour se rassasier.
La vue est chez le loup le sens le plus développé et constitue une arme redoutable. Tous les bestiaires s’accordent à raconter à ce sujet comment se passe la rencontre d’un homme et d’un loup. Si le loup voit l’homme le premier, l’homme en devient muet et paralysé; incapable de se défendre, il se laisse dévorer. Mais au contraire si c’est l’homme qui le premier voit le loup, celui-ci perd sa force et son agressivité, fait demi-tour et s’enfuit, ou se laisse capturer. On affirme que le cerveau du loup croît et décroît avec la lune.
La vue est chez le loup le sens le plus développé et constitue une arme redoutable. Tous les bestiaires s’accordent à raconter à ce sujet comment se passe la rencontre d’un homme et d’un loup. Si le loup voit l’homme le premier, l’homme en devient muet et paralysé; incapable de se défendre, il se laisse dévorer. Mais au contraire si c’est l’homme qui le premier voit le loup, celui-ci perd sa force et son agressivité, fait demi-tour et s’enfuit, ou se laisse capturer. On affirme que le cerveau du loup croît et décroît avec la lune.

Panthère Tigre
Panthère
La panthère est un fauve dont les propriétés sont en tout point merveilleuses. Tout d’abord son pelage: il n’est pas uniforme mais fait de différentes couleurs, le plus souvent sept, nombre qui au Moyen Âge constitue une totalité, voire une perfection. Plusieurs bestiaires enluminés montrent une panthère merveilleuse, dont la robe n’est pas semée de taches mais d’yeux de toutes les couleurs, à l’image d’Argus, ce géant de la mythologie grecque qui possédait cent yeux répartis sur tout le corps et qui voyait tout et partout. Quelques textes consacrent un chapitre spécial au « pard » présenté comme le mâle de la panthère. Lui aussi est doté d’un pelage bigarré, mais il ne possède pas une haleine merveilleuse et n’attire pas à lui les autres animaux. Bien au contraire, c’est une bête cruelle et sanguinaire, rusée et infidèle. Il s’accouple parfois avec la lionne, femelle perpétuellement en chaleur, presque aussi lubrique que la louve, ce qui donne naissance à un animal bâtard, néfaste et redoutable, le léopard.
Tigre
et la manticore
Comme la panthère, le tigre des Bestiaires n’a guère de rapport avec l’animal que nous désignons ainsi. Comme elle, il présente un pelage fait de différentes couleurs, tantôt rayé, tantôt tacheté, tantôt semé de disques ou d’étoiles. C’est le plus rapide de tous les animaux; c’est pourquoi le plus rapide de tous les fleuves de l’Orient porte son nom: le Tigre, au bord duquel se trouve Bagdad. Certains bestiaires rapprochent du tigre la manticore, animal monstrueux qui vit aux Indes. Son corps est celui d’un tigre dont le pelage serait couleur de sang, mais son visage est celui d’un homme aux yeux bleus. C’est une bête effrayante qui aime la chair humaine. Elle court si rapidement que personne peut lui échapper. Sa gueule énorme est pourvue d’une triple rangée de dents; sa longue queue se termine par une sorte de trident et, comme celle du scorpion, peut lancer des aiguillons empoisonnés. Un tel projectile tue aussitôt celui qui en est atteint, excepté l’éléphant insensible à son venin. La voix de la manticore fait contraste avec son aspect : elle est belle et harmonieuse, semblable au son d’une flûte; elle s’en sert pour attirer les hommes, les femmes et les enfants afin de les dévorer. Quelques auteurs préfèrent consacrer à la manticore un chapitre autonome. Ils ne la dotent alors pas d’un corps de tigre mais de lion et, ce faisant, d’une abondante crinière. Son visage est celui d’un homme barbu dont les yeux ne sont pas bleus mais injecté de sang. Elle vit non pas aux Indes mais en Éthiopie.

Licorne éléphant
Licorne
Les Bestiaires donnent à cet animal parfois la taille et le corps d’un cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du lion. Quelques auteurs en font au contraire un animal de petite taille, semblable à un chevreau. D’autres la dotent d’une tête de bouc ou de chèvre, d’autres du corps d’une biche et de la queue d’un taureau. Tous en font un animal hybride. Mais elle seule possède au milieu du front une corne, très brillante et très longue. Cette corne a pour vertu principale d’éloigner les démons et de purifier tout ce qu’elle touche. En contact avec un corps venimeux ou une eau empoisonnées, elle se met à saigner.
Capturer une licorne n’est pas chose aisée. L’animal est farouche, orgueilleux, brutal. Sa rapidité à la course rend vaine toute poursuite. C’est pourquoi les chasseurs ont recours à une ruse pour s’en saisir. Ils savent que la licorne est attirée par l’odeur de la virginité. Dans une clairière, ils font asseoir une jeune fille et se cachent. Attiré par l’odeur, l’animal sort de son repaire, vient s’agenouiller devant la pucelle, pose sa tête sur ses genoux ou sur son sein, puis s’endort. Les chasseurs en profitent pour la tuer traîtreusement ou pour la conduire dans un enclos. Mais la licorne est si fière qu’elle refuse toute captivité et se laisse mourir. Si la jeune fille n’est pas vierge, la licorne la tue de sa corne.
Capturer une licorne n’est pas chose aisée. L’animal est farouche, orgueilleux, brutal. Sa rapidité à la course rend vaine toute poursuite. C’est pourquoi les chasseurs ont recours à une ruse pour s’en saisir. Ils savent que la licorne est attirée par l’odeur de la virginité. Dans une clairière, ils font asseoir une jeune fille et se cachent. Attiré par l’odeur, l’animal sort de son repaire, vient s’agenouiller devant la pucelle, pose sa tête sur ses genoux ou sur son sein, puis s’endort. Les chasseurs en profitent pour la tuer traîtreusement ou pour la conduire dans un enclos. Mais la licorne est si fière qu’elle refuse toute captivité et se laisse mourir. Si la jeune fille n’est pas vierge, la licorne la tue de sa corne.
Tous les bestiaires s’accordent sur cette manière de chasser l’animal et sur sa signification cachée: la licorne c’est Jésus-Christ, la jeune fille c’est la Vierge Marie. La licorne est déjà mentionnée par un médecin grec vivant au Vè siècle avant notre ère. Il en fait une sorte d’âne sauvage à tête rouge et aux yeux bleus vivant aux Indes et pourvue sur le front d’une corne unique, parfois torsadée. Progressivement, on se demande si cet animal venu d’Orient doit ou non être confondu avec le rhinocéros, que les Romains voyaient combattre dans les jeux du cirque, appelé aussi monocéros. D’autres affirment qu’il existe une « licorne de mer ». Des siècles plus tard on l’identifiera avec le « narval ». Ce sont les dents de narval, importées des mers froides à la Renaissance, qu'on prenait pour des cornes des licorne, exposées dans les cabinets de curiosités.
Le Qilin est une licorne-dragon que l’on retrouve dans l’art perse et chinois, chargé d’une valeur plus positive qu’en Occident.
Le Qilin est une licorne-dragon que l’on retrouve dans l’art perse et chinois, chargé d’une valeur plus positive qu’en Occident.
Éléphant
Dans sa lutte contre l’éléphant, son ennemi mortel, plusieurs auteurs soulignent que la licorne lui voue une haine implacable. Quand elle le rencontre, elle aiguise sa corne contre une pierre et le frappe mortellement sous les ventre.
L’éléphant médiéval est paré de toutes les vertus : la chasteté, le courage, la pertinence, la bienveillance, l’honnêteté, la générosité, le sens de la justice, sans compter l’intelligence et la force. C’est le plus grand et le plus fort de tous les animaux terrestres; il peut porter sur son dos une tour dans laquelle quarante personnes ont pris place. Incapable de plier les genoux il met sa bouche à terre pour manger ou boire. Cette absence de jointure aux genoux oblige l’animal à dormir debout, appuyé contre un arbre. Pour le capturer, les chasseurs abattent l’arbre : l’éléphant tombe et ne peut se relever. Ils peuvent alors s’emparer de ses dents, que l’on appelle « yvoire » et dont ils font commerce.
L'éléphant n’aurait qu’un seul défaut : il est parfois craintif. Outre le dragon, il redoute la présence de souris ou rats, le grognement du cochon et le poison du caméléon. Quand il a dévoré ce dernier, dont la couleur se confond avec celle du feuillage, il doit manger la mystérieuse « rose noire des Indes ». Comme le lion, l’éléphant n’est pas inconnu de l’Occident médiéval. Certains princes en possèdent un dans leur ménagerie, offert par quelques souverains d’Afrique ou d’Asie.
L’éléphant médiéval est paré de toutes les vertus : la chasteté, le courage, la pertinence, la bienveillance, l’honnêteté, la générosité, le sens de la justice, sans compter l’intelligence et la force. C’est le plus grand et le plus fort de tous les animaux terrestres; il peut porter sur son dos une tour dans laquelle quarante personnes ont pris place. Incapable de plier les genoux il met sa bouche à terre pour manger ou boire. Cette absence de jointure aux genoux oblige l’animal à dormir debout, appuyé contre un arbre. Pour le capturer, les chasseurs abattent l’arbre : l’éléphant tombe et ne peut se relever. Ils peuvent alors s’emparer de ses dents, que l’on appelle « yvoire » et dont ils font commerce.
L'éléphant n’aurait qu’un seul défaut : il est parfois craintif. Outre le dragon, il redoute la présence de souris ou rats, le grognement du cochon et le poison du caméléon. Quand il a dévoré ce dernier, dont la couleur se confond avec celle du feuillage, il doit manger la mystérieuse « rose noire des Indes ». Comme le lion, l’éléphant n’est pas inconnu de l’Occident médiéval. Certains princes en possèdent un dans leur ménagerie, offert par quelques souverains d’Afrique ou d’Asie.

Singe hyène
Singe
Pour le Moyen Âge chrétien, seuls trois animaux entretiendraient avec l’Homme des liens de ressemblance ou de parenté: l’ours, en raison de son aspect externe; le cochon, en raison de son organisation anatomique interne; et le singe. Pour Aristote et Pline, ce dernier était le plus proche. Mais un tel cousinage heurte profondément les valeurs chrétiennes. Non seulement parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu et que l’animal est une créature imparfaite qui ne peut lui ressembler. Mais aussi parce que pour la sensibilité médiévale le singe représente ce qu’il y a de plus vil, de plus repoussant, de plus diabolique. Un auteur affirme que si une femme enceinte regarde un singe, son enfant sera d’une laideur simiesque et ne pourra pas trouver sa place dans la société. Les bestiaires font du singe le plus laid des êtres vivants: son visage est grimaçant, son nez aplati, sa peau horriblement plissée; la vue des son derrière est insoutenable. Bref, c’est un être obscène et répugnant qu’il est impossible de rapprocher de l’homme.
Dès lors, comment concilier le savoir antique et les valeurs chrétiennes? Une solution, au milieu du XIIIè siècle, a été trouvée: le singe ne ressemble pas à l’homme « par nature » mais « par artifice »; il fait semblant de lui ressembler alors qu’en réalité il ne lui ressemble pas du tout. Il « simule », comme l’indique bien son nom latin: simius. Ce faisant, il apparaît comme encore plus démoniaque puisqu’il triche et qu’il trompe. Il est l’image même du diable qui cherche à « singer » Dieu. Plusieurs auteurs voient dans le singe un homme qui s’est révolté contre Dieu et que celui-ci a puni et dégradé, comme il l’a fait pour Lucifer, ange rebelle. La pomme qu’il porte fréquemment à sa bouche sur de nombreuses miniatures est, comme celle d’Adam et Ève, le symbole de la chute. L’humeur du singe est changeante: lorsque la nuit est nouvelle et ascendante, il se montre gai et joueur; lorsqu’elle décroît, il devient sombre et mélancolique. Au Moyen Âge, être mélancolique n’a rien d’admirable; au contraire, c’est une maladie, presque un vice, dû à un excès de bile noire. Celle-ci passe pour froide et sèche. Le singe est un animal lunaire pour les savoirs médiévaux, comme l’ours ou le renard, d’où ses changements d’humeur.
Hyène
Bien pire que l’onagre est l’hyène, bête. Immonde et féroce qui hante les cimetières, déterre les cadavres puis les mange. C’est une créature hybride. Son dos est celui de l’éléphant; son cou, celui du serpent; la couleur de son poil est changeante à volonté, ce qui lui permet de se dissimuler. Elle sait imiter la voix humaine à la perfection et parler comme les hommes. La nuit, elle s’approche des cabanes où dorment les bergers, et les appelle par leur nom; quand ils sortent, elle les dévore. Son regard est terrifiant et suffit pour paralyser les chiens et renverser les chevaux. Malgré tous ces dangers, les hommes cherchent à se saisir de l’hyène car elle possède dans l’oeil une pierre merveilleuse qui permet à celui qui réussit à s’en emparer et à la placer sous sa propre langue, de connaître l’avenir. Là ne réside cependant pas la propriété la plus remarquable de cette bête effroyable. Elle est tellement fourbe et rusée qu’elle peut changer de sexe à volonté, s’accouplant tantôt avec le loup, tantôt avec le lion. La nature double de l’hyène signifie les hommes et les femmes au coeur double qui font semblant d’aimer Dieu d’un côté et honorent le diable de l’autre.

chameau antilope
Chameau
Pour les bestiaires chrétiens du Moyen Âge, le chameau est davantage pensé comme un animal sauvage que comme un animal domestique. Les auteurs savent pourtant parfaitement que l’animal peut s’éduquer, porter hommes et marchandises et que « les Mahométans d’Arabie en tirent grand profit ». Ils le comparent parfois à l’âne mais soulignent aussitôt qu’il est nettement plus obéissant. C’est un être vertueux et sobre, pouvant rester plusieurs jours sans boire. Il n’est pas beau. Sa tête est celle d’un bouc, ses pattes semblent grêles et fragiles, son dos présente deux énormes bosses qu’aucun autre animal ne possède. Cette laideur fait qu’il jalouse le cheval, bien plus beau que lui. Il est fier de vivre beaucoup plus longtemps que ce dernier, au moins cent ans, parfois plus, et de ce que ses sabots ne s’usent jamais. Sa mâchoire supérieure abrite des dents plus petites que celles de sa mâchoire inférieure; il doit donc mâcher longtemps pour moudre sa nourriture. Mais, surtout, il possède quatre entres, que doivent successivement traverser tous les aliments. Sa digestion est donc très longue.
Antilope
L’antilope est souvent rapprochées des chameaux. Les bestiaires en décrivent différentes espèces. La principale est l’antula, bête très fière, cruelle et redoutable, rapide à la course et dotées de deux cornes d’autant plus dangereuses qu’elles sont dentelées comme une scie (un instrument diabolique pour la sensibilité médiévale). Avec ses cornes, l’antula peut scier n’importe quel arbre et affronter les bêtes les plus fortes. Lorsqu’elle a soif, l’antula va s’abreuver sur les bords de l’Euphrate, dont les rives sont envahies d’arbustes. Ses cornes s’emmêlent dans les lianes et l’antula ne peut plus se dégager. Elle pousse alors des cris plaintifs qui attirent les chasseurs. Elle est l’image de l’homme pécheur, prisonnier de ses vices; le diable a beau jeu de s’en saisir et d’en faire ce qu’il lui plaît. Certains bestiaires confondent l’antula et l’ibex, cette dernière étant plus proche de la chèvre sauvage ou du bouquetin que de l’antilope. L’ibex est pourvue de deux longues cornes rectilignes que nos auteurs identifient aux deux Testaments, « que Dieu a donné à l’homme pour lutter contre ses ennemis ». Parfois présenté comme un cousin de l’antilope, l’onagre est un âne sauvage, fier et farouche. Personne ne peut le dresser, ni même s’en approcher. Son agilité est extrême et lui permet d’échapper aussi bien aux chasseurs qu’aux prédateurs. C’est un animal étonnant. Il recherche les lieux solitaires et chante de joie lorsqu’il en a découvert un. Certains voient dans l’onagre, animal futile et paresseux, une image de l’homme esclave de ses plaisirs.

castor Hérisson
Castor
Le castor, quant à lui, n’est pas hermaphrodite et son appareil génital possède des vertus médicinales très efficaces dans l’esprit de l’époque. Le castor est donc pour cela très recherché. Quand le mâle est poursuivi par les chasseurs, et qu’ils sont sur le point de l’attraper, le castor coupe ses testicules avec ses dents et écarte bien les cuisses. Pour montrer à ses poursuivants qu’il ne sert à rien de le tuer. Ce comportement est à rapprocher de l’homme pécheur poursuivi par le démon; pour lui échapper il doit se débarrasser de tout ce dont celui-ci raffole : fornication, adultère, lubricité, goinfrerie, ivrognerie. Lorsqu’il a obtenu ce qu’il désirait, le démon abandonne sa proie.
Hérisson
Si le castor est une victime, le hérisson ne l’est pas. Pour les bestiaires, c’est une bête nuisible, qui cherche à voler les raisins de la vigne. C’est un voleur qui, comme le sanglier biblique « ravage les vignes du Seigneur ».
Tout aussi malfaisant est l’écureuil. Pour la culture médiévale, c’est « le singe de la forêt ». Il passe pour paresseux, lubrique, stupide et avare. L’essentiel de son temps est consacré à dormir, à jouer et à batifoler dans les arbres. En outre, il engrange bien plus de nourriture qu’il lui est nécessaire — ce qui est un péché très grave — et il ne se souvient même plus des cachettes qu’il a utilisées — ce qui est signe d’une grande sottise. Son pelage roux constitue du reste le signe extérieur de cette nature mauvaise: il est semblable à la chevelure de Judas.
Tout aussi malfaisant est l’écureuil. Pour la culture médiévale, c’est « le singe de la forêt ». Il passe pour paresseux, lubrique, stupide et avare. L’essentiel de son temps est consacré à dormir, à jouer et à batifoler dans les arbres. En outre, il engrange bien plus de nourriture qu’il lui est nécessaire — ce qui est un péché très grave — et il ne se souvient même plus des cachettes qu’il a utilisées — ce qui est signe d’une grande sottise. Son pelage roux constitue du reste le signe extérieur de cette nature mauvaise: il est semblable à la chevelure de Judas.

Quadrupèdes Domestiques
Quadrupèdes Domestiques
La zoologie médiévale n’est pas la zoologie moderne, il faut le redire. Plusieurs espèces quelque peu inattendues sont donc ici rangées dans la catégorie quadrupèdes domestiques. La distinction entre animaux indigènes et animaux exotiques n’est pas exactement la même au Moyen Âge et aujourd’hui, de même la frontière entre animaux sauvages et animaux domestiques. Depuis presque deux siècles, zoologues et naturalistes considèrent comme « domestiques » toutes espèces dont l’homme maîtrise et contrôle la reproduction. Pour la culture médiévale, il en va différemment : sont plus simplement qualifiés de « domestiques » tous les animaux qui vivent dans et autour de la maison (domus); non seulement le chien, le chat et tous les animaux de la ferme, mais aussi. Le rat, la souris, la belette, le merle, la pie, le corbeau et même le renard, grand habitué du poulailler.
Inversement, certains animaux pleinement domestiques pour nous sont plus ou moins sauvages dans la symbolique et sensibilité médiévale. Le taureau en est un parfait exemple. D’autres, comme le porc, l’âne ou la chèvre, se dédoublent : il existe une espèce domestique et une espèce sauvage. Leur nature est équivoque; leurs symboliques, ambiguë.
Inversement, certains animaux pleinement domestiques pour nous sont plus ou moins sauvages dans la symbolique et sensibilité médiévale. Le taureau en est un parfait exemple. D’autres, comme le porc, l’âne ou la chèvre, se dédoublent : il existe une espèce domestique et une espèce sauvage. Leur nature est équivoque; leurs symboliques, ambiguë.
Lapin
et Lièvre
Le lapin est un symbole sexuel évident au Moyen Âge, associé à la lune et à la fécondité, il est considéré comme impur. Le français médiéval nommait sous les termes de connil ou connin, à la fois le lapin et le sexe féminin, un mot donc vulgaire et à double sens. Il est l’animal de Vénus et peut ainsi symboliser la luxure. Dans l’islam, le lapin est considéré comme un symbole positif de fécondité et d'abondance ; il en est de même dans le bouddhisme où il symbolise en plus la lucidité : le lapin étant un des rares mammifères à naitre avec les yeux ouverts.
Pendant au moins six mille ans, le lièvre fut un animal sacré presque partout dans le monde : dans l’ancienne Égypte, en Afrique, en Chine, au Tibet, en Inde, à Ceylan ; chez les Hottentots, les Aztèques, les Grecs, les Celtes, les germains, les Nordiques, les Britanniques, les Saxons, les Indiens d’Amérique du Nord. La première manifestation fut la déesse à tête de lièvre Un-T ou Unnu-t, en Basse Égypte. Le dieu Osiris fut, de son côté, représenté, portant une coiffe en oreilles de lièvre. Au fur et à mesure Thot, remplaça Unnu-t et devint seigneur de la lune. Le hiéroglyphe du lièvre peut être écrit pour vouloir dire lièvre, s’élever, bondir, s’ouvrir ou soleil levant. Une représentation du dieu égyptien Osiris à Karnak est intitulée Osiris Unnefer par exemple. Nefer signifiant beau, brillant, gloire, Osiris Un-nefer signifie donc Osiris le lièvre glorieux. Il aurait été l’assistant des âmes et le messager des dieux. De cette fonction vint une nouvelle signification : celui qui apporte l’inspiration, qui porte la lumière et qui élève la conscience. Dans l’Antiquité égyptienne, on considérait une intuition comme le message que veulent nous faire parvenir des dieux. Là encore, les qualités du lièvre conviennent parfaitement. Les intuitions bondissent dans notre conscience à l’improviste.
Au Moyen Âge, le lièvre peut parfois être considéré comme manquant cruellement de courage (ex: l’expression « couard comme le lièvre »).

cheval âne
Cheval
& Âne
La société féodale est une société du cheval. Du moins pour ce qui concerne la classe aristocratique. Les romans de chevalerie donnent à cet animal une image valorisée, souvent idéalisée, qui souligne les liens très forts qui unissent le seigneur ou le chevalier et sa monture.
Cheval médiéval, comme bon nombre d’animaux domestiques, est un travailleur.
Plusieurs textes associent le placenta, dont est recouvert le poulain par la jument, à des drogues et des potions que les mages et sorciers administrent aux rois afin d’avoir un fils. En orient, certains chevaux possèdent des cornes, tel Bucéphale, le cheval d’Alexandre.
Sur l’âne, les bestiaires ne vantent pas ses qualités, bien au contraire. À les en croire, l’âne est sale et négligent, paresseux, lent, entêté et stupide. C’est en outre un animal qui cache sa queue entre ses jambes, qui a peur de l’eau et qui refuse de franchir les ponts. Mais le plus souvent l’âne est moqué et pris en mauvaise part. Il symbolise l’ignorance, la paresse, l’adultère.
Cheval médiéval, comme bon nombre d’animaux domestiques, est un travailleur.
Plusieurs textes associent le placenta, dont est recouvert le poulain par la jument, à des drogues et des potions que les mages et sorciers administrent aux rois afin d’avoir un fils. En orient, certains chevaux possèdent des cornes, tel Bucéphale, le cheval d’Alexandre.
Sur l’âne, les bestiaires ne vantent pas ses qualités, bien au contraire. À les en croire, l’âne est sale et négligent, paresseux, lent, entêté et stupide. C’est en outre un animal qui cache sa queue entre ses jambes, qui a peur de l’eau et qui refuse de franchir les ponts. Mais le plus souvent l’âne est moqué et pris en mauvaise part. Il symbolise l’ignorance, la paresse, l’adultère.
Mouton
Bélier & Agneau
La plupart des bestiaires consacrent au mouton trois chapitres : un pour le bélier, un pour la brebis, un pour l’agneau. On souligne souvent combien le mouton est un animal bon, doux et placide, fournissant à l’homme de nombreux produits, dont la laine si précieuse.
Le bélier est remarquable par ses cornes. Bien que fortement enroulées, celles-ci constituent des armes redoutables dont l’animal se sert pour repousser ses ennemis.
Le bélier est remarquable par ses cornes. Bien que fortement enroulées, celles-ci constituent des armes redoutables dont l’animal se sert pour repousser ses ennemis.
Pris en bonne part, le bélier est associé à la vigilance, au courage et surtout à l’énergie, à la force vitale, à la volonté et, en raison de sa vigueur sexuelles, à la fécondité. À l’époque du rut, quand deux béliers combattent, ils le font avec une grande violence et de manière aveugle, comme s’ils avaient dans la tête des vers qui leur provoquaient des démangeaisons que seul l’affrontement parvenait à calmer. Un tel combat n’est pas sans risque: le bélier perd toute sa force, son courage et sa fierté si une de ses cornes est abîmée. Pris en mauvaise part, le bélier signifie l’obstination, l’aveuglement, la colère et la jalousie.
L’agneau est aux dires des bestiaires « la plus douce de toutes les bêtes qui sont sur terre ». Il ne possède pas de cornes, ne sait pas se défendre. C’est un symbole de pureté et d’innocence. L’agneau des bestiaires est un agneau chrétien : il renvoie à Jésus- Christ. Certains auteurs rappellent que dans le Nouveau Testament le Sauveur est appelé « Agneau de Dieu » parce qu’il est la victime, chargée de nos péchés, qui s’offre à Dieu pour les expier à notre place. D’autres citent saint Jean-Baptiste venant baptiser Jésus dans l’eau du Jourdain: « voici l’agneau de Dieu ». Tous voient dans la chair de l’agneau celle du Christ souffrant; il fait écho au bélier sacrifié à la place d’Isaac dans le récit de la Genèse. Les auteurs sont en revanche plus discrets sur l’agneau de l’Apocalypse, un agneau juge et vengeur, qui se met en colère et lutte contre les forces du Mal.

Taureau bouc
Taureau
& Bœuf
Pour la culture médiévale dans son ensemble, le bœuf est docile au travail, attaché à son maître. Il est plus résistant que le cheval et passe là où celui-ci ne peut s’aventurer. C’est un grand expert en météorologie: avant même qu’il pleuve, il se dirige vers un abri; puis devançant l’arc-en-ciel, il en sort avant que la pluie cesse parce qu’il sait qu’elle va s’arrêter.
Plusieurs auteurs signalent l’existence « en Germanie » de bœufs sauvages, tellement farouches qu’il est impossible de les atteler, tellement puissants qu’ils déracinent les arbres, tellement violents qu’ils n’hésitent pas à s’attaquer à une armée entière de chevaliers. Un cousin de ce bœuf sauvage vit en Orient et porte le nom de bonnacon. Il a le corps d’un bœuf gigantesque une tête de taureau et une crinière de cheval. C’est un animal rapide malgré son poids. Ses cornes sont de grande taille mais tellement retournées sur elles-mêmes qu’elles ne peuvent lui servir pour se défendre. Pour se faire, il utilise une arme bien différente : quand les chasseurs le poursuivent - sa chair était très recherchée - il projette derrière lui « un grand amas de fiente brûlante et âcre », qui provoque des incendies.
Les bestiaires n’aiment pas le taureau : c’est une bête infernale. Sa vigueur sexuelle est dépréciée et permet de rappeler que l’homme chaste vit mieux que l’homme épris de luxure; lui seul gagnera le paradis. Par rapport à l’Antiquité qui le glorifiait, les taureau est au Moyen Âge un animal déchu. Cette déchéance peut être datée avec précision : les deux premiers siècles de notre ère. La diffusion du culte de Mithra, religion rivale du christianisme à ses débuts, avait en effet revivifié puis introduit au cœur de l’Empire romain l’ancienne taurolâtrie des religions de la Crête et du Proche-Orient. Depuis longtemps, le taureau était un animal honoré, voire déifié, sur tout le pourtour de la Méditerranée. Pour les premiers chrétiens, il importait de désacraliser cet animal car trop vénéré par la religion rivale.
Le veau d’or est aussi l’animal sous les traits duquel le peuple de Moïse voulut représenter Dieu afin de l’idolâtrer. Le christianisme fit ensuite du taureau une créature diabolique. Mais le christianisme ne pouvant éliminer totalement de son bestiaire la famille des bovins, une nette distinction s’opéra entre le taureau, animal violent, sanglant et sexuel, et le bœuf, animal utile, paisible, patient et chaste. Certains taureaux bibliques pris en bonne part furent ainsi transformés en simples bœufs, tel celui de la vision d’Ézéchiel, devenu peu à peu le boeuf de saint Luc.
Le veau d’or est aussi l’animal sous les traits duquel le peuple de Moïse voulut représenter Dieu afin de l’idolâtrer. Le christianisme fit ensuite du taureau une créature diabolique. Mais le christianisme ne pouvant éliminer totalement de son bestiaire la famille des bovins, une nette distinction s’opéra entre le taureau, animal violent, sanglant et sexuel, et le bœuf, animal utile, paisible, patient et chaste. Certains taureaux bibliques pris en bonne part furent ainsi transformés en simples bœufs, tel celui de la vision d’Ézéchiel, devenu peu à peu le boeuf de saint Luc.
Bouc
& Chèvre
Les propriétés de la chèvre sont quelque peu étonnantes pour un animal domestique très répandu et bien connu. Elle respire par les oreilles. On prête à la chèvre sauvage une vue perçante. Elle voit dans le noir et possède des dents venimeuse nocives pour certains arbres, notamment l’olivier. Les chèvres seraient sujettes à l’épilepsie, elles se transmettent rapidement cette maladie. Ce mal en fait souvent des bêtes au comportement étrange. Ainsi, elles s’aventurent sans crainte et sans dommage dans des chemins escarpés. Elles prennent parfois peur devant des objets insignifiants alors qu’elles sont inconscientes des dangers que représentent l’ours et surtout le loup, leur pire ennemi.
Le bouc est présenté comme un animal à sang chaud et en perpétuel état de luxure. Il symbolise les hommes et les femmes enclavent des plaisirs de la chair. La luxure du bouc se lit dans son regard: celui-ci n’est pas droit mais oblique, signe des grand péché. Dans la sensibilité médiévale, tout ce qui est oblique a mauvaise réputation. Ne pas marcher droit mais de manière oblique, comme le font les renards et les voleurs, est signe que l’on prépare un mauvais coup ou que l’on n’a pas la conscience tranquille. La chair du bouc est ignoble. C’est un animal immonde qui sent très mauvais et semble avoir toujours la fièvre. Son sang est tellement chaud qu’il peut traverser, même le diamant le plus dur que pourtant rien ne parvient à briser. On s’en sert pour soigner les yeux malades et renforcer la vue. Ses cornes ont le pouvoir d’éloigner les serpents.
Le bouc est présenté comme un animal à sang chaud et en perpétuel état de luxure. Il symbolise les hommes et les femmes enclavent des plaisirs de la chair. La luxure du bouc se lit dans son regard: celui-ci n’est pas droit mais oblique, signe des grand péché. Dans la sensibilité médiévale, tout ce qui est oblique a mauvaise réputation. Ne pas marcher droit mais de manière oblique, comme le font les renards et les voleurs, est signe que l’on prépare un mauvais coup ou que l’on n’a pas la conscience tranquille. La chair du bouc est ignoble. C’est un animal immonde qui sent très mauvais et semble avoir toujours la fièvre. Son sang est tellement chaud qu’il peut traverser, même le diamant le plus dur que pourtant rien ne parvient à briser. On s’en sert pour soigner les yeux malades et renforcer la vue. Ses cornes ont le pouvoir d’éloigner les serpents.

cochon chien
Cochon
Le porc est décrit comme une bête immonde, qui fouille constamment la terre avec son groin pour y chercher sa nourriture. Il regarde toujours vers le sol et ne lève jamais la tête vers Dieu. C’est pourquoi il est l’image de l’homme pécheur qui préfère les biens de ce monde aux trésors du ciel. Les bestiaires de la fin du Moyen Âge sont plus nuancés. Ils voient dans le cochon un animal courageux et utile, fournissant toutes sortes de produits, tirés de lui.
L’attitude du Moyen Âge chrétien à l’égard du cochon est ambivalente. La Bible, en faisait une bête impure et repoussante, dans laquelle se réfugiaient les démons. La culture gréco-romaine, au contraire, le valorisait : on le sacrifiait aux dieux, on l’appréciait à table. Chez les barbares, le cochon est aussi valorisé: les mythologies celtes et germaniques le prennent toujours en bonne part; il est symbole de richesse, de fécondités, de prospérité. Le cochon médiéval est le produit de ce triple héritage. Pour les bestiaires, l’héritage biblique domine. Le porc est l’animal impur par excellence, sale et vorace.
Le porc est aussi l’un des attributs préférés du démon. Non seulement Satan prend une forme porcine pour tenter l’homme ou la femme, mais il grogne comme un goret, et comme lui, il aime à se vautrer dans l’ordure. Pour le christianisme le porc est également un des attributs du judaïsme. Par ironie d’abord, l’animal honni des Juifs devient l’une des figures symboliques servant à les désigner. Cette pratique, qui témoigne de l’anti-judaïsme médiéval, émerge au XIIIè siècle — à un moment où la chrétienté a tendance à se replier sur elle-même et à se fermer aux cultures voisines — et perdure plusieurs siècles. Une image prend peu à peu le pas sur toutes les autres : celle qui représente des enfants juifs en train d’adorer ou de téter une truie. Le porc est aussi pour les bestiaires l'attribut de certains péchés capitaux : la gloutonnerie, la luxure, la colère et même la paresse. Malgré tous ses vices, le christianisme médiéval a quelquefois réservé au porc un rôle plus valorisant: le cochon, fidèle compagnon de saint Antoine par exemple. Il se distingue du judaïsme et de l’islam, pour qui cet animal ne peut être pris en bonne part. Les médecins du Moyen Âge, à la suite de ceux de l’Antiquité, considèrent le porc comme « l’animal intérieurement le plus semblable à l’homme ». La dissection du cadavre humain étant interdite par l’Église, l’enseignement de l’anatomie humaine se fait à partir de la dissection du verrat ou de la truie.
Le porc est aussi l’un des attributs préférés du démon. Non seulement Satan prend une forme porcine pour tenter l’homme ou la femme, mais il grogne comme un goret, et comme lui, il aime à se vautrer dans l’ordure. Pour le christianisme le porc est également un des attributs du judaïsme. Par ironie d’abord, l’animal honni des Juifs devient l’une des figures symboliques servant à les désigner. Cette pratique, qui témoigne de l’anti-judaïsme médiéval, émerge au XIIIè siècle — à un moment où la chrétienté a tendance à se replier sur elle-même et à se fermer aux cultures voisines — et perdure plusieurs siècles. Une image prend peu à peu le pas sur toutes les autres : celle qui représente des enfants juifs en train d’adorer ou de téter une truie. Le porc est aussi pour les bestiaires l'attribut de certains péchés capitaux : la gloutonnerie, la luxure, la colère et même la paresse. Malgré tous ses vices, le christianisme médiéval a quelquefois réservé au porc un rôle plus valorisant: le cochon, fidèle compagnon de saint Antoine par exemple. Il se distingue du judaïsme et de l’islam, pour qui cet animal ne peut être pris en bonne part. Les médecins du Moyen Âge, à la suite de ceux de l’Antiquité, considèrent le porc comme « l’animal intérieurement le plus semblable à l’homme ». La dissection du cadavre humain étant interdite par l’Église, l’enseignement de l’anatomie humaine se fait à partir de la dissection du verrat ou de la truie.
Chien
Le chapitre consacré au chien est, avec celui du lion, le plus long des bestiaires latins. Souvent, c’est pour le prendre en mauvaise part. Le chien est un animal impur, sale, grossier, lubrique, ingrat sinon impie. Mais c’est aussi un animal intelligent, affectueux et courageux, un agréable compagnon, parfois un ami exemplaire. Par là même sa symbolique médiévale est ambivalente, évoluant au fil du temps : plutôt négative au Moyen Âge, plutôt positive à la Renaissance.
Les hommes et les femmes du XVIè siècle recherchent comme animaux de compagnie toutes sortes de chiens, grands et petits, placides ou féroces.
Les hommes et les femmes du XVIè siècle recherchent comme animaux de compagnie toutes sortes de chiens, grands et petits, placides ou féroces.
Certes, tous les Bestiaires s’attardent à dénoncer les vices du chien, qui sont nombreux et rédhibitoires. C’est un animal dégoûtant qui se complaît dans la saleté et dans l’ordure, qui mange des charognes, bave et vomit sans cesse, puis remange ce qu’il vomit. Il symbolise l’homme pécheur qui a confessé ses péchés et qui ensuite retombe dans ses fautes avant d’en commettre de plus graves. Le chien est également une bête vorace, qui réclame sans cesse de la nourriture et n’hésite pas à se repaître du cadavre d’autres animaux. C’est enfin un être de débauche qui « toujours flaire les autres chiens par derrière aux endroits impudiques » et qui ne pense qu’à s’accoupler. Le mâle le fait volontiers avec la louve, la plus lubrique des femelles, et même quelquefois avec la tigresse, ce qui donne naissance à des monstres qui s’attaquent aux lions et aux éléphants et qui sont capables de les tuer.
Cependant, bien des bestiaires vantent aussi les qualités du chien, sa mémoire, son intelligence, sa vaillance, l’acuité de son odorat et surtout sa fidélité. Le chien garde les troupeaux, reconnaît son nom, défend son maître, ses biens et sa maison, le cherche partout quand il l’a perdu et pleure s’il le croit mort.

chat renard
Chat
Les Bestiaires prêtent au chat des savoirs de sorcier. Il connaît l’avenir, ne dit rien, fait semblant: c’est un hypocrite. Il a la propriété de voir la nuit, ce qui est le propre des créatures infernales, tels le loup, le renard, la chouette ou la chauve-souris. On voit en lui un cousin du léopard, animal cruel et rusé dont il possède la tête, les oreilles et les griffes. Ses yeux brillent dans la pénombre et semblent brûler comme de la braise. Or, la nuit, tout bon chrétien doit dormir.
Ceux qui ne dorment pas se livrent à des activités malfaisantes, à des pratiques magiques, voire à des cérémonies hérétiques, tels les cathares qui, comme l’indique leur nom, font du chat une vedette de leurs réunions nocturnes. D’autres se rendent au sabbat, messe noire au cours de laquelle sont parodiés les rituels chrétiens. L’adoration de l’agneau y est remplacée par celle du bouc, animal fortement déprécié par les bestiaires en raison de son odeur infecte, de ses cornes agressives, de sa pilosité surabondante, de sa sexualité exacerbée, ou bien par celle d’un grand chat noir, véritable incarnation de Satan. Quelques auteurs reconnaissent cependant au chat un certain nombre de vertus. Même s’il fuit l’eau, il est propre et cache dans le sol ses excréments. Il n’aime pas les mauvaises odeurs et se tient toujours loin des lieux nauséabonds, que recherche au contraire le chien.
Au fil des siècles, l’attitude des hommes à l’égard du chat a changé. Ceux du haut Moyen Âge ne l’aimaient guère. On s’en méfie, on le tient hors des maisons, on croit qu’il porte malheur. À la fin du Moyen Âge, de telles craintes ne sont plus de mise. Le chat s’est revalorisé, est entré dans les maisons. Un tel changement date probablement du XIVè siècle, plus précisément des lendemains de la Grande Peste. Les contemporains ont plus ou moins compris que dans la propagation de l’épidémie les rats avaient joué un rôle. Ils ont également réalisé que dans la chasse faite aux rats et aux souris, les chat étaient souvent plus efficaces que les belettes apprivoisées.
Renard
Le renard est fourbe. Il est difficile de trouver dans la culture médiévale un animai qui soit plus sournois et plus perfide. Son pelage roux est le signe le plus évident de cette fourberie.
Au Moyen Âge, dans l'univers des symboles, toutes les couleurs sont ambivalentes; elles ont leurs bons et leurs mauvais aspects. Toutes, sauf une: le roux. C'est la couleur des menteurs, des hypocrites, ceux de la Bible, comme ceux des romans de chevalerie: Caïn, Dalila, Saül, Ganelon (le traître de la Chanson de Roland), Mordret (le traître des romans arthuriens) et quelques autres. C'est aussi et surtout la couleur de Judas: les Évangiles ne parlent pas de son aspect physique, mais à partir de l'époque carolingienne, textes et images le dotent souvent d’une barbe et d'une chevelure rousses.
Au Moyen Âge, dans l'univers des symboles, toutes les couleurs sont ambivalentes; elles ont leurs bons et leurs mauvais aspects. Toutes, sauf une: le roux. C'est la couleur des menteurs, des hypocrites, ceux de la Bible, comme ceux des romans de chevalerie: Caïn, Dalila, Saül, Ganelon (le traître de la Chanson de Roland), Mordret (le traître des romans arthuriens) et quelques autres. C'est aussi et surtout la couleur de Judas: les Évangiles ne parlent pas de son aspect physique, mais à partir de l'époque carolingienne, textes et images le dotent souvent d’une barbe et d'une chevelure rousses.
Dans le Roman de Renart, le goupil rusé et querelleur nommé Renart se montre toujours plus malin que tous les autres animaux. S'il lui arrive quelquefois d'échouer face à des plus faibles que lui (la mésange par exemple), il est toujours vainqueur des plus forts. Rusé et sans scrupule, il correspond à l'image que donnaient déjà du goupil les fables antiques et que donnent encore et toujours aux XIIè et XIIIè siècles la plupart des bestiaires. Outre ce pelage roux, les bestiaires insistent sur la façon dont le goupil ne marche jamais droit, faisant des tours et des détours, jamais franc, plein de malice et préférant la nuit au jour, comme toutes les créatures du diable. « Le renard est doté d'une très grande malice. Quand il ne sait où trouver une proie, poussé par la faim qui le fait souffrir, il se dirige vers un endroit où la terre est de couleur rouge. Là , il se vautre et se roule dedans jusqu'à ce qu'il paraisse couvert de sang. Il retient son souffle et tire sa langue hors de sa gueule. Perfide et rusé, expert dans l'art de tromper, c'est ainsi que le goupil dupe les oiseaux, les saisit traîtreuÂsement et les dévore. Ce goupil représente celui qui tourmente les hommes: le diable. En quête de proie, il feint chaque jour d'être mort afin de les attirer plus près de lui. »

Belette souris
Belette
Genette
La belette est au Moyen Âge un animal domestique, comme elle l’était déjà pour les Romains. Plus ou moins apprivoisée, elle vit dans la maison où elle chasse les rats et les souris. Cette proximité quotidienne ne la fait pas mieux connaître pour autant. Plusieurs bestiaires, à la suite des auteurs de l'Antiquité, rapportent qu'elle conçoit par la bouche et enfante par l'oreille ou inversement.
Tous s'accordent à voir en elle un ennemi des serpents, qu'elle chasse et dévore; elle s'attaque même au redoutable basilic, qui tue par son seul regard mais qui a peur de la belette: c'est vraiment une bête merveilleuse, qui nous protège du mal. C'est en outre un animal savant, qui connaît les plantes médicinales. Elle se protège elle-même du venin des vipères en mangeant une grande quantité de rue, herbe dotée de vertus multiples. Et quand un de ses petits est mordu et succombe, elle le ressuscite au moyen d'une fleur rouge qu'elle va cueillir dans un bois voisin; placée dans la bouche beletteau mort, cette fleur lui redonne vie. On notera ici le lien entre la couleur rouge et la Résurrection: cette fleur, c'est le sang du Christ sur la Croix.
La genette, indépendamment du fait qu’elle est très souvent liée à la licorne et à la fontaine de vie est liée à l’élément eau. Cet animal discret porte la même valeur symbolique que la belette (figure de protection).
Tous s'accordent à voir en elle un ennemi des serpents, qu'elle chasse et dévore; elle s'attaque même au redoutable basilic, qui tue par son seul regard mais qui a peur de la belette: c'est vraiment une bête merveilleuse, qui nous protège du mal. C'est en outre un animal savant, qui connaît les plantes médicinales. Elle se protège elle-même du venin des vipères en mangeant une grande quantité de rue, herbe dotée de vertus multiples. Et quand un de ses petits est mordu et succombe, elle le ressuscite au moyen d'une fleur rouge qu'elle va cueillir dans un bois voisin; placée dans la bouche beletteau mort, cette fleur lui redonne vie. On notera ici le lien entre la couleur rouge et la Résurrection: cette fleur, c'est le sang du Christ sur la Croix.
La genette, indépendamment du fait qu’elle est très souvent liée à la licorne et à la fontaine de vie est liée à l’élément eau. Cet animal discret porte la même valeur symbolique que la belette (figure de protection).
Souris
Furet - Hermine & Loutre
À la souris, parfois classée avec les vers et non pas avec les quadrupèdes, les bestiaires prêtent des propriétés tout aussi étonnantes: elle est engendrée par la pourriture de la terre; dès qu’elle boit, elle meurt. La souris recherche perpétuellement la copulation : la femelle s’accouple chaque nuit avec dix mâles différents et donne des portées pouvant atteindre trois cent petits. Un missionnaire français affirme qu’en Inde les souris font peur aux éléphants; selon lui, dans ce pays, elles sont aussi grandes que les chiens.
Pour les encyclopédistes, le furet et l’hermine ressemblant à la belette. Le premier est difficile à apprivoiser, mais il rend service en débarrassant les jardins des trop nombreux lièvres et lapins qui viennent y voler les légumes. Quand à l’hermine, qui habite dans les pays froids, elle mange les rats, les souris et les taupes. Son ventre est blanc comme la neige; seule l’extrémité de sa queue est noire: les pelletiers recherchent sa fourrure et disposent sur le blanc de petites touffes de noir; ils en font des manteaux qu’ils vendent aux princes.
La loutre se nourrit d'herbes et de poissons, sa morsure est venimeuse, tant pour les bêtes que pour les hommes. Comme l'écureuil, elle symboliserait l'avarice parce qu'elle « amoncelle dans son terrier les poissons qu'elle a capturés, bien plus qu'elle ne peut en manger». L'odeur dégagée par ses proies pourrissantes empeste tout le milieu environnant; c'est du reste ainsi qu'on la repère et qu'on peut la capturer. Car il est possible de l'apprivoiser. Certains voyageurs affirment qu'ils ont rencontré en Orient des loutres domestiques qui pêchaient le poisson à la place de leurs maîtres, bien plus efficacement. On les appelle « chiens de rivière ».
Pour les encyclopédistes, le furet et l’hermine ressemblant à la belette. Le premier est difficile à apprivoiser, mais il rend service en débarrassant les jardins des trop nombreux lièvres et lapins qui viennent y voler les légumes. Quand à l’hermine, qui habite dans les pays froids, elle mange les rats, les souris et les taupes. Son ventre est blanc comme la neige; seule l’extrémité de sa queue est noire: les pelletiers recherchent sa fourrure et disposent sur le blanc de petites touffes de noir; ils en font des manteaux qu’ils vendent aux princes.
La loutre se nourrit d'herbes et de poissons, sa morsure est venimeuse, tant pour les bêtes que pour les hommes. Comme l'écureuil, elle symboliserait l'avarice parce qu'elle « amoncelle dans son terrier les poissons qu'elle a capturés, bien plus qu'elle ne peut en manger». L'odeur dégagée par ses proies pourrissantes empeste tout le milieu environnant; c'est du reste ainsi qu'on la repère et qu'on peut la capturer. Car il est possible de l'apprivoiser. Certains voyageurs affirment qu'ils ont rencontré en Orient des loutres domestiques qui pêchaient le poisson à la place de leurs maîtres, bien plus efficacement. On les appelle « chiens de rivière ».

Oiseaux aigle
Les Oiseaux
Le Moyen Âge est curieux des oiseaux. Il les aime, les observe en toute occasion, les connaît fort bien, mieux que les poissons par exemple. Mais cela n’empêche nullement les bestiaires de leur prêter des propriétés singulières, voire merveilleuses, empruntées pour une bonne part aux textes de l’Antiquité et aux traditions orientales. Dans les bestiaires, les chapitres réservés aux oiseaux sont souvent les plus nombreux. Au point de former parfois un ouvrage à part entière (aviaires).
Aigle
Dans bon nombre de cultures antiques, l'aigle était l'oiseau des dieux, notamment de Zeus puis de Jupiter. Au fil des siècles, il devient l'emblème obligé de tous les empires : romain, byzantin, carolingien, germanique, plus tard russe, autrichien, napoléonien, allemand... Ce faisant, il entre en concurrence avec le lion, son rival sur terre. Tous deux sont symboles de force, de puissance, de victoire. D'où sa présence sur de nombreux insignes du pouvoir (sceptres, globes, armoiries).
Le christianisme fait de l'aigle tantôt une image de la force, la justice, la souveraineté toute puissante de Dieu, tantôt le symbole de résurrection du Christ, comme le cerf et le phénix. Se sentant vieillir, l'aigle possède en effet la faculté de se régénérer.
Le christianisme fait de l'aigle tantôt une image de la force, la justice, la souveraineté toute puissante de Dieu, tantôt le symbole de résurrection du Christ, comme le cerf et le phénix. Se sentant vieillir, l'aigle possède en effet la faculté de se régénérer.
Pour ce faire, il commence par briser contre un rocher son bec devenu trop long et qui l'empêche de se nourrir. Puis il vole à proximité du soleil afin de brûler ses vieilles ailes et ses yeux fatigués. Enfin, ranimé par la lumière et par le feu, il se laisse tomber du haut du ciel et plonge dans une fontaine merveilleuse: il retrouve ainsi sa vigueur et sa jeunesse. Doté d'une intelliÂgence exceptionnelle et d'un regard pénétrant, en volant très haut dans le ciel, il incarne aussi une pensée supérieure et une âme hors du commun. Il sait tout, voit tout - ce qui au Moyen Âge en fait parfois un attribut de la vue. Il lit dans le cÅ“ur des hommes et connaît l’avenir. Au reste, il a parfois deux têtes, notamment en héraldique. Pour les bestiaires, l'aigle est également l'ennemi mortel du serpent - incarnant l'image du bien luttant contre le mal et représente Jean l'Evangéliste parmi les quatre figures Tétramorphes.
La symbolique médiévale de l'aigle est toutefois ambivalente. IntraiÂtable, autoritaire, parfois brutal, il fait peur à tous les autres oiseaux. C'est pourquoi, comme l'ours et comme le lion, l'aigle passe pour invincible. Certains voient dans l'aigle redoutable, doté de serres crochues, dévoreur de chair vivante et mangeur de charognes, une incarnation du diable. Pris en mauvaise part - ce qui n'est pas si fréquent -, l'aigle évoque aussi l'orgueil, un vice qui lui est propre.

Griffon Faucon
Griffon
Au chapitre de l'aigle, certains de nos auteurs associent celui du griffon: pour eux, il s'agit d'un oiseau. Mais d'autres voient dans cet animal une bête, un cousin du lion, et préfèrent le ranger parmi les quadrupèdes. Le griffon médiéval, comme son ancêtre antique, est en effet un hybride: il possède l'avant-corps d'un aigle et l'arrière-train d'un lion. Il est ainsi doté d'un bec crochu, de deux serres griffues, d'une grande paire d'ailes, d'une longue queue et de pattes postérieures terminées par un large pied à quatre doigts. Parfois s'ajoutent à cette anatomie composite des oreilles pointues et une petite barbe, deux particularités dont l’aigle est dépourvu. D’où vient un tel animal? D’Orient bien sûr, où Marco Polo raconte avoir vu un griffon gigantesque saisir un éléphant dans ses serres, puis prendre son envol, monter haut dans le ciel et lâcher soudain l’énorme bête qui s’est écrasé au sol. Avec les griffes de l’animal, les Indiens fabriquent des hanaps qui, comme la corne de la licorne, ont la propriété de purifier tous les liquides placés à l’intérieur. Pour beaucoup d’auteurs, les griffon est le fruit de l’accouplement d’un aigle et d’une lionne ou d’une louve. Le griffon est pratiquement invincible. C’est pourquoi Dieu lui a confié la garde des montagnes où sont abrités l’or et les pierres précieuses. C’est le gardien de tous les trésors de l’Orient.
Faucon
Les bestiaires parlent du faucon avec admiration. C'est un oiseau au plumage magnifique, rapide, courageux (il s'attaque à des proies beaucoup plus grosses que lui), intelligent, frugal, obéissant. Il s'élève ainsi jusqu'à des hauteurs où l'œil ne peut plus le suivre, mais il n'en profite pas pour s'échapper: il revient chaque fois vers son maître. S'il n'a pas capturé sa proie à la première ou à la seconde attaque,« il en éprouve grande honte, revient sur le poing et demande le capuchon pour cacher sa vergogne ».
Né au Moyen-Orient en Asie centrale, l'art de chasser avec des faucons pénètre en Occident vers le VIè siècle de notre ère. Il devient peu à peu le loisir préféré des princes et des seigneurs.
Le faucon est l’ennemi du serpent, du crapaud, du renard, du vautour, tous créatures du démon. Comme l'aigle, le faucon devenu vieux peut rendre à ses ailes la vigueur de leur jeunesse: il prend son vol, monte très haut, étend ses ailes près du soleil et les brûle; elles tombent et sont aussitôt remplacées par de nouvelles ailes, plus robustes et plus efficaces. Une telle métamorphose, cependant, ne peut s'accomplir qu'une seule fois. Ensuite, comme tous les êtres vivants, il doit accepter les infirmités de son âge.
Né au Moyen-Orient en Asie centrale, l'art de chasser avec des faucons pénètre en Occident vers le VIè siècle de notre ère. Il devient peu à peu le loisir préféré des princes et des seigneurs.
Le faucon est l’ennemi du serpent, du crapaud, du renard, du vautour, tous créatures du démon. Comme l'aigle, le faucon devenu vieux peut rendre à ses ailes la vigueur de leur jeunesse: il prend son vol, monte très haut, étend ses ailes près du soleil et les brûle; elles tombent et sont aussitôt remplacées par de nouvelles ailes, plus robustes et plus efficaces. Une telle métamorphose, cependant, ne peut s'accomplir qu'une seule fois. Ensuite, comme tous les êtres vivants, il doit accepter les infirmités de son âge.

corbeau colombe
Corbeau
Oiseau noir, célébré par toutes les mythologies, le corbeau ne cesse de se dévaloriser au fil des siècles. L'Antiquité gréco-romaine loue sa sagesse, son intelligence, sa mémoire et ses dons de prophéties. Contrairement à ce que l'on croit trop souvent, la place de l'aigle dans la mythologie nordique et dans l’emblématique germanique du haut Moyen Âge est relativement pauvre; plus pauvre que celle du corbeau ou du faucon. Mais la Bible prend le Corbeau en mauvaise part - l'épisode de l'arche de Noé en fait un animal infidèle, égoïste et charognard - et, à sa suite, le christianisme le rejette violemment. Le corbeau est en effet l'oiseau sacré des peuples païens dans une bonne partie de l'Europe du Nord: Celtes, Germains, Slaves lui rendent de nombreux cultes, que l'Église missionnaire s'efforce d'éradiquer. Mais cela n'est pas facile tant l'oiseau est vénéré. Chez les Celtes, il est l'attribut du dieu Lug. Dans le monde germaÂno-scandinave, il est au service d'Odin, dieu borgne, terrible et omnisÂcient: ses deux corbeaux, Huginn et Muginn, parcourent le monde et lui rapportent ce qu'ils ont vu. Ils savent tout, le passé et l'avenir.
Le christianisme voit dans le corbeau l'image de l'homme pécheur, noirci par la boue de ses fautes, ou bien l'incarnation du démon et de toutes les forces du mal. Il est absolument interdit de manger sa chair. Il est également rappelé que le corbeau se nourrit de charognes et comment, lorsqu’il s’attaque à un cadavre, il commence par les yeux: c’est un moyen de mieux atteindre la cervelle, siège de la pensée et de l’âme. Comme le corbeau, le diable aveugle et s’empare de l'âme. Le corbeau, fier de ses plumes, s’inquiète de la pureté de sa race. Parce que ses petits naissent presque blancs, il ne les reconnaît pas pour siens tant que leur plumage n’a pas viré au noir. Le corbeau est un hypocrite qui fait semblant d’être stupide alors qu’il est plein de malice et de ruse, joue des tours aux hommes et même à des animaux plus gros que lui. Le corbeau est trop noir, trop malin, trop voleur, trop charognard, pour se transformer en une créature positive. Tout au plus lui reconnaît-on le privilège de savoir imiter parfaitement la voix humaine et d’être « la bête du monde qui nous connaît le mieux parce qu’elle nous observe du matin jusqu’au soir ». Ce qui est pour le moins inquiétant.
Colombe
Pour la culture médiévale, la colombe est l'antithèse du corbeau. Son plumage est blanc, d'un blanc immaculé, et non pas noir comme l'antre infernal. Dans l'épisode biblique du Déluge, elle revient sagement vers l'arche en portant dans son bec un rameau d'olivier: c'est un moyen d'annoncer à Noé que les eaux se sont retirées. Ce faisant, la colombe apparaît comme un oiseau de paix et d'espérance, une messagère de Dieu. Elle est presque toujours prise en bonne part. Les bestiaires détaillent les différentes parties du corps de la colombe et à associer à chacune l'une de ses innombrables vertus : pudeur, douceur, fidélité, simplicité, innocence, prudence, humilité. Ainsi elle se baigne souvent de peur de montrer un plumage souillé. En outre, l'eau est pour elle un moyen de voir arriver ses prédateurs, notamment le vautour et l'épervier. L'ombre de l'oiseau de proie portée à la surface de l'eau la prévient du danger et lui donne le temps de se mettre à l'abri. Le Saint-Esprit, symbole d’espérance revêt souvent l'apparence d'une colombe descendant sur terre et partiÂcipant au baptême de Jésus.
De même, nos auteurs précisent comment après la mort, l'âme des justes s'envole vers le ciel sous la forme d'une colombe, tandis que l'âme des méchants revêt une figure hideuse, celle d'un scorpion, d'un crapaud ou d'un démon. Le grand ennemi de la colombe n'est pas tant le vautour ou l'épervier que le dragon. En Inde, il rôde autour d'un arbre nommé peridixion où les colombes aiment venir se rafraîchir. Elles se nourrissent de son fruit, doux et sucré, et sont protégées par l'ombre de l'arbre, dont le dragon a très peur. Mais si elles s'éloignent de cet arbre et de son ombre, le dragon les dévore. C'est l'image du diable s'emparant des hommes qui se sont écartés de la foi.
La tourterelle des bestiaires est à l'image de la colombe; elle est chaste et loyale, ne donne son amour qu'une seule fois, contrairement au pigeon. Sa fidélité doit servir d'exemple aux hommes pécheurs. Non seulement la tourterelle ne commet jamais l'adultère, mais elle ne prend pas un nouveau conjoint lorsqu'elle est devenue veuve: elle pleure continuellement son amour perdu, devient indifférente au reste du monde et espère la mort pour adoucir son chagrin.

cygne coq
Cygne
Oiseau blanc, le cygne a joué un rôle important dans la mythoÂlogie gréco-romaine et dans toutes celles de l'Europe du Nord. Il réunissait en lui plusieurs thèmes symboliques qui par la suite ont séduit les auteurs et les artistes du Moyen Âge : la pureté ; le chant; la métamorphose; la mort.
Pourtant c'est un oiseau dont la Bible ne parle pas. Le cas est suffiÂsamment rare pour laisser perplexes les Pères de l'Église. Que dire d'un oiseau sur lequel les Saintes Écritures sont muettes? Rien, ou presque. Les bestiaires médiévaux ont donc dû trouver ailleurs que dans la Bible, le moyen d’en parler; chez les auteurs grecs et romains, dans les légendes slaves et scandinaves.
La propriété la plus remarquable du cygne concerne son chant. Celui-ci est doux et mélodieux. C'est l'oiseau musicien par excellence. Il est du reste, attiré par la musique: dès que quelqu'un joue du luth ou de la harpe il s’approche. Le chant du cygne est harmonieux mais il est aussi mélancolique, triste même, semblable à une plainte, spécialement lorsqu'il sent sa mort prochaine. Malade, affaibli, résigné sur son sort, le cygne entame un chant de deuil pour accompagner ses propres funérailles.
Pourtant c'est un oiseau dont la Bible ne parle pas. Le cas est suffiÂsamment rare pour laisser perplexes les Pères de l'Église. Que dire d'un oiseau sur lequel les Saintes Écritures sont muettes? Rien, ou presque. Les bestiaires médiévaux ont donc dû trouver ailleurs que dans la Bible, le moyen d’en parler; chez les auteurs grecs et romains, dans les légendes slaves et scandinaves.
La propriété la plus remarquable du cygne concerne son chant. Celui-ci est doux et mélodieux. C'est l'oiseau musicien par excellence. Il est du reste, attiré par la musique: dès que quelqu'un joue du luth ou de la harpe il s’approche. Le chant du cygne est harmonieux mais il est aussi mélancolique, triste même, semblable à une plainte, spécialement lorsqu'il sent sa mort prochaine. Malade, affaibli, résigné sur son sort, le cygne entame un chant de deuil pour accompagner ses propres funérailles.
Mais le cygne n'est-il pas trop beau? Pour certains, assurément, il l'est: sous une robe blanche il abrite une chair noire; c'est un dissimulateur, un hypocrite. À la beauté extérieure correspond sa laideur intérieure, et à la symbolique positive fait place un discours plus nuancé, voire franchement hostile. Le cygne est un oiseau hautain et orgueilleux: conscient de sa beauté, il ne fraie pas avec les autres oiseaux; en outre, il n'aime pas être dérangé, dresse fièrement son cou, vit presque toujours dans l'eau mais ne s'y plonge jamais entièÂrement. C'est également un oiseau colérique et querelleur: les mâles se battent pour la possession des femelles, parfois jusqu'à la mort. Dans certains bestiaire, c’est un oiseau luxurieux.
Coq
Les bestiaires voient dans le coq un animal courageux qui défend vaillamment ses poules et n'hésite pas à affronter plus fort que lui. Mais c'est aussi un animal vaniteux, sensuel et lubrique. Sa symbolique est ambivalente. Le courage du coq était déjà célébré par les auteurs de l’Antiquité. Ceux du Moyen Âge vont plus loin et le mettent en scène luttant contre le renard, le loup et même le lion. Ce dernier du reste ne craint qu'un seul animal au monde: le coq blanc.
Le coq n'a pas que des qualités. C'est un oiseau jaloux, qui ne partage pas ses poules. D'où la fréquence des combats de coqs, toujours violents, souvent mortels, parfois humiliants. Polygame et fougueux, le coq est dans la symbolique romane l'attribut de la luxure, parfois figurée par un homme chevauchant un coq. Mais il peut aussi symboliser la fécondité ou la fertilité.
La poule, elle, est rarement prise en mauvaise part. Elle prend de ses poussins un soin extrême, les réchauffe, les nourrit, les surveille, les défend contre le milan et le renard. L'image de la poule abritant ses poussins sous ses ailes est comparée à celle du Christ sur la Croix protégeant les fidèles ou bien, plus tard, à celle de la Vierge couvrant de son manteau l'humanité souffrante.
Devenu vieux, le coq se met parfois à pondre des œufs. Si l'un d'eux est couvé par une bête venimeuse, tels le crapaud, l'aspic ou le-dragon, il en sort un être effroyable: le basilic. Sa tête, ses ailes et ses pattes sont celles d'un coq, mais son corps se termine en forme de serpent. Il peut tuer par son seul regard. Tous les animaux en ont peur, sauf la belette qui s'attaque vaillamment à lui.
Le coq n'a pas que des qualités. C'est un oiseau jaloux, qui ne partage pas ses poules. D'où la fréquence des combats de coqs, toujours violents, souvent mortels, parfois humiliants. Polygame et fougueux, le coq est dans la symbolique romane l'attribut de la luxure, parfois figurée par un homme chevauchant un coq. Mais il peut aussi symboliser la fécondité ou la fertilité.
La poule, elle, est rarement prise en mauvaise part. Elle prend de ses poussins un soin extrême, les réchauffe, les nourrit, les surveille, les défend contre le milan et le renard. L'image de la poule abritant ses poussins sous ses ailes est comparée à celle du Christ sur la Croix protégeant les fidèles ou bien, plus tard, à celle de la Vierge couvrant de son manteau l'humanité souffrante.
Devenu vieux, le coq se met parfois à pondre des œufs. Si l'un d'eux est couvé par une bête venimeuse, tels le crapaud, l'aspic ou le-dragon, il en sort un être effroyable: le basilic. Sa tête, ses ailes et ses pattes sont celles d'un coq, mais son corps se termine en forme de serpent. Il peut tuer par son seul regard. Tous les animaux en ont peur, sauf la belette qui s'attaque vaillamment à lui.

autruche oie
Autruche
Grue & Cigogne
Si, dans les images, les attributs n'existaient pas, beaucoup d'oiseaux pourraient être confondus. Les oiseaux à long bec et hautes pattes, par exemple, se ressemblent beaucoup, mais le recours à des attributs conventionnels aide à ne pas les confondre, notamment pour ce qui concerne trois d'entre eux: le fer à cheval de l'autruche, le caillou de la grue, le nid de la cigogne.
Les Bestiaires dotent l'autruche d'une tête et d'un corps d'oiseau mais lui donnent des pattes de chameau. Elle est si lourde et si maladroite qu'elle ne peut pas voler. En revanche, elle court vite et se sert de ses ailes comme des voiles d'un navire. C'est pourquoi quelques encyclopédistes vont jusqu'à affirmer qu'elle est plus proche des chameaux que des oiseaux. D’autres l'assimilent au mystérieux caméléon.
Aux dires des bestiaires, l'autruche peut avaler n'importe quoi. Son estomac est ainsi fait qu'il digère tout, même le métal: son corps chaud fait fondre ce qu'on y introduit. D'où, dans les images, le choix d'un attribut métallique qui aide à reconnaître l'autruche: un clou ou un fer à cheval qu'elle tient dans son bec. Il n'en suffit pas plus pour faire de cet oiseau un symbole d'envie et de gloutonnerie. Ajoutés à la paresse, cela fait trois des sept péchés capitaux associés à l'autruche: c'est beaucoup pour un seul oiseau.
Les grues sont intelligentes, vertueuses, solidaires, organisées. Elles volent en groupe et font de très longs voyages. Toutefois, bien qu’elles accomplissent de si longues distances, elles ont besoin de repos. Elles se posent alors sur le sol où elles restent groupées. Les grues les plus âgées veillent. Pour ne pas s'endormir, celles-ci se dressent sur une seule patte et placent un caillou dans l'autre, repliée sous le ventre. Si elles s'endormaient, ce caillou -appelé «vigilance » tomberait sur l'autre pied et les réveillerait. L'hiver, les grues s'envolent au pays des Pygmées, là où le Nil prend sa source, près des montagnes de l'Inde. Les Pygmées ont pour voisines les Amazones et sont des êtres très petits. Ils travaillent la soie et combattent les grues dont ils recherchent les œufs et la chair pour se nourrir, et les plumes pour se construire des maisons. La cigogne est aussi vertueuse que la grue et, comme elle, accomplit de longs déplacements; mais elle vole en silence, car, ne possédant pas de langue, elle ne peut crier. La cigogne est l'ennemi du serpent. Elle se nourrit de ses œufs. Les cigognes veillent sur leurs oisillons plus que ne le font les autres oiseaux.
Oie
Quelques oiseaux familiers
De nombreux autres oiseaux sont décrits et commentés par les aviaires et les bestiaires. Il est impossible de les citer tous. Parmi les plus familiers, certains vivent dans la basse-cour, d'autres volent autour ,le la maison, d'autres encore habitent au fond des bois.
L'oie, parfois présentée comme la femelle du cygne, est vigilante comme le coq: elle rythme les heures du jour et de la nuit de ses cris. Surtout, elle salue les vigiles des grandes fêtes chrétiennes par d'incesÂsants battements d'ailes, invitant les hommes à se.préparer à la prière et à célébrer Dieu, le Christ, Marie ou les saints. C'est en outre un oiseau intelligent qui, mieux que le chien, perçoit un danger ou, rien qu'à l'odeur, sent approcher les voleurs.
L'arbre aux barnacles (vers 1240)
Quelques espèces décrites par les bestiaires sont intermédiaires entre le monde animal et le monde végétal. Ainsi l'arbre aux barnacles, dont les extrémités des branches portent non pas des feuilles mais des oies merveilleuses, qui s'en détachent à volonté, vont chercher leur nourriture et reviennent s'y laisser pendre comme des fruits.
De nombreux autres oiseaux sont décrits et commentés par les aviaires et les bestiaires. Il est impossible de les citer tous. Parmi les plus familiers, certains vivent dans la basse-cour, d'autres volent autour ,le la maison, d'autres encore habitent au fond des bois.
L'oie, parfois présentée comme la femelle du cygne, est vigilante comme le coq: elle rythme les heures du jour et de la nuit de ses cris. Surtout, elle salue les vigiles des grandes fêtes chrétiennes par d'incesÂsants battements d'ailes, invitant les hommes à se.préparer à la prière et à célébrer Dieu, le Christ, Marie ou les saints. C'est en outre un oiseau intelligent qui, mieux que le chien, perçoit un danger ou, rien qu'à l'odeur, sent approcher les voleurs.
L'arbre aux barnacles (vers 1240)
Quelques espèces décrites par les bestiaires sont intermédiaires entre le monde animal et le monde végétal. Ainsi l'arbre aux barnacles, dont les extrémités des branches portent non pas des feuilles mais des oies merveilleuses, qui s'en détachent à volonté, vont chercher leur nourriture et reviennent s'y laisser pendre comme des fruits.

Paon perdrix
Paon
Le paon n'a pas les qualités de l'oie. Il est vaniteux et ridicule. Certes, son plumage est magnifique, de toutes les couleurs, avec beaucoup de vert et de rouge, et même plusieurs sortes de bleus.
Chez le mâle, la queue est très longue: il la gonfle et la déplie pour séduire les femelles, mais cela ne les intéresse guère. C'est pourquoi les paons se reproduisent peu. Et quand les femelles ont pondu quelques œufs, les mâles, furieux qu'elles ne répondent pas à leurs avances, vont les solliciter alors qu'elles sont en train de couver. Ce faisant, ils écrasent les œufs. Ce sont donc des oiseaux rares et recherchés. Ils le savent et, ici encore, en tirent vanité. Sur sa queue, semblable aux ailes des anges, on peut voir des cercles ressemblant à des yeux. Les Grecs qui les ont comptés en ont trouvé cent.
Chez le mâle, la queue est très longue: il la gonfle et la déplie pour séduire les femelles, mais cela ne les intéresse guère. C'est pourquoi les paons se reproduisent peu. Et quand les femelles ont pondu quelques œufs, les mâles, furieux qu'elles ne répondent pas à leurs avances, vont les solliciter alors qu'elles sont en train de couver. Ce faisant, ils écrasent les œufs. Ce sont donc des oiseaux rares et recherchés. Ils le savent et, ici encore, en tirent vanité. Sur sa queue, semblable aux ailes des anges, on peut voir des cercles ressemblant à des yeux. Les Grecs qui les ont comptés en ont trouvé cent.
Perdrix
Merle & Rossignol
- La perdrix, au contraire du paon, possède une chair exquise. Elle connaît donc différentes ruses pour échapper aux chasseurs. Ainsi, elle se couche sur le dos et se recouvre de terre: plus personne ne peut la voir. La perdrix est une bonne mère mais c'est aussi une voleuse: elle est connue pour voler les œufs des autres oiseaux. Elle les apporte dans son nid, les couve et les fait éclore; mais quelques jours après leur naissance, les oisillons comprennent à la voix que la perdrix n'est pas leur mère. Ils la frappent de leur petit bec et s'envolent vers leurs vrais parents.
- Bien que tout noir, comme le corbeau, le merle chante merveilÂleusement. Il possède de l'or dans sa voix, comme l'indique son bec de couleur jaune. Malheureusement il ne chante bien qu'une partie de l'année, deux mois l'été ; le reste du temps son chant est rauque et discordant. On le recherche néanmoins comme oiseau de compagnie, d'une part en raison de la beauté de son chant, de l'autre parce qu'il peut être très familier. C'est un grand séducteur, un malin, un facétieux. On peut le mettre en cage mais il en souffre; mieux vaut le laisser faire son nid près de la maison: il vient quand on l'appelle. Mais attention: comme la pie, c'est un voleur, et comme le corbeau, dont il possède la grande intelligence, il connaît parfaitement l'être humain. Il observe tout, rien ne lui échappe.
- Le chant du rossignol est encore plus mélodieux que celui du merle. Pour les hommes et les femmes du Moyen Âge, c'est le plus doux à entendre de tous les chants d'oiseau. Les aviaires s'étonnent que le rossignol chante si fort alors que son corps est tout petit. C'est l'image de l'homme pieux qui malÂgré la misère de sa condition loue avec force Dieu. Notre oiseau se doit cependant d'être prudent: il est faible, fragile, soliÂtaire et désirable. Les hommes cherchent à s'en emparer pour le mettre en cage; le milan et la buse, pour en faire leur repas. Voilà pourquoi il chante plus volontiers la nuit que le jour; dès l'aube, la fin de son chant mélancolique indique aux amants que la nuit est finie et qu'ils doivent se séparer.
- Bien que tout noir, comme le corbeau, le merle chante merveilÂleusement. Il possède de l'or dans sa voix, comme l'indique son bec de couleur jaune. Malheureusement il ne chante bien qu'une partie de l'année, deux mois l'été ; le reste du temps son chant est rauque et discordant. On le recherche néanmoins comme oiseau de compagnie, d'une part en raison de la beauté de son chant, de l'autre parce qu'il peut être très familier. C'est un grand séducteur, un malin, un facétieux. On peut le mettre en cage mais il en souffre; mieux vaut le laisser faire son nid près de la maison: il vient quand on l'appelle. Mais attention: comme la pie, c'est un voleur, et comme le corbeau, dont il possède la grande intelligence, il connaît parfaitement l'être humain. Il observe tout, rien ne lui échappe.
- Le chant du rossignol est encore plus mélodieux que celui du merle. Pour les hommes et les femmes du Moyen Âge, c'est le plus doux à entendre de tous les chants d'oiseau. Les aviaires s'étonnent que le rossignol chante si fort alors que son corps est tout petit. C'est l'image de l'homme pieux qui malÂgré la misère de sa condition loue avec force Dieu. Notre oiseau se doit cependant d'être prudent: il est faible, fragile, soliÂtaire et désirable. Les hommes cherchent à s'en emparer pour le mettre en cage; le milan et la buse, pour en faire leur repas. Voilà pourquoi il chante plus volontiers la nuit que le jour; dès l'aube, la fin de son chant mélancolique indique aux amants que la nuit est finie et qu'ils doivent se séparer.

chouette Ibis
Chouette
& Hibou
Le christianisme a beaucoup dévalorisé la chouette que !'Antiquité gréco-romaine prenait plutôt en bonne part, vantant son intelligence et la sagacité de son regard. Oiseau favori d'Athéna (Minerve), elle symbolisait le discernement, les connaissances, la prudence. Mais pour les valeurs chrétiennes, vivre la nuit est signe de grand péché. Tous les animaux nocturnes, tels le loup ou le renard, voire le chat, le hérisson ou le blaireau, sont des êtres négatifs. De même sont les Juifs, qui ont préféré rester dans les ténèbres plutôt que de reconÂnaître la lumière du Sauveur: la chouette leur est associée. C'est un oiseau de très mauvais augure. Mieux vaut ne jamais l'entendre ni la rencontrer: les sorciers ne sont jamais très loin. À la fin du Moyen Age et au début de l'époque moderne, elle deviendra même une vedette du sabbat.
Ibis
Quelques oiseaux plus étranges
L'ibis des bestiaires est une cigogne immonde qui vit sur les bords du Nil «là où il se donne à la mer». Ne sachant pas nager, et refusant d'apprendre car il est obstiné et paresseux, l'ibis entre jamais dans l'eau pour pêcher des poissons vivants. Il préfère arpenter la rive toute la journée, se nourrissant de boues, de vermines, de charognes et d' œufs de couleuvre. Le bon chrétien ne doit pas faire comme l'ibis: il ne doit pas avoir peur de l'eau, qui purifie; il ne doit pas non plus manger des immondices ni s'intéresser aux parties déshonnêtes de son corps.

pélican caladre
Pélican
Le pélican, lui aussi, habite sur les bords du Nil, dans le désert, mais, contrairement à l'ibis, c'est un oiseau tout blanc, très propre, plein de piété et de vertu. Son comportement est admirable.
Le pélican médiéval est presque toujours un symbole de résurrection. La mère perce la poitrine et arrose de son sang ses petits morts ( ou tués par le père) afin de leur redonner vie. Ce sang salvateur est comparable à celui du Christ.
Le pélican médiéval est presque toujours un symbole de résurrection. La mère perce la poitrine et arrose de son sang ses petits morts ( ou tués par le père) afin de leur redonner vie. Ce sang salvateur est comparable à celui du Christ.
Caladre
semblable à une mouette ou à un cygne
Les propriétés du caladre, oiseau blanc semblable à une mouette ou à un cygne, sont différentes. Il peut guérir un malade de son seul regard. Pour ce faire, on le conduit au pied du lit du patient.
Si l'oiseau juge que ce dernier peut guérir, il plonge son regard dans le sien et, en quelques instants, le malade retrouve la santé. Si, au contraire, le cas est désespéré, le caladre détourne la tête et l'homme ou la femme meurt dans la nuit qui suit. L'oiseau ne se trompe jamais. C'est pourquoi les rois malades et les reines alitées espèrent et redoutent tout à la fois sa présence.
Si l'oiseau juge que ce dernier peut guérir, il plonge son regard dans le sien et, en quelques instants, le malade retrouve la santé. Si, au contraire, le cas est désespéré, le caladre détourne la tête et l'homme ou la femme meurt dans la nuit qui suit. L'oiseau ne se trompe jamais. C'est pourquoi les rois malades et les reines alitées espèrent et redoutent tout à la fois sa présence.

chauve-souris phénix
Chauve-souris
Plus inquiétante est la chauve-souris. Pour la culture médiévale, c'est un oiseau, mais un oiseau extraordinaire, qui possède un corps de souris et des oreilles de griffon, qui vole dans les airs mais ne pond pas, qui marche sur la terre mais craint l'eau. C'est une sorte de rat qui vole. Au reste, quelques auteurs la qualifient de «rat-oiseau». D'autres pensent qu'elle est aveugle comme la taupe; d'autres encore estiment qu'elle se nourrit exclusivement de poussière et de toiles d'araignée. Elle possède un sens étonnant qui lui permet de sentir le danger sans voir, ni entendre, ni toucher, ni même respirer. Mais c'est une traîtresse: quand les oiseaux et les quadrupèdes se font la guerre, elle combat tour à tour dans les deux camps, étant à la fois volante et rampante, choisissant toujours le camp où semble se porter la victoire.
Les mœurs nocturnes de la chauve-souris en font un animal totalement négatif.
Ses cris « insupporÂtables aux oreilles des honnêtes gens» sonnent comme les rires des déments. Son visage est fort laid et ressemble celui du singe, lequel se plaît à contrefaire l'homme pour mieux l’enlaidir. Aimée du diable, la chauve-souris lui prête ses ailes dépourvues de plumes pour voler la nuit et se rendre au sabbat. Comme lui, elle aime se cacher puis surgir pour mieux effrayer les hommes et les autres animaux.
Les mœurs nocturnes de la chauve-souris en font un animal totalement négatif.
Ses cris « insupporÂtables aux oreilles des honnêtes gens» sonnent comme les rires des déments. Son visage est fort laid et ressemble celui du singe, lequel se plaît à contrefaire l'homme pour mieux l’enlaidir. Aimée du diable, la chauve-souris lui prête ses ailes dépourvues de plumes pour voler la nuit et se rendre au sabbat. Comme lui, elle aime se cacher puis surgir pour mieux effrayer les hommes et les autres animaux.
Phénix
& Simorgh
Plus étonnant encore est le phénix, le plus merveilleux de tous les oiseaux. Il n'en existe qu'un seul au monde, individu de grande taille et d'une beauté incomÂparable : son cou est fait d'or fin, son poitrail a la couleur de la pourpre, ses ailes brillent comme le saphir ou l'émeraude, ses pattes ne possèdent pas de griffes mais se terminent par des rubis. Apercevoir le phénix est cependant presque imposÂsible: il sait que tout le monde cherche à le capturer, non seulement les chasseurs mais aussi les oiseaux de proie et le terrible dragon. Il se cache dans les déserts d'Arabie. Là , il vit très longtemps, cinq cents ans, mille ans, parfois plus. Quand il sent sa mort prochaine, il s'enduit le corps d'aromates, de myrrhe et d'encens, puis il se construit un bûcher, à l'endroit où frappent le plus fortement les rayons de soleil. En battant des ailes, il allume le feu et s'y couche. Il meurt peu à peu, mais au bout de trois jours et de trois nuits, il renaît de ses cendres, retrouve sa jeunesse et des ailes encore plus belles. Il s'envole alors vers une nouvelle vie.
Le phénix mort sur le bûcher symbolise le Christ mort sur la Croix. Tous deux nous invitent à croire à la réalité de la résurrection.
Le phénix mort sur le bûcher symbolise le Christ mort sur la Croix. Tous deux nous invitent à croire à la réalité de la résurrection.
Le Simorgh est un oiseau fabuleux de la mythologie perse.
Le Simorgh était de grande taille, puisqu'il pouvait transporter un chameau ou un éléphant, l'oiseau mythique Simorgh montre une grande animosité envers les serpents.
Dans un récit persan antique, il est dit que le Simorgh vit 1700 ans avant de plonger de lui-même dans les flammes, et dans d'autres récits plus tardifs, il est dit qu'il est immortel et possède un nid dans l'arbre du savoir.
D'après la légende persane, il est dit que cet oiseau est si vieux qu'il a déjà vu trois fois la destruction du monde. Pendant tout ce temps, le Simorgh a tellement appris qu'on pense qu'il possède le savoir de tous les âges.
La représentation du Simorgh varie beaucoup au cours du temps. Dans des œuvre, il possède le buste d'un chien, des griffes de lion, une paire d'ailes et une queue remontant verticalement en se végétalisant. À partir des invasions mongoles et de l'arrivée des influences chinoises dans l'art persan, il prend la forme d'un phénix.

Poissons monstres marins
Les Poissons
Le savoir médiéval, s'il connaît bien les oiseaux, faciles à observer et à prendre en exemple, connaît mal les poissons, créatures étranges, vivant dans un milieu hostile et n'ayant pas besoin de respirer là où tout être normalement constitué ne peut que mourir asphyxié. Ils semblent avoir lié un pacte avec le diable. Le monde des eaux et celui de l'enfer sont en effet de même nature : il y fait sombre, on y suffoque, on y meurt et, même après la mort, on y subit des supplices effroyables et des peines éternelles.
La mer a longtemps effrayé les hommes du Moyen Âge. Tous ceux qui osent l’affronter sont des personnages inquiétants, à commencer par les marins que les chroniqueurs, les romanciers présentent souvent comme des êtres malfaisants. Tantôt ils abandonnent sur une île les voyageurs ou les pèlerins qu’ils transportent après les avoir dépouillés de leurs biens; tantôt ils les vendent comme esclaves à des pirates ou à des infidèles (terme péjoratif employé par les chrétiens de cette époque pour désigner tout homme n’adoptant pas leur propre religion). Grossiers, violents, cupides, lubriques et mécréants, les marin du Moyen Âge semblent avoir conclu un pacte avec l’enfer. Il faudra attendre le XVIIè siècle pour que leur image soit revalorisée.
La mer a longtemps effrayé les hommes du Moyen Âge. Tous ceux qui osent l’affronter sont des personnages inquiétants, à commencer par les marins que les chroniqueurs, les romanciers présentent souvent comme des êtres malfaisants. Tantôt ils abandonnent sur une île les voyageurs ou les pèlerins qu’ils transportent après les avoir dépouillés de leurs biens; tantôt ils les vendent comme esclaves à des pirates ou à des infidèles (terme péjoratif employé par les chrétiens de cette époque pour désigner tout homme n’adoptant pas leur propre religion). Grossiers, violents, cupides, lubriques et mécréants, les marin du Moyen Âge semblent avoir conclu un pacte avec l’enfer. Il faudra attendre le XVIIè siècle pour que leur image soit revalorisée.
Monstres marins
Sous les eaux de la mer vivent aussi des monstres redoutables, depuis l'énorme et dangereuse baleine jusqu’aux perfides et cruelles sirènes, dont le chant mélodieux attire les navigateurs pour mieux les entraîner dans les profondeurs infernales. On se souvient avec effroi de l'histoire du prophète Jonas, avalé puis recraché par une baleine. Et l'on redoute plus encore les bêtes effroyables qui, comme celle de I' Apocalypse, ont plusieurs têtes, de multiples cornes et sortent de la mer pour venir défier Dieu et tourmenter les justes. Les attaques qui viennent de la mer, comme celles des Vikings ou des pirates, comptent parmi les plus effroyables car la mer, toujours et partout, est signe de mort.
La mer est donc le domaine réservé d'une faune terrifiante et fantasmée, où des espèces géantes, connues et désignées par un nom, voisinent avec des créatures hybrides, sans nom, qui empruntent leurs formes à des animaux terrestres, voire à des êtres humains, et y ajoutent des nageoires acérées, des queues gigantesques, des dents et des cornes monstrueuses. Ce bestiaire des profondeurs s'apparente à celui qui attend les damnés dans les ténèbres de l'enfer. Vivent ainsi dans les eaux, parmi les poissons, des créatures qui sont le pendant marin de celles qui vivent sur terre. Ce sont des êtres. redoutables, diaboliques, ennemis des hommes et des animaux terrestres. Parmi les principaux, ceux sur lesquels s'attardent parfois nos bestiaires, il faut citer en premier lieu le moine de mer, être hybride qui a une tête d'homme tonsuré et qui porte une sorte de capuchon monastique sur les épaules, mais dont les bras sont remplacés par des nageoires et dont le reste du corps, entièrement recouvert d'écailles, se termine par une queue de poisson. À son image se présente l'anaÂtomie d'autres créatures moitié humaines ou animales: le prêtre de mer, la nonne de mer, l'évêque de mer, le chien de mer, l'âne de mer, le porc de mer, la vache de mer, le lion de mer, le tigre de mer, l’éléphant de mer, le serpent de mer, le pou de mer, etc.
La mer est donc le domaine réservé d'une faune terrifiante et fantasmée, où des espèces géantes, connues et désignées par un nom, voisinent avec des créatures hybrides, sans nom, qui empruntent leurs formes à des animaux terrestres, voire à des êtres humains, et y ajoutent des nageoires acérées, des queues gigantesques, des dents et des cornes monstrueuses. Ce bestiaire des profondeurs s'apparente à celui qui attend les damnés dans les ténèbres de l'enfer. Vivent ainsi dans les eaux, parmi les poissons, des créatures qui sont le pendant marin de celles qui vivent sur terre. Ce sont des êtres. redoutables, diaboliques, ennemis des hommes et des animaux terrestres. Parmi les principaux, ceux sur lesquels s'attardent parfois nos bestiaires, il faut citer en premier lieu le moine de mer, être hybride qui a une tête d'homme tonsuré et qui porte une sorte de capuchon monastique sur les épaules, mais dont les bras sont remplacés par des nageoires et dont le reste du corps, entièrement recouvert d'écailles, se termine par une queue de poisson. À son image se présente l'anaÂtomie d'autres créatures moitié humaines ou animales: le prêtre de mer, la nonne de mer, l'évêque de mer, le chien de mer, l'âne de mer, le porc de mer, la vache de mer, le lion de mer, le tigre de mer, l’éléphant de mer, le serpent de mer, le pou de mer, etc.

Baleine Dauphin
Baleine
Bien que le dauphin passe pour être le roi des poissons, dans les bestiaires, le rôle-vedette est tenu par la baleine. C'est la grande merveille de la mer. Il s'agit d'un animal gigantesque dont les écailles ont la couleur du sable. Parfois, son sommeil est si long que des herbes et des arbustes finissent par pousser sur son dos. C'est pour cette raison que les marins prennent parfois son dos pour une île. Malheur à eux! Ils y abordent, ils s'y installent, ils y font du feu pour se nourrir et se réchauffer. La baleine se réveille et sent que son dos est en train de rôtir. Furieuse, elle plonge dans la profondeur des flots, entraînant avec elle les marins, le navire et tout le chargement; puis elle avale la totalité de l'équipage. Son estomac est énorme, comme le prouve l'histoire du prophète Jonas qui séjourna plusieurs jours dans le ventre d'une baleine.
La baleine apparait ainsi comme un monstre terrifiant, semblable au Léviathan de la Bible. Sa gueule est énorme et noire à l'intéÂrieur; ses dents sont très nombreuses et acérées.
Pêcher la baleine est une activité très dangereuse, pratiquée dans les mers du Nord et dans l'Atlantique. C'est du reste plus une chasse qu'une pêche.
La baleine apparait ainsi comme un monstre terrifiant, semblable au Léviathan de la Bible. Sa gueule est énorme et noire à l'intéÂrieur; ses dents sont très nombreuses et acérées.
Pêcher la baleine est une activité très dangereuse, pratiquée dans les mers du Nord et dans l'Atlantique. C'est du reste plus une chasse qu'une pêche.
Mais il existe aussi un monstre tout à fait étonnant, malfaisant et dangereux; en latin on l'appelle cetus. Il est redoutable pour les marins.» Une baleine d'un type particulier, que mentionnent parfois les bestiaires, est appelée serra. C'est un monstre hybride, moitié poisson, moitié oiseau. Il possède deux grandes ailes et, sur son dos, une longue crête ornée d'aiguillons qui lui permet d'embrocher les navires, de les soulever dans les airs, de les transporter très loin du lieu où ils voulaient se rendre, puis, lorsqu'il se sent fatigué, de les laisser retomber dans les flots.
Dauphin
Pour la culture médiévale, la baleine est un poisson, le plus gros des poissons. Mais ce n'est pas le roi de la faune marine: ce rôle est en général dévolu au dauphin, qui pour cette raison, dans les images, porte souvent une couronne. Au Moyen Âge, on met surtout en valeur sa rapidité, le fait qu'il ne pond pas d'œufs pour se reproduire, ainsi que son étrange anatomie : sa bouche se situe au niveau du ventre.
« Le dauphin est un grand poisson de mer qui est attiré par les voix humaines. sait fort bien remuer sa langue pour parler, et sa voix ressemble à celle d'un homme qui pleure. C'est l'être le plus rapide qui existe dans la mer, car il est capable de la franchir d'une rive à l'autre comme s'il volait.
« Le dauphin est un grand poisson de mer qui est attiré par les voix humaines. sait fort bien remuer sa langue pour parler, et sa voix ressemble à celle d'un homme qui pleure. C'est l'être le plus rapide qui existe dans la mer, car il est capable de la franchir d'une rive à l'autre comme s'il volait.

Esturgeon Murène
Esturgeon
L’Espadon - le Mulet - Le Porc de mer
L'esturgeon est le seul poisson dont les écailles sont placées à l'envers, de la queue vers la tête. Il fait semblant de nager dans le sens où il ne nage pas. C'est un fourbe, comme le démon. Sa chair, néanmoins, est délicieuse. Elle a en outre la propriété de guérir les « flux de ventre » et de débarrasser ce dernier de toutes les immondices que la goinfrerie de l'homme y a accumulées. Différent est l'espadon, poisson très grand dont le nez est long comme une épée et dentelé comme une scie. C'est une arme dont il sait fort bien se servir pour terrasser les autres poissons, déchirer les filets des pêcheurs, éventrer la coque des navires. Il ose même défier la baleine et lui enfoncer son épée dans le ventre. Aucun poisson n'est aussi belliqueux.
Les bestiaires signalent que la mer abrite de très nombreux poissons mais n'en mentionnent que quelques-uns. Ils sont bien plus bavards sur les oiseaux. Les poissons sont pour eux des êtres étranges, tantôt inquiéÂtants, tantôt admirables. Quelques auteurs les présentent comme des serpents qui nagent et rampent sous les flots. Mais d'autres soulignent les leçons que leur comportement nous donne.
Le mulet, par exemple, est semblable à l'autruche: lorsqu'il a peur, il cache sa tête, seulement sa tête, et se croit en sûreté. C'est un poisson tout à fait ridicule, mais sa chair est délicate et tendre.
Porcs de mer
Parmi les animaux terrestres qui ont un équivalent marin prend place le célèbre porc de mer. Les bestiaires en font tantôt un gros poisson ayant une tête semblable à celle d'un sanglier, pourvu d'énormes défenses, tantôt un véritable cochon recouvert d'écailles et doté de nageoires.
Les bestiaires signalent que la mer abrite de très nombreux poissons mais n'en mentionnent que quelques-uns. Ils sont bien plus bavards sur les oiseaux. Les poissons sont pour eux des êtres étranges, tantôt inquiéÂtants, tantôt admirables. Quelques auteurs les présentent comme des serpents qui nagent et rampent sous les flots. Mais d'autres soulignent les leçons que leur comportement nous donne.
Le mulet, par exemple, est semblable à l'autruche: lorsqu'il a peur, il cache sa tête, seulement sa tête, et se croit en sûreté. C'est un poisson tout à fait ridicule, mais sa chair est délicate et tendre.
Porcs de mer
Parmi les animaux terrestres qui ont un équivalent marin prend place le célèbre porc de mer. Les bestiaires en font tantôt un gros poisson ayant une tête semblable à celle d'un sanglier, pourvu d'énormes défenses, tantôt un véritable cochon recouvert d'écailles et doté de nageoires.
Murène
& Thon
Plus singulière encore est la murène, dépourvue d'écailles, ce qui est indigne d'un poisson. Aussi souple que l'anguille, elle se déplace « en se tordant, comme font les renards et les serpents» au lieu d'aller droit. Sa force vitale ne réside pas dans sa tête ni dans sa poitrine mais dans sa queue.
Sa ressemblance avec l'anguille, son corps souple et allongé la font passer pour un serpent marin. Quelques auteurs racontent comment elle aime s'accoupler avec un serpent plein de venin nommé berus. Pour ne pas empoisonner sa compagne, celui-ci dépose son poison sur une pierre avant de s'adonner à l'acte charnel; il vient ensuite le rechercher. Le diable fait de même pour se donner à nous: il se débarÂrasse de son venin, fait le beau et nous séduit. Comme la murène nous sommes victimes de ses ruses.
Le thon est un sanguin, qui aime se battre, notamment contre l'espadon. Dans la mer des Indes, les thons sont si nombreux que le roi Alexandre a dû leur livrer bataille pour passer avec sa flotte. En fait, ces poissons ne sont pas méchants: la bataille pour eux ressemble plus au tournoi qu'à la guerre. Au reste, le thon aime suivre les navires et se donner en spectacle aux marins. Dans la mer d'Éthiopie, les femelles ne pondent pas d' œufs mais, comme les dauphins, mettent bas des petits vivants et les nourrissent de leur lait. Les indigènes recherchent ce lait car s'ils en boivent, leur peau prend une couleur plus claire. De même, en Éthiopie et ailleurs, le sang du thon appliqué sur le visage empêche la barbe de pousser. Cette merveilleuse propriété, qui dispense de se raser, est due à ce que cette peau est pleine de sel, plus que chez n'importe quel autre poisson.
Sa ressemblance avec l'anguille, son corps souple et allongé la font passer pour un serpent marin. Quelques auteurs racontent comment elle aime s'accoupler avec un serpent plein de venin nommé berus. Pour ne pas empoisonner sa compagne, celui-ci dépose son poison sur une pierre avant de s'adonner à l'acte charnel; il vient ensuite le rechercher. Le diable fait de même pour se donner à nous: il se débarÂrasse de son venin, fait le beau et nous séduit. Comme la murène nous sommes victimes de ses ruses.
Le thon est un sanguin, qui aime se battre, notamment contre l'espadon. Dans la mer des Indes, les thons sont si nombreux que le roi Alexandre a dû leur livrer bataille pour passer avec sa flotte. En fait, ces poissons ne sont pas méchants: la bataille pour eux ressemble plus au tournoi qu'à la guerre. Au reste, le thon aime suivre les navires et se donner en spectacle aux marins. Dans la mer d'Éthiopie, les femelles ne pondent pas d' œufs mais, comme les dauphins, mettent bas des petits vivants et les nourrissent de leur lait. Les indigènes recherchent ce lait car s'ils en boivent, leur peau prend une couleur plus claire. De même, en Éthiopie et ailleurs, le sang du thon appliqué sur le visage empêche la barbe de pousser. Cette merveilleuse propriété, qui dispense de se raser, est due à ce que cette peau est pleine de sel, plus que chez n'importe quel autre poisson.

Huître Tortue
Huître
Scolopendre & Crabe
La scolopendre est un poisson venimeux qu'il ne faut pas toucher. Le capturer est du reste difficile: s'il a mordu à l'hameçon, il possède la propriété de le recracher en même temps que toutes ses entrailles pour se dégager. Puis délicatement, avec son museau, il fait le tri dans ce qu'il a vomi et réingurgite tout sauf l'hameçon. Comme la chienne et la truie, la scolopendre« retourne toujours à sa vomissure». Ainsi fait l'homme qui replonge constamment dans ses péchés. Maintes fois il croit échapper à la punition, mais la dernière fois lui sera fatale.
Pour les encyclopédies médiévales, l'huître est un poisson enfermé dans une coquille. Il s'ouvre et se ferme à volonté selon la lune. Lorsque celle-ci est ascendante, l'huître peut être fécondée par « la rosée du matin sur la mer » ou bien, plus simplement, par les rayons du soleil. Dans le premier cas, il n'existe rien de plus pur au monde, c'est pourquoi une telle fécondation donne naissance à une perle. L'huître symbolise ainsi la Vierge, qui a été fécondée par la rosée du ciel, c'est-à -dire par l'Esprit-Saint, puis a enfanté une perle, Jésus-Christ. Le pire ennemi de l'huître est le homard, créature diabolique, dotée de cornes et de pinces. Il recourt à une ruse pour la capturer vivante: ayant observé à quel moment l'huître s'ouvre, il jette une pierre dans la coquille; l'huître ne peut plus se refermer et le homard l'avale.
Quelques auteurs attribuent la même ruse au crabe, autre créature du démon: il marche à reculons, parfois· de côté, jamais droit; ainsi marchent les méchants et les vicieux. Le seul mérite du crabe est d'abriter en lui un suc efficace contre le venin des serpents: en manger un peu annule les effets du poison.
Pour les encyclopédies médiévales, l'huître est un poisson enfermé dans une coquille. Il s'ouvre et se ferme à volonté selon la lune. Lorsque celle-ci est ascendante, l'huître peut être fécondée par « la rosée du matin sur la mer » ou bien, plus simplement, par les rayons du soleil. Dans le premier cas, il n'existe rien de plus pur au monde, c'est pourquoi une telle fécondation donne naissance à une perle. L'huître symbolise ainsi la Vierge, qui a été fécondée par la rosée du ciel, c'est-à -dire par l'Esprit-Saint, puis a enfanté une perle, Jésus-Christ. Le pire ennemi de l'huître est le homard, créature diabolique, dotée de cornes et de pinces. Il recourt à une ruse pour la capturer vivante: ayant observé à quel moment l'huître s'ouvre, il jette une pierre dans la coquille; l'huître ne peut plus se refermer et le homard l'avale.
Quelques auteurs attribuent la même ruse au crabe, autre créature du démon: il marche à reculons, parfois· de côté, jamais droit; ainsi marchent les méchants et les vicieux. Le seul mérite du crabe est d'abriter en lui un suc efficace contre le venin des serpents: en manger un peu annule les effets du poison.
Tortue de mer
& Nautile
La tortue de mer a fait de ses écailles une maison. Elle s'y abrite dès que survient un danger. Mais elle-même est dangereuse pour bon nombre d'animaux qui vivent dans les flots. D'une part, sa bave est venimeuse, de l'autre elle possède une mâchoire effroyable qui brise tout, même les pierres. Comme elle est très lourde, la tortue écrase les coquillages sur lesquels elle marche. Bien qu'elle soit dotée de quatre vraies pattes, elle aime nager et, les jours de beau temps, venir chauffer son dos à la surface de la mer. Mais si elle y reste trop longtemps, elle meurt. La tortue de terre est plus petite et dépourvue de venin. Aucun animal ne marche aussi lentement; elle semble paresseuse mais en fait elle a du mal à déplacer sa lourde maison. Le mâle est beaucoup plus ardent que la femelle: chaque accouplement ressemble à un viol.
Tout aussi merveilleux que l’huître existe le nautile ou pompile. Il est petit mais ingénieux. Son plus grand plaisir est de voguer à la surface de la mer, comme le font les bateaux. Pour ce faire, il se renverse sur le dos, transforme sa coquille en coque, puis il la vide en utilisant un conduit spécial pour rejeter l'eau qui se trouve à l'intérieur. Dans un second temps, il transforme ses nombreux tentacules en rames sauf un qui lui sert de voile et un autre de gouvernail. C'est ainsi qu'il navigue, rendant jaloux les autres coquillages qui demeurent au fond de l' eau.
Tout aussi merveilleux que l’huître existe le nautile ou pompile. Il est petit mais ingénieux. Son plus grand plaisir est de voguer à la surface de la mer, comme le font les bateaux. Pour ce faire, il se renverse sur le dos, transforme sa coquille en coque, puis il la vide en utilisant un conduit spécial pour rejeter l'eau qui se trouve à l'intérieur. Dans un second temps, il transforme ses nombreux tentacules en rames sauf un qui lui sert de voile et un autre de gouvernail. C'est ainsi qu'il navigue, rendant jaloux les autres coquillages qui demeurent au fond de l' eau.

Phoque Sirène
Phoque
Comme la tortue marine, le phoque peut vivre dans l'eau ou venir se reposer sur les rochers. C'est un poisson très froid dont la tête ressemble à celle d'un veau ou d'un chien. Sa peau a le pouvoir d'écarter la foudre. Le cri du phoque ressemble à un long gémisÂsement. L'entendre est de très mauvais augure: celui qui le perçoit, homme ou bête, mourra prochainement.
Pourtant, les hommes du Nord chassent les phoques afin de s'emparer de sa viande, de son huile et de sa graisse. Sa bile également est très recherchée : elle a de nombreuses vertus médicinales, notamment celle de guérir les épilepÂtiques. Le phoque le sait très bien et, de même que le castor se tranche les génitoires pour échapper au chasseur, de même le phoque se vide de sa bile et de son fiel pour ne pas être capturé. Mais comme il est stupide, il le fait dans l'eau et en prive ainsi tous les hommes malades. Il n'est ni généreux ni charitable. En outre, il sent très mauvais: c'est une créature du démon.
Pourtant, les hommes du Nord chassent les phoques afin de s'emparer de sa viande, de son huile et de sa graisse. Sa bile également est très recherchée : elle a de nombreuses vertus médicinales, notamment celle de guérir les épilepÂtiques. Le phoque le sait très bien et, de même que le castor se tranche les génitoires pour échapper au chasseur, de même le phoque se vide de sa bile et de son fiel pour ne pas être capturé. Mais comme il est stupide, il le fait dans l'eau et en prive ainsi tous les hommes malades. Il n'est ni généreux ni charitable. En outre, il sent très mauvais: c'est une créature du démon.
Sirène
La sirène médiévale, contrairement à la sirène antique, est plus souvent poisson que oiseau. Elle possède un corps de femme qui descend jusqu’aux cuisses et se termine par une queue «empoisÂsonnée». La plupart de nos auteurs préfèrent donner le nom de «harpie» à la sirène oiseau: tête et buste de femme, corps d'aigle ou de vautour. Ses serres sont effroyables et peuvent broyer chacune quatre hommes à la fois. La harpie, en effet, déteste les humains. Mais si on lui donne un miroir, elle voit qu'elle ressemble aux ennemis qu'elle vient de tuer et se met à pleurer.
Les sirènes marines sont davantage séductrices.
Elles attirent les marins en haute mer. Puis elles les charment par la douceur de leur chant, s'accompagnant parfois d'une harpe, au point que les marins finissent par s'endormir. Les sirènes montent alors à bord des navires, abusent des dormeurs puis les précipitent dans les gouffres marins; certaines mangent leurs cadavres.
Les sirènes marines sont davantage séductrices.
Elles attirent les marins en haute mer. Puis elles les charment par la douceur de leur chant, s'accompagnant parfois d'une harpe, au point que les marins finissent par s'endormir. Les sirènes montent alors à bord des navires, abusent des dormeurs puis les précipitent dans les gouffres marins; certaines mangent leurs cadavres.

Carpe Saumon
Carpe
Les poissons et les animaux vivant dans l'eau douce
Sur les poissons d'eau douce, nos bestiaires sont moins bavards que sur ceux de mer. Certains sont présentés comme vertueux, d’autres comme effroyables. La truite, par exemple, fait confiance au Créateur. Elle ne couve pas elle-même ses œufs mais les donne à couver aux eaux dans lesquelles elle vit. Aussi est-ce l’eau qui les fait naître, leur donne forme et, en tendre mère de tout ce qui vit.
La carpe, au contraire, couve elle-même ses œufs. Quand la femelle sent que dans son ventre ceux-ci sont prêts pour la ponte, elle appelle le mâle qui émet une sorte de lait que sa compagne recueille dans sa bouche : c’est ainsi qu’elle fécondée. Le mâle renouvelle cette opération une seconde fois, lorsque les œufs sont pondus: c'est ainsi qu'ils peuvent éclore. La carpe pond de cette façon cinq fois par an, plus de six cent mille œufs à chaque fois. C'est un poisson très fécond que les Romains consacraient à Vénus. Mais c'est aussi un poisson soumis à la lune, astre humide et froid: quand la lune croît, le cerveau de la carpe augmente de volume; quand elle diminue, les humeurs se retirent et le poisson semble endormi. Les pêcheurs ont alors plus de chance de le capturer.
La carpe, au contraire, couve elle-même ses œufs. Quand la femelle sent que dans son ventre ceux-ci sont prêts pour la ponte, elle appelle le mâle qui émet une sorte de lait que sa compagne recueille dans sa bouche : c’est ainsi qu’elle fécondée. Le mâle renouvelle cette opération une seconde fois, lorsque les œufs sont pondus: c'est ainsi qu'ils peuvent éclore. La carpe pond de cette façon cinq fois par an, plus de six cent mille œufs à chaque fois. C'est un poisson très fécond que les Romains consacraient à Vénus. Mais c'est aussi un poisson soumis à la lune, astre humide et froid: quand la lune croît, le cerveau de la carpe augmente de volume; quand elle diminue, les humeurs se retirent et le poisson semble endormi. Les pêcheurs ont alors plus de chance de le capturer.
Saumon
Le saumon est le seigneur de la rivière : son corps est magnifique, semé d’étoiles et de croissants de lune de couleur rouge sur un fond d'or. Sur sa tête on peut apercevoir une couronne: c'est un roi. Il parcourt de grandes distances pour inspecter les rivières et s'assurer que tous les autres poissons, qui sont ses vassaux, ne courent pas un danger; il les invite à se méfier du brochet et de l'anguille.
Quand le saumon sent sa vie se terminer, il mange « une certaine herbe en forme de liane» pour faire provision de force et de courage, puis il remonte la rivière qui l'a vu naître, franchit les gués et les barrages et s'en va mourir sur son lieu de naissance.
Quand le saumon sent sa vie se terminer, il mange « une certaine herbe en forme de liane» pour faire provision de force et de courage, puis il remonte la rivière qui l'a vu naître, franchit les gués et les barrages et s'en va mourir sur son lieu de naissance.

Brochet Anguille
Brochet
Le brochet est l'ennemi du saumon. Il cherche à le détrôner comme le roi de la rivière, bien qu'il se plaise davantage dans les lacs et les étangs. Là , il recherche la vase et les lieux où pourrissent les poissons morts. C'est un vorace, toujours en quête de proies et de nourriture, capable d'avaler des animaux beaucoup plus gros que lui. La nuit, si la rive est humide et la lune à son apogée, il peut venir dans les prés dévorer les agneaux et les petits veaux. Même les chiens en ont peur.
Ses dents sont énormes, ses oreilles pointues, son corps rectiÂligne : il ne se déplace pas comme un serpent mais comme une flèche. On ne le voit pas venir car il possède, comme le diable, l'art de se dissimuler. Quand il est affamé, il mange ses propres enfants, voire d'autres brochets plus jeunes que lui. Voilà pourquoi ce poisson n'est pas abondant. S'il l'était, il n'y aurait plus dans les rivières qu'un seul brochet, énorme, qui aurait mangé tous les autres.
Ses dents sont énormes, ses oreilles pointues, son corps rectiÂligne : il ne se déplace pas comme un serpent mais comme une flèche. On ne le voit pas venir car il possède, comme le diable, l'art de se dissimuler. Quand il est affamé, il mange ses propres enfants, voire d'autres brochets plus jeunes que lui. Voilà pourquoi ce poisson n'est pas abondant. S'il l'était, il n'y aurait plus dans les rivières qu'un seul brochet, énorme, qui aurait mangé tous les autres.
Anguille
L'anguille est moins terrifiante. Mais, plus encore que le brochet, elle peut se hisser sur la rive et vivre plusieurs jours hors de l'eau. Elle se comporte alors comme un serpent, très long et très visqueux. Certaines anguilles mesurent trente pieds de long (dix mètres), mais on ne les trouve qu'en Inde. Comme ce poisson naît de la boue et des excréments des autres poissons, plus ces derniers sont nombreux dans une rivière, plus il y a d’anguilles.

Écrevisse Grenouille
Écrevisse
Dans l'eau des lacs et des rivières on trouve des animaux qui ne sont pas des poissons. Ainsi l'écrevisse, qui dort pendant les mois d'hiver.
C'est une sorte de démon des eaux, armé de cornes et de pinces, très méchant et qui marche à reculons comme tous ceux qui ne suivent pas les voies du Seigneur. Il faut la fuir et ne pas l'imiter.
C'est une sorte de démon des eaux, armé de cornes et de pinces, très méchant et qui marche à reculons comme tous ceux qui ne suivent pas les voies du Seigneur. Il faut la fuir et ne pas l'imiter.
Grenouille
& Crapaud
La lâcheté de la grenouille est proverbiale, plus que celle du lièvre, lequel se réjouit qu'il existe un animal encore plus peureux que lui. Les grenouilles font beaucoup de bruit, surtout la nuit lorsque se produit l'accouplement; mais si on jette une grenouille dans la gueule d'un chien, il devient muet. Innombrables sont les recettes dans lesquelles interviennent des organes et produits tirés de la grenouille : langue, bave, venin, yeux, peau, pattes. Beaucoup ont à voir avec la sexualité. Cet animal, en effet, symbolise la luxure et est souvent un attribut de ce vice dans la sculpture romane.
Le crapaud, qui n'habite pas dans l'eau mais qui est un «cousin» de la grenouille, ne vaut pas mieux. Il hait la lumière, c'est-à -dire Dieu, recherche les endroits obscurs, vit la nuit, mange de la terre, bave, sent mauvais; distille un venin très froid qui se transforme en glace ou en gelée dès qu'on le touche.
Le crapaud est associé à quatre des sept péchés capitaux: l'avarice, la luxure, la colère et l'orgueil. Quand il se fâche, ce qui arrive souvent, il se gonfle démesurément, comme font les vaniteux. Mais s’il se gonfle trop, il crève. Juste punition. Assurément, le crapaud occupe une place de choix dans le bestiaire du diable.
Le crapaud, qui n'habite pas dans l'eau mais qui est un «cousin» de la grenouille, ne vaut pas mieux. Il hait la lumière, c'est-à -dire Dieu, recherche les endroits obscurs, vit la nuit, mange de la terre, bave, sent mauvais; distille un venin très froid qui se transforme en glace ou en gelée dès qu'on le touche.
Le crapaud est associé à quatre des sept péchés capitaux: l'avarice, la luxure, la colère et l'orgueil. Quand il se fâche, ce qui arrive souvent, il se gonfle démesurément, comme font les vaniteux. Mais s’il se gonfle trop, il crève. Juste punition. Assurément, le crapaud occupe une place de choix dans le bestiaire du diable.

Crocodile Hippopotame
Crocodile
Le crocodile est un monstre vivant dans les eaux du Nil.
Il est donc considéré comme une créature hybride, empruntant ses formes au dragon, au serpent et à différents quadrupèdes.
Les bestiaires le rangent tantôt au chapitre des poissons, tantôt à celui des serpents. Son corps en effet ressemble à celui d'un énorme lézard doté, de quatre pieds très larges et de jambes très courtes.
Tous les bestiaires racontent comment le crocodile, lorsqu'il voit un homme s'approcher de lui, ne peut s'empêcher de le saisir et de le dévorer. Mais ensuite il regrette ce qu'il a fait et pleure longuement, « tous les jours de sa vie». Mais certains auteurs soupçonnent le crocodile d'être un hypocrite et de faire semblant de pleurer alors qu'en vérité il se réjouit du bon repas qu'il a fait.
Laid, violent, glouton, hypocrite, le crocodile est également paresseux. Il peut dormir au soleil pendant plusieurs jours sans rien faire, pas même l'effort d'attraper les proies qui s'approchent, ni de refermer sa mâchoire supérieure pour croquer le petit oiseau - pluvier ou roitelet, selon les textes - qui s'est aventuré imprudemment dans sa gueule pour manger les vers et les sangsues qui s'y trouvaient. En bâillant le crocodile oublie parfois de refermer sa mâchoire et reste endormi la gueule ouverte. Mais il se peut aussi qu'il épargne cet oiseau parce qu'il lui rend service. Non seulement il le débarrasse de la vermine qui lui ronge les dents, mais il chante merveilleusement à l'intérieur de son gosier. L'hydre est son pire ennemi.
Il est donc considéré comme une créature hybride, empruntant ses formes au dragon, au serpent et à différents quadrupèdes.
Les bestiaires le rangent tantôt au chapitre des poissons, tantôt à celui des serpents. Son corps en effet ressemble à celui d'un énorme lézard doté, de quatre pieds très larges et de jambes très courtes.
Tous les bestiaires racontent comment le crocodile, lorsqu'il voit un homme s'approcher de lui, ne peut s'empêcher de le saisir et de le dévorer. Mais ensuite il regrette ce qu'il a fait et pleure longuement, « tous les jours de sa vie». Mais certains auteurs soupçonnent le crocodile d'être un hypocrite et de faire semblant de pleurer alors qu'en vérité il se réjouit du bon repas qu'il a fait.
Laid, violent, glouton, hypocrite, le crocodile est également paresseux. Il peut dormir au soleil pendant plusieurs jours sans rien faire, pas même l'effort d'attraper les proies qui s'approchent, ni de refermer sa mâchoire supérieure pour croquer le petit oiseau - pluvier ou roitelet, selon les textes - qui s'est aventuré imprudemment dans sa gueule pour manger les vers et les sangsues qui s'y trouvaient. En bâillant le crocodile oublie parfois de refermer sa mâchoire et reste endormi la gueule ouverte. Mais il se peut aussi qu'il épargne cet oiseau parce qu'il lui rend service. Non seulement il le débarrasse de la vermine qui lui ronge les dents, mais il chante merveilleusement à l'intérieur de son gosier. L'hydre est son pire ennemi.
Hippopotame
L’hippopotame, comme le crocodile, vit dans les eaux dµ Nil. Pour quelques auteurs, c'est un énorme poisson doté de quatre pieds semblables à celui du bœuf. Pour d'autres, c'est une «manière de cheval» dont il possède la crinière et le hennissement. Pour d'autres encore, «un cochon de rivière plus gros qu'un éléphant» et qui est armé de deux dents enflammées, semblables à celles du sanglier.
Pour tous, c'est un animal effrayant tellement il est lourd et gros. Il marche lentement, à reculons, pour mieux voir ses ennemis. Sa gueule est énorme, ses dents acérées, son appétit insatiable, au point que ce qu'il trouve dans l'eau ne lui suffit pas: il vient sur la rive dévaster les champs cultivés.
La Bible le nomme Béhémoth, ce qui est un des noms du démon. Rusé, il se cache sous les lotus quand il est dans l'eau, dans les blés quand il est sur la rive. Partout il guette. C'est le diable!
Pour tous, c'est un animal effrayant tellement il est lourd et gros. Il marche lentement, à reculons, pour mieux voir ses ennemis. Sa gueule est énorme, ses dents acérées, son appétit insatiable, au point que ce qu'il trouve dans l'eau ne lui suffit pas: il vient sur la rive dévaster les champs cultivés.
La Bible le nomme Béhémoth, ce qui est un des noms du démon. Rusé, il se cache sous les lotus quand il est dans l'eau, dans les blés quand il est sur la rive. Partout il guette. C'est le diable!

Serpents & Vers Basilic
Serpents & Vers
Le monde médiéval des serpents n’est pas un monde homogène. D’un bestiaire à un autre, la liste des animaux rangés sous ce nom varie grandement. D’autant qu’aux serpents proprement dits s’ajoutent la famille des lézards et des dragons. Parfois s’ajoute à cette catégorie des animaux que la zoologie médiévale ne sait pas classer : escargot, crapaud, caméléon, salamandre.
Le monde des vers (vermes) est encore plus disparate. On y trouve toutes les larves mais aussi un grand nombre d’insectes - notion qui n’émergera clairement qu’au XVIè siècle -, quelques petits rongeurs. Et des animaux totalement inattendus à cette place. Ainsi le lynx qui, pour plusieurs auteurs, est « une sorte de grand ver blanc ».
Dans les encyclopédies, il n’est pas rare que les monstres forment une catégorie à part, alors que dans les bestiaires ils sont en général dispersés parmi les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les serpents. On les qualifie parfois de « merveilles » notamment celles de l’Inde ou de l’Orient. Dans certains livres qui leur sont exclusivement consacrés le nombre de monstres recensés peut être important. Il comprend non seulement des animaux comme le dragon, le griffon ou le basilic, des êtres hybrides, mi-humain mi-animaux, comme la sirène ou le centaure, mais aussi des êtres étranges, plus ou moins humains, vivant dans des pays lointains, aux confins de la terre. Certains n’ont qu’un œil au milieu du front, ou bien six doigts à chaque main et sept à chaque pied, ou encore pas de tête mais un visage aplati au milieu de la poitrine. D’autres ont d’immenses oreilles qui recouvrent la presque totalité de leur corps. D’autres sont couverts de poils et marchent à quatre pattes. D’autres encore, appelés sciapodes et vivant sous le chaud soleil d’Éthiopie, n’ont qu’un seul pied mais d’une taille si grande qu’il leur sert de parasol.
Le monde des vers (vermes) est encore plus disparate. On y trouve toutes les larves mais aussi un grand nombre d’insectes - notion qui n’émergera clairement qu’au XVIè siècle -, quelques petits rongeurs. Et des animaux totalement inattendus à cette place. Ainsi le lynx qui, pour plusieurs auteurs, est « une sorte de grand ver blanc ».
Dans les encyclopédies, il n’est pas rare que les monstres forment une catégorie à part, alors que dans les bestiaires ils sont en général dispersés parmi les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les serpents. On les qualifie parfois de « merveilles » notamment celles de l’Inde ou de l’Orient. Dans certains livres qui leur sont exclusivement consacrés le nombre de monstres recensés peut être important. Il comprend non seulement des animaux comme le dragon, le griffon ou le basilic, des êtres hybrides, mi-humain mi-animaux, comme la sirène ou le centaure, mais aussi des êtres étranges, plus ou moins humains, vivant dans des pays lointains, aux confins de la terre. Certains n’ont qu’un œil au milieu du front, ou bien six doigts à chaque main et sept à chaque pied, ou encore pas de tête mais un visage aplati au milieu de la poitrine. D’autres ont d’immenses oreilles qui recouvrent la presque totalité de leur corps. D’autres sont couverts de poils et marchent à quatre pattes. D’autres encore, appelés sciapodes et vivant sous le chaud soleil d’Éthiopie, n’ont qu’un seul pied mais d’une taille si grande qu’il leur sert de parasol.
Basilic
& Aspic
L'aspic n'est ni le roi des serpents (c'est le basilic), ni le plus grand ou le plus dangereux (le dragon), mais celui par lequel les bestiaires commencent ce chapitre. Ce serpent est redoutable comme tous les serpents, mais son venin endort plus qu'il ne tue: l'homme ou la femme qui a été mordu par l'aspic tombe dans un profond sommeil et ne se réveille plus. C'est ce qui est arrivé à la reine Cléopâtre qui en mit un sur son sein et s'endormit pour toujours.
En Afrique, l'aspic sert à distinguer les enfants légitimes des bâtards. Les indigènes ont grande confiance en son jugement: chaque nouveau-né lui est présenté; s'il est «de loyal lit» (légitime), l'aspic le salue; s’il est né d'une relation adultère, il le tue.
En Inde, en revanche, l'aspic est pourchassé parce qu'il possède dans sa tête une pierre précieuse de très grand prix: une escarboucle. Des hommes cupides cherchent à s'en emparer. Pour ce faire, ils ont recours à une ruse : sachant que l'aspic est sensible au chant et à la musique, surtout celle de la flûte et de la harpe, ils en jouent, ou bien chantent, pour charmer le serpent et l'endormir. Mais ce dernier déjoue leur ruse: pour n'entendre aucun son, il colle l'une de ses oreilles contre le sol et se bouche l'autre avec l'extrémité de sa queue. Ce faisant, il n'entend rien, comme les hommes qui refusent d'entendre la parole de Dieu.
En Afrique, l'aspic sert à distinguer les enfants légitimes des bâtards. Les indigènes ont grande confiance en son jugement: chaque nouveau-né lui est présenté; s'il est «de loyal lit» (légitime), l'aspic le salue; s’il est né d'une relation adultère, il le tue.
En Inde, en revanche, l'aspic est pourchassé parce qu'il possède dans sa tête une pierre précieuse de très grand prix: une escarboucle. Des hommes cupides cherchent à s'en emparer. Pour ce faire, ils ont recours à une ruse : sachant que l'aspic est sensible au chant et à la musique, surtout celle de la flûte et de la harpe, ils en jouent, ou bien chantent, pour charmer le serpent et l'endormir. Mais ce dernier déjoue leur ruse: pour n'entendre aucun son, il colle l'une de ses oreilles contre le sol et se bouche l'autre avec l'extrémité de sa queue. Ce faisant, il n'entend rien, comme les hommes qui refusent d'entendre la parole de Dieu.

Vipère
Vipère
& Couleuvre
La vipère est plus rusée et cruelle que l'aspic. Elle se cache pour mieux surgir et mordre là où on ne l'attend pas. C'est pourquoi elle a de nombreux ennemis : l'aigle, le cerf, le cochon. Quand ce dernier fouille le sol de la forêt à la recherche de nourriture, il déniche fréquemment une vipère qui s'est endormie dans un trou pour passer l'hiver. Le cochon la tue et la mange sans danger car, avant de s'endormir, la vipère s'était débarrassée de son venin. Mais quand elle ne dort pas, la vipère est abominable, surtout la femelle. Son union avec le mâle est du reste tragique pour ce dernier: pour que l'accouplement soit fécond, il doit introduire sa tête dans la bouche de sa compagne; mais quand il y a déposé sa semence, elle lui tranche aussitôt la tête avec ses dents. De cette union naissent des petits tout aussi impitoyables : sitôt sortis du ventre de leur mère, ils la tuent. La vipère est l'être le plus vil et le plus fourbe qui soit au monde.
La couleuvre est moins dangereuse car elle ne transporte pas toujours avec elle son venin. Pour se nourrir, elle est obligée de s'en débarÂrasser. C'est ainsi qu'elle tète le pis des vaches sans les empoisonner, mais ses dents leur causent de douloureuses blessures. La couleuvre, en effet, aime beaucoup le lait. Si elle ne trouve pas de vache, elle tète une brebis ou bien, à défaut, une chienne. Avec son venin, sa peau et ses crocs, les sorciers fabriquent de nombreux philtres, qui ont le pouvoir d'éloigner les bêtes féroces, les dragons et les crocodiles.
La couleuvre est moins dangereuse car elle ne transporte pas toujours avec elle son venin. Pour se nourrir, elle est obligée de s'en débarÂrasser. C'est ainsi qu'elle tète le pis des vaches sans les empoisonner, mais ses dents leur causent de douloureuses blessures. La couleuvre, en effet, aime beaucoup le lait. Si elle ne trouve pas de vache, elle tète une brebis ou bien, à défaut, une chienne. Avec son venin, sa peau et ses crocs, les sorciers fabriquent de nombreux philtres, qui ont le pouvoir d'éloigner les bêtes féroces, les dragons et les crocodiles.
Amphisbène
Céraste - Acontias - Dispas & Scytale
- L’amphisbène est une sorte de chef de guerre des serpents. Quand ceux-ci se déplacent en troupe, c'est lui qui marche en tête et donne les ordres. Il est pourvu de deux têtes, l'un à l'emplacement normal, l'autre au bout de la queue. Il peut mordre par les deux bouts. Ses quatre yeux, très petits, sont rouges et lancent des flammes. Voilà pourquoi l'amphisbène, qui a toujours chaud, aime le froid: il peut affronter les gelées les plus dures, il aura toujours chaud. Contrairement aux autres serpents, il se déplace de manière circulaire, réunissant ses deux têtes, sinon il ne saurait quelle direction prendre.
- Le céraste quant à lui possède deux cornes semblables à celles du bélier. Elles ne lui servent pas tant à combattre qu'à tendre des pièges. Il se cache dans le sable et laisse seulement apparaître ses deux cornes. Les petits oiseaux s'approchent, croyant qu'il s'agit de deux vers de terre. Le céraste bondit, les saisit avec sa queue puis les mange.
- L’acontias, son cousin, est privé de cornes mais est tout aussi perfide. Il se cache dans les arbres pour mieux épier ses proies. Lorsque l'une d'elles s'approche, il se transforme en une sorte de flèche et fuse sur elle pour la transpercer. La victime meurt dans des douleurs atroces car tout le corps de l'acontias est venimeux.
- Pire encore: le dipsas. Il est tout petit, presque invisible. Quand on lui marche dessus, il mord, et cette morsure fait lentement mourir de soif celui qu'il a mordu, homme, cheval, grosse ou petite bête.
- Quant au scytale, il est si beau, habillé des couleurs de l'arc-en-ciel, qu'on ne peut pas s'empêcher de l'admirer. Mais le contempler a un effet paralysant : il est impossible de bouger et le serpent en profite pour vous mordre et vous tuer.
- Le céraste quant à lui possède deux cornes semblables à celles du bélier. Elles ne lui servent pas tant à combattre qu'à tendre des pièges. Il se cache dans le sable et laisse seulement apparaître ses deux cornes. Les petits oiseaux s'approchent, croyant qu'il s'agit de deux vers de terre. Le céraste bondit, les saisit avec sa queue puis les mange.
- L’acontias, son cousin, est privé de cornes mais est tout aussi perfide. Il se cache dans les arbres pour mieux épier ses proies. Lorsque l'une d'elles s'approche, il se transforme en une sorte de flèche et fuse sur elle pour la transpercer. La victime meurt dans des douleurs atroces car tout le corps de l'acontias est venimeux.
- Pire encore: le dipsas. Il est tout petit, presque invisible. Quand on lui marche dessus, il mord, et cette morsure fait lentement mourir de soif celui qu'il a mordu, homme, cheval, grosse ou petite bête.
- Quant au scytale, il est si beau, habillé des couleurs de l'arc-en-ciel, qu'on ne peut pas s'empêcher de l'admirer. Mais le contempler a un effet paralysant : il est impossible de bouger et le serpent en profite pour vous mordre et vous tuer.

Dragon Lézard
Dragon
Le dragon - qui pour la culture médiévale, rappelons-le, est un animal réel - se présente comme la créature la plus instable de la zoologie des bestiaires. C'est le plus grand des serpents, mais un serpent doté de pattes, au moins deux, parfois quatre et de deux ailes giganÂtesques, ressemblant à celles du «rat-oiseau» (la chauve-souris). Les dragons aptères sont plus visqueux que les autres; ils ne volent pas mais nagent remarÂquablement. Certains dragons n’ont pas une tête unique mais plusieurs: deux comme l’amphisbène, une au sommet du cou, l'autre à l'extrémité de la queue ; ou bien trois comme « le dragon du pays des Amazones»; voire sept comme l'épouvantable hydre, monstre des eaux, ennemi du crocodile.
Les dragons naissent en Éthiopie, en Inde, en « Barbarie», mais de là ils se répandent dans tout l'univers. Le dragon se déplace très rapidement: il marche, il court, il vole, il nage, il rampe, il grimpe. Par là même, il appartient aux trois mondes: terrestre, céleste, aquatique. Sur terre, il habite une caverne, où il garde des trésors et d’où il sort pour terrifier la contrée environnante. Sous terre, il vit dans les eaux, qu’il fait déborder lorsqu'il lutte contre d'autres animaux aquatiques. Dans les airs, il défie les anges, combat les plus féroces des oiseaux de proie, déchaîne les tempêtes. Sur son passage, l'air étincelle comme un feu ardent. Partout, il fait un bruit terrifiant, grondant, mugissant, hurlant, s'agitant en tous sens. Plusieurs auteurs affirment que les dragons ne meurent jamais : ils s'endorment, et il ne faut surtout pas les réveiller. Son haleine empeste; les flammes qui sortent de sa gueule brûlent et détruisent; son venin, placé à l'extrémité de sa queue, comme chez le scorpion, tue. Mais son sperme et sa bave passent pour fertiles et fécondants, et son sang peut durcir pour se transformer en une sorte de carapace assurant l'immortalité à qui se baigne dedans. Siegfried, héros du chant des Nibelungen, l'a fait mais une malheureuse feuille de tilleul tombée entre ses épaules l'a empêché de devenir totalement invulnérable. Le dragon médiéval, polymorphe et polyvalent, est le produit de la fusion en une seule créature de nombreuses traditions antérieures: bibliques, orientales, gréco-romaines, germaniques. Ailleurs, on en parle tout le temps et on craint de le rencontrer, bien plus qu'on redoute de rencontrer le loup: le dragon, c'est le diable. C'est pourquoi toute victoire sur un dragon est une victoire du bien sur le mal. Il n'existe aucun dragon pris en bonne part dans la culture médiévale européenne, alors que les « bons» dragons sont nombreux dans les traditions asiatiques. Vaincre un dragon est un exploit que seuls les plus grands saints (Michel, Georges, Marthe, Marguerite) et les héros les plus prestigieux (Arthur, Tristan, Siegfried) peuvent accomplir.
Lézard
& Salamandre
Des serpents aux vers
Nos bestiaires assimilent parfois aux serpents des animaux qui pour nous n'en sont pas, qui n'ont même aucun rapport avec l'univers des reptiles. Mais la zoologie médiévale est ainsi faite qu'elle s'appuie sur des catégories très larges, mouvantes, évoluant au fil du temps et différant d'un auteur à l'autre.
Comme les serpents, les lézards perdent leur peau périodiquement. On la récupèrent pour en faire des médecines. Mais contrairement aux serpents, ils ne sont pas intelligents, ont peu de mémoire, pondent des œufs par la bouche mais ont du mal à les retrouver. En vieillissant, les lézards perdent la vue mais ils ont la faculté de la retrouver en se tournant vers l'orient, là où le soleil se lève. Certains d'entre eux présentent d'autres propriétés remarquables, qui intéressent particulièrement les médecins, les mages et les sorciers.
Le stellion est un petit lézard de toutes les couleurs. Ses taches multicolores brillent comme des étoiles (stellae) ; quand il change de peau, ce qui arrive chaque année, il est d'abord tout blanc, puis blanc et rouge, puis blanc, rouge et vert et enfin de toutes les couleurs. Il vit dans les murailles et est aussi venimeux et rusé qu'un vrai serpent. On le tue en le plongeant dans un récipient contenant du vin. Mais qui boirait un tel liquide, où le stellion mort a macéré, serait défiguré à tout jamais. Certains maris trompés par leur femme leur servent ainsi un « verre de stellion » et de belles qu'elles étaient les rendent laides à tout jamais.
La salamandre est une « grande lézarde" qui empoisonne de son venin tout ce qu'elle touche: l'eau des puits, les fruits des arbres, le lait des vaches et des brebis. Son corps est si froid qu'elle se réfugie dans les flammes pour se réchauffer. Ensemble, plusieurs salamandres peuvent éteindre un incendie. Les objets en cuir que l'on fabrique avec leur peau ne brûlent pas.
Nos bestiaires assimilent parfois aux serpents des animaux qui pour nous n'en sont pas, qui n'ont même aucun rapport avec l'univers des reptiles. Mais la zoologie médiévale est ainsi faite qu'elle s'appuie sur des catégories très larges, mouvantes, évoluant au fil du temps et différant d'un auteur à l'autre.
Comme les serpents, les lézards perdent leur peau périodiquement. On la récupèrent pour en faire des médecines. Mais contrairement aux serpents, ils ne sont pas intelligents, ont peu de mémoire, pondent des œufs par la bouche mais ont du mal à les retrouver. En vieillissant, les lézards perdent la vue mais ils ont la faculté de la retrouver en se tournant vers l'orient, là où le soleil se lève. Certains d'entre eux présentent d'autres propriétés remarquables, qui intéressent particulièrement les médecins, les mages et les sorciers.
Le stellion est un petit lézard de toutes les couleurs. Ses taches multicolores brillent comme des étoiles (stellae) ; quand il change de peau, ce qui arrive chaque année, il est d'abord tout blanc, puis blanc et rouge, puis blanc, rouge et vert et enfin de toutes les couleurs. Il vit dans les murailles et est aussi venimeux et rusé qu'un vrai serpent. On le tue en le plongeant dans un récipient contenant du vin. Mais qui boirait un tel liquide, où le stellion mort a macéré, serait défiguré à tout jamais. Certains maris trompés par leur femme leur servent ainsi un « verre de stellion » et de belles qu'elles étaient les rendent laides à tout jamais.
La salamandre est une « grande lézarde" qui empoisonne de son venin tout ce qu'elle touche: l'eau des puits, les fruits des arbres, le lait des vaches et des brebis. Son corps est si froid qu'elle se réfugie dans les flammes pour se réchauffer. Ensemble, plusieurs salamandres peuvent éteindre un incendie. Les objets en cuir que l'on fabrique avec leur peau ne brûlent pas.

Caméléon Scorpion
Caméléon
& Crapaud
Sur le caméléon, encyclopédies et bestiaires ne s'accordent pas. Pour les uns, c'est un quadrupède monstrueux, né de l'accouplement d'un chameau et d'une lionne comme l'indique son nom. Pour d'autres, c'est un petit animal hybride qui possède le corps d'un lézard, la tête d'un porc ou d'un singe, les griffes d'un oiseau de proie et, sur le dos, une crête semblable à la nageoire d'un poisson. Sa langue est très longue et s'étire comme un serpent. Elle lui permet d'attraper de loin tout ce qu'il veut. Ce qui ne lui sert pas à grand-chose car il ne mange ni ne boit: il se nourrit d'air; c'est du reste pour cette raison qu'il est dépourvu de sang. Quatre autres animaux se nourrissent d'un élément pur: la taupe et le crapaud qui mangent la terre ; le hareng qui absorbe l'eau de la mer; la salamandre qui avale le feu. Mais le caméléon est le seul qui se nourrisse seulement de l'air qu'il respire. Sachant qu'il ne ressemble à personne, le caméléon a peur de tout. Il se dissimule en changeant souvent de couleur.
Son grand ennemi est le corbeau car quand le caméléon décide de devenir noir, ce noir est plus beau et plus lumineux que celui de l'oiseau. Au point que le corbeau en devient jaloux et force le caméléon à changer de couleur. Pour ce faire, les auteurs relèvent deux procédés: soit l'animal secrète une humeur interne qui colore son corps; soit il regarde l'objet ou la plante qui se trouve le plus près de lui et il en prend aussitôt la couleur.
Parfois rangé au nombre des serpents, le crapaud distille un venin extrêmement froid; la main qui le touche devient insensible, comme si elle avait gelé. Le crapaud fuit la lumière, recherche les endroits obscurs, se réfugie sous terre pour échapper aux rayons du soleil. Là , il tient compagnie aux sorciers. Avec sa peau, ses os et son venin, les enchanteurs fabriquent des philtres « pour créer la haine ou l'amour entre deux personnes». Les médecins, quant à eux, se servent de ses sécrétions pour apaiser les fièvres.
Son grand ennemi est le corbeau car quand le caméléon décide de devenir noir, ce noir est plus beau et plus lumineux que celui de l'oiseau. Au point que le corbeau en devient jaloux et force le caméléon à changer de couleur. Pour ce faire, les auteurs relèvent deux procédés: soit l'animal secrète une humeur interne qui colore son corps; soit il regarde l'objet ou la plante qui se trouve le plus près de lui et il en prend aussitôt la couleur.
Parfois rangé au nombre des serpents, le crapaud distille un venin extrêmement froid; la main qui le touche devient insensible, comme si elle avait gelé. Le crapaud fuit la lumière, recherche les endroits obscurs, se réfugie sous terre pour échapper aux rayons du soleil. Là , il tient compagnie aux sorciers. Avec sa peau, ses os et son venin, les enchanteurs fabriquent des philtres « pour créer la haine ou l'amour entre deux personnes». Les médecins, quant à eux, se servent de ses sécrétions pour apaiser les fièvres.
Scorpion
L'Escargot
Le scorpion, classé tantôt parmi les lézards, tantôt parmi les vers, tient son venin dans sa queue. Il est surtout dangereux le matin, quand l'animal est à jeun. Lorsqu'il a pris son repas, son venin se fait moins vif: quitte à être piqué, autant l'être le soir.
Comme le scorpion, l'escargot est inclassable pour la zoologie médiévale, tantôt coquillage, tantôt serpent, tantôt vermine. Il naît en: effet de la boue et du limon de la terre, comme les vers. Mais il possède une coquille, qui constitue sa maison. Et il rampe, comme les serpents. C'est un animal nuisible qui mange les salades, bave contiÂnuellement et souille tout ce qu'il touche. Heureusement, il se déplace lentement. Ses yeux sont placés au bout de deux longues cornes qui surmontent sa bouche. Quand il a peur, il rentre ses cornes dans sa coquille et fait semblant d'être mort.
Comme le scorpion, l'escargot est inclassable pour la zoologie médiévale, tantôt coquillage, tantôt serpent, tantôt vermine. Il naît en: effet de la boue et du limon de la terre, comme les vers. Mais il possède une coquille, qui constitue sa maison. Et il rampe, comme les serpents. C'est un animal nuisible qui mange les salades, bave contiÂnuellement et souille tout ce qu'il touche. Heureusement, il se déplace lentement. Ses yeux sont placés au bout de deux longues cornes qui surmontent sa bouche. Quand il a peur, il rentre ses cornes dans sa coquille et fait semblant d'être mort.

Lynx Sangsue
Lynx
Les vers
Pour les savoirs médiévaux, le monde des vers est particulièrement hétérogène: il comprend non seulement les larves et la vermine, mais aussi la plupart des insectes, les batraciens, les gastéropodes, certains mollusques et crustacés et parfois de petits rongeurs.
Les « vers » naissent de la pourriture et de la corruption de la terre, de l'eau, de l’air, de la chair. Certains volent, d'autres nagent, d'autres rampent, marchent ou sautent. Mais tous sont de petite taille, heureuÂsement car ce sont pour l'essentiel des fléaux.
De même que les vers détruisent les arbres et les plantes, de même ils rongent le corps de l'homme impur, méchant ou ingrat envers Dieu.
La seule exception, nous disent quelques auteurs, est le lynx, immense ver blanc dont la vue est si perçante qu'elle traverse les murs et les montagnes. Aucun animal ne voit aussi bien que lui; quand il est en colère, ses yeux jettent des flammes. Ce n'est du reste pas là sa seule propriété: au contact de l'air, son urine se transforme en une pierre précieuse qui est très recherchée mais qu’il cache.
Tous nos auteurs ne font pas du lynx un ver. Ils voient plutôt en lui un quadrupède, une sorte de loup géant, mais un loup doté d'une rapidité à la course exceptionnelle et d'une vue prodigieuse. Dans le système médiéval des cinq sens, le lynx est l'attribut de la vue, la taupe de l'ouïe, le vautour de l'odorat, le singe du goût et l'araignée du toucher.
Les « vers » naissent de la pourriture et de la corruption de la terre, de l'eau, de l’air, de la chair. Certains volent, d'autres nagent, d'autres rampent, marchent ou sautent. Mais tous sont de petite taille, heureuÂsement car ce sont pour l'essentiel des fléaux.
De même que les vers détruisent les arbres et les plantes, de même ils rongent le corps de l'homme impur, méchant ou ingrat envers Dieu.
La seule exception, nous disent quelques auteurs, est le lynx, immense ver blanc dont la vue est si perçante qu'elle traverse les murs et les montagnes. Aucun animal ne voit aussi bien que lui; quand il est en colère, ses yeux jettent des flammes. Ce n'est du reste pas là sa seule propriété: au contact de l'air, son urine se transforme en une pierre précieuse qui est très recherchée mais qu’il cache.
Tous nos auteurs ne font pas du lynx un ver. Ils voient plutôt en lui un quadrupède, une sorte de loup géant, mais un loup doté d'une rapidité à la course exceptionnelle et d'une vue prodigieuse. Dans le système médiéval des cinq sens, le lynx est l'attribut de la vue, la taupe de l'ouïe, le vautour de l'odorat, le singe du goût et l'araignée du toucher.
Sangsue
Les Vers
La sangsue est un ver d'eau qui s'accroche au corps des autres bêtes et suce leur sang.
On l'emploie en médecine pour faire des saignées mais avant de l'utiliser il faut la frotter d'ortie et de sel.
En Inde, il existe des sangsues volantes, demeurant près des marécages. Quand un homme s'approche, elles lui tombent dessus et le vident de son sang. Sur les arbres, on rencontre de nombreux autres vers qui mangent les feuilles, les fleurs, les tiges et les fruits.
On l'emploie en médecine pour faire des saignées mais avant de l'utiliser il faut la frotter d'ortie et de sel.
En Inde, il existe des sangsues volantes, demeurant près des marécages. Quand un homme s'approche, elles lui tombent dessus et le vident de son sang. Sur les arbres, on rencontre de nombreux autres vers qui mangent les feuilles, les fleurs, les tiges et les fruits.

chenille sauterelle
Chenille
& Papillon
La chenille, ver rampant qui monte aux arbres, est tout aussi nocive: elle mange les tiges, les feuilles, les fruits.
La nuit, elle brille comme une étoile, et quand sa vie est finie, elle se transforme en « papillon volant», ce qui est « grande merveille ». D'autant que les excréments des papillons déposés sur les feuilles et sur les branches donnent naissance à de nouvelles chenilles.
Attirés par la lumière, les papillons se brûlent aux flammes des lampes et des chandelles et, pour cette raison, vivent peu de temps.
La nuit, elle brille comme une étoile, et quand sa vie est finie, elle se transforme en « papillon volant», ce qui est « grande merveille ». D'autant que les excréments des papillons déposés sur les feuilles et sur les branches donnent naissance à de nouvelles chenilles.
Attirés par la lumière, les papillons se brûlent aux flammes des lampes et des chandelles et, pour cette raison, vivent peu de temps.
Sauterelle
Les Vers
Les sauterelles sont engendrées par le vent du sud, celui du nord les tue. Malgré leur petite taille, elles ont une grande bouche carrée et, constamment affamées, elles se mangent entre elles.
Leur tête ressemble à celle du cheval ou de la mule, leurs jambes à celles de la grenouille; elles sautent du reste très haut, certaines pouvant même franchir la cime d'un grand arbre. Leur fécondité est remarquable, un mâle et une femelle ayant dans leur vie plus d'enfants qu'aucun autre animal.
Quand elles volent en groupe, elles sont si nombreuses et si serrées qu'on dirait un nuage. C'est un fléau épouvantable, comme on peut le lire au livre de l'Exode: Dieu a envoyé les sauterelles sur le pays d'Égypte pour aider son peuple à s'enfuir et prendre le chemin de la Terre promise. Les sauterelles dévorent toutes les récoltes, toutes les graines, tous les fruits: il faut les maudire.
Leur tête ressemble à celle du cheval ou de la mule, leurs jambes à celles de la grenouille; elles sautent du reste très haut, certaines pouvant même franchir la cime d'un grand arbre. Leur fécondité est remarquable, un mâle et une femelle ayant dans leur vie plus d'enfants qu'aucun autre animal.
Quand elles volent en groupe, elles sont si nombreuses et si serrées qu'on dirait un nuage. C'est un fléau épouvantable, comme on peut le lire au livre de l'Exode: Dieu a envoyé les sauterelles sur le pays d'Égypte pour aider son peuple à s'enfuir et prendre le chemin de la Terre promise. Les sauterelles dévorent toutes les récoltes, toutes les graines, tous les fruits: il faut les maudire.

Mouche cigale
Mouche
Les Vers
Les mouches ne valent pas mieux que les sauterelles: elles recherchent les cadavres et la pourriture et sont ainsi la cause de nombreuses pestes.
Elles aiment le lait, le fromage et le miel; mais plus encore la chair des animaux morts.Vivant longtemps, elles guettent le trépas de l'âne ou du cheval, tournent autour de lui quand il est vivant, se précipitent sur sa charogne quand il est mort.
Elles aiment le lait, le fromage et le miel; mais plus encore la chair des animaux morts.Vivant longtemps, elles guettent le trépas de l'âne ou du cheval, tournent autour de lui quand il est vivant, se précipitent sur sa charogne quand il est mort.
Cigale
Les Vers
Il existe cependant une espèce de mouche qui délaisse les chairs pourries pour se nourrir de la seule rosée des plantes: la cigale, qui chante magnifiquement et qui aime la chaleur.
Plus il fait chaud, plus elle chante, au point parfois d'en oublier de manger. Elle meurt alors en chantant. C'est une jouisÂseuse, à l'image des hommes et des femmes qui ne font que ce qui leur plaît et négligent ce qui pourrait les conduire à la vie éternelle.
Plus il fait chaud, plus elle chante, au point parfois d'en oublier de manger. Elle meurt alors en chantant. C'est une jouisÂseuse, à l'image des hommes et des femmes qui ne font que ce qui leur plaît et négligent ce qui pourrait les conduire à la vie éternelle.

Araignée puce
Araignée
Les vers
L'araignée ne vole pas. C'est un ver rampant qui possède plusieurs pieds et escalade les murs. Elle passe son temps à fabriquer du fil et à tisser des toiles « si subtilement faites qu'aucun homme ne peut voir comment un fil est relié à l'autre». Cette toile lui sert de filet pour capturer les mouches qu'elle dévore vivantes. Si elle attrape un animal plus gros, elle le pique et le tue de son venin avant de le manger mort.
L'araignée symbolise le diable qui tous les jours tisse une grande toile pour s'emparer de notre âme. Comme lui, elle préfère les ténèbres à la lumière. Au demeurant, elle est presque aveugle mais son sens du toucher est incomparable, meilleur que celui de l’homme.
L'araignée symbolise le diable qui tous les jours tisse une grande toile pour s'emparer de notre âme. Comme lui, elle préfère les ténèbres à la lumière. Au demeurant, elle est presque aveugle mais son sens du toucher est incomparable, meilleur que celui de l’homme.
Puce
& Poux
La puce est blanche en naissant et devient noire très rapidement, ce qui est signe de de sa nature mauvaise. C'est un petit ver qui habite les poils des animaux et leur suce le sang.
Contre les poux, en revanche, appelés parfois « vers vif-argent», un seul remède: « souvent se laver, se peigner et se nettoyer ». Les poux n'aiment pas l'eau ni ce qui est humide; transpirer beaucoup aide à les faire partir.
Les hommes et les femmes du Moyen Âge ont moins souffert des puces, des poux et de la vermine que ceux de l'époque moderne. Il est vrai qu'ils sont nettement plus propres, les pratiques d'hygiène ayant fortement régressé en Europe à partir du XVIe siècle. Dans toutes les classes de la société, on est plus sale, on est en moins bonne santé et on vit moins longtemps à l'époque de Louis XIV qu'à celle de Saint Louis.
Contre les poux, en revanche, appelés parfois « vers vif-argent», un seul remède: « souvent se laver, se peigner et se nettoyer ». Les poux n'aiment pas l'eau ni ce qui est humide; transpirer beaucoup aide à les faire partir.
Les hommes et les femmes du Moyen Âge ont moins souffert des puces, des poux et de la vermine que ceux de l'époque moderne. Il est vrai qu'ils sont nettement plus propres, les pratiques d'hygiène ayant fortement régressé en Europe à partir du XVIe siècle. Dans toutes les classes de la société, on est plus sale, on est en moins bonne santé et on vit moins longtemps à l'époque de Louis XIV qu'à celle de Saint Louis.

Fourmi Abeille
Fourmi
Les vers
Dans la société des fourmis, tout le monde est égal : il n’y a ni roi ni chef. Elles sont tellement ingénieuses et travailleuses, qu’elles n'ont pas besoin de recevoir des ordres: elles savent en toutes circonstances ce qu’elles doivent faire. Contrairement à la plupart des autres vers, la fourmi est remplie de vertus et « de bons exemples». Courageuse, prévoyante, intelligente, elle amasse des provisions pour l’hiver.
Le plus grand ennemi des fourmis y est un grand ver nommé «fourmilion». Il ressemble à une araignée et est engendré par les vapeurs de l'ordure. Les fourmis constituent l'essentiel de sa nourriture; quand il en tient une, il suce son sang jusqu'à ce qu'elle meure. Pour s'en emparer, il a recours à une ruse qui consiste à creuser dans le sable un trou en forme d'entonnoir; puis il se cache au fond, guettant sa proie. Quand une fourmi passe, chargée de grains, elle tombe dans le trou et est aspirée par l'entonnoir, arrivant direcÂtement dans la bouche du fourmilion.
Le plus grand ennemi des fourmis y est un grand ver nommé «fourmilion». Il ressemble à une araignée et est engendré par les vapeurs de l'ordure. Les fourmis constituent l'essentiel de sa nourriture; quand il en tient une, il suce son sang jusqu'à ce qu'elle meure. Pour s'en emparer, il a recours à une ruse qui consiste à creuser dans le sable un trou en forme d'entonnoir; puis il se cache au fond, guettant sa proie. Quand une fourmi passe, chargée de grains, elle tombe dans le trou et est aspirée par l'entonnoir, arrivant direcÂtement dans la bouche du fourmilion.
Abeille
Les Vers
Tous les bestiaires ne parlent pas de l'abeille, mais quand ils le font elle devient une vedette, souvent citée dans le chapitre consacré aux vers.
L'abeille est toujours un modèle pour l'homme: c'est le plus pur et le plus vertueux de tous les animaux. Est-ce la raison pour laquelle certains auteurs la considèrent non pas comme un ver mais comme un oiseau? Comme ce dernier, elle vole et elle chante. D'autres en font un animal à part, hors classification.
Les abeilles vivent en communauté, guidées par un roi qu'elles ont choisi. Il est difficile de le voir car, lorsqu'elles volent, elles le serrent de si près pour le protéger qu'elles le cachent. Même dans la ruche, il conserve toujours près de lui une garde rapprochée, des abeilles dont l'aiguillon est plus long que celui des autres. Une partie des abeilles travaille dans la ruche à fabriquer le miel et la cire, chacune possédant sa petite maison; l'autre partie vole vers les fleurs pour y prendre tous les produits nécessaires à cette fabrication. Les abeilles ne butinent pas n'importe où:, elles ont un territoire délimité, comme une seigneurie dont la ruche serait le château. Le travail est la loi commune, les abeilles paresseuses sont mises à mort, étouffées puis dévorées par leurs compagnes. Les abeilles sont pures: elles ne s'accouplent pas, restent vierges toute leur vie.
Certains prétendent qu'elles naissent de charognes de bovins sous la forme de vers qui plus tard deviendront des abeilles. Le frelon, quant à lui, est la bête issue à partir du cheval selon le même procédé; tout comme le bourdon est la bête issue du mulet et la guêpe, la bête issue de l’âne.
L'abeille est toujours un modèle pour l'homme: c'est le plus pur et le plus vertueux de tous les animaux. Est-ce la raison pour laquelle certains auteurs la considèrent non pas comme un ver mais comme un oiseau? Comme ce dernier, elle vole et elle chante. D'autres en font un animal à part, hors classification.
Les abeilles vivent en communauté, guidées par un roi qu'elles ont choisi. Il est difficile de le voir car, lorsqu'elles volent, elles le serrent de si près pour le protéger qu'elles le cachent. Même dans la ruche, il conserve toujours près de lui une garde rapprochée, des abeilles dont l'aiguillon est plus long que celui des autres. Une partie des abeilles travaille dans la ruche à fabriquer le miel et la cire, chacune possédant sa petite maison; l'autre partie vole vers les fleurs pour y prendre tous les produits nécessaires à cette fabrication. Les abeilles ne butinent pas n'importe où:, elles ont un territoire délimité, comme une seigneurie dont la ruche serait le château. Le travail est la loi commune, les abeilles paresseuses sont mises à mort, étouffées puis dévorées par leurs compagnes. Les abeilles sont pures: elles ne s'accouplent pas, restent vierges toute leur vie.
Certains prétendent qu'elles naissent de charognes de bovins sous la forme de vers qui plus tard deviendront des abeilles. Le frelon, quant à lui, est la bête issue à partir du cheval selon le même procédé; tout comme le bourdon est la bête issue du mulet et la guêpe, la bête issue de l’âne.

intro gauche
Bestiaires
Le cerf vit mille ans. Le belette conçoit par la bouche et enfante par l’oreille. Le bouc a toujours la fièvre, et son sang est si chaud qu’il traverse le diamant. L’autruche est une sorte de chameau qui peut manger n’importe quoi, y compris des objets en métal. Le lynx est un immense ver de couleur blanche dont le regard transperce les murailles. L’hyène change de sexe à volonté. Telles sont quelques-unes des affirmations que l’on peut lire dans les bestiaires du Moyen Âge. Ces étranges « livres de bêtes » parlent des espèces animales non pas tant pour les décrire telles qu’elles sont, encore moins pour les étudier de manière savante, que pour en faire des supports de significations morales et religieuses. Ces ouvrages parlent des animaux pour mieux parler de Dieu, du Christ, de la Vierge, parfois des Saints, et surtout du diable, des démons et des hommes pécheurs. S’ils s’attardent sur les « propriétés » des bêtes et sur les merveilles de leurs « natures », ce n’est pas tant pour détailler leur anatomie ou la biologie des animaux que pour célébrer la Création et le Créateur. Leur étude relève plus de l’histoire culturelle que de l’histoire naturelle.
Contrairement à une idée reçue, les hommes du Moyen Âge savent très bien observer la faune et la flore. Mais ils n’ont guère idée que l’observation ait un rapport avec le savoir, ni qu’elle puisse les conduire à la vérité. Cette dernière ne relevait pas de la physique mais des la métaphysique : le réel est une chose, le vrai en est une autre, différente. De même, artistes et imagiers savent fort bien représenter des animaux de manière réaliste, mais ils ne le font guère avant la fin du Moyen Âge. Parce que les représentations conventionnelles — celles que l’on voit dans ces bestiaires enluminés — sont, à leurs yeux, plus importantes, plus véridiques que les représentations naturalistes. Pour la culture médiévale, l’exact n’est pas le vrai. Dans l’image, tout est convention, y compris le « réalisme ».
Motifs
Enfin, si bon nombre d’animaux sont relativement indistincts, d’autres sont totalement instables d’un manuscrit à un autre, concernant notamment les créatures fabuleuses mais aussi certaines espèces exotiques. Le crocodile, par exemple, n’est le plus souvent qu’un dragon à la queue serpentiforme. Pour le reste, il peut prendre toutes sortes d’aspects : deux, quatre pattes ou aucune; des oreilles pointues ou pas d’oreilles, ses écailles sont de couleur jaune, vert, rouge ou brun, gris, tacheté, rayé ou polychrome. Ses dents sont petites, composent trois rangées ou sont semblables aux défenses d’un sanglier.
Comme les auteurs grecs et romains, ceux du Moyen Âge distinguent le plus souvent cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Les Bestiaires médiévaux se composent donc le plus souvent de cinq parties afin de répertorier chaque espèce animale.
La Dame licorne
Datant de la fin du Moyen Âge, l’iconographie de La Dame à la licorne s’éloigne de la vision morale des bestiaires médiévaux, héritiers des bestiaires antiques et composés aux XIIe et XIIIe siècles : la cohabitation d’espèces ennemies, leur disposition dans un jardin printanier et imaginaire évoquent plutôt un univers poétique, un monde paisible et réconcilié.
Comme les auteurs grecs et romains, ceux du Moyen Âge distinguent le plus souvent cinq grandes familles : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les serpents et les vers. Les Bestiaires médiévaux se composent donc le plus souvent de cinq parties afin de répertorier chaque espèce animale.
La Dame licorne
Datant de la fin du Moyen Âge, l’iconographie de La Dame à la licorne s’éloigne de la vision morale des bestiaires médiévaux, héritiers des bestiaires antiques et composés aux XIIe et XIIIe siècles : la cohabitation d’espèces ennemies, leur disposition dans un jardin printanier et imaginaire évoquent plutôt un univers poétique, un monde paisible et réconcilié.

Quadrupèdes Sauvages
Quadrupèdes Sauvages
Chacun des chapitres qui composent ce livre présente cinquante-six pays ou territoires plus ou moins lointains, présentés par ordre alphabétique, de l'Afrique jusqu’à Ululande. Ce livre de curiosités recherche au XVI siècle à mettre en valeur les caractéristiques principales de chacun de ces territoires et de consigner tout ce que contient le monde .
Sur cette miniature, l’enlumineur a peint une licorne, un dragon, un crocodile et quelques autres espèces de quadrupèdes et oiseaux exotiques.
Le secret de l'histoire naturelle contenant les merveilles et choses mémorables du monde, vers 1401-1500, fol 15v, Paris, BNF.
Lion
Le lion est considéré comme le plus fort des animaux terrestres. Du point de vue symbolique, Il s’agit d’un animal ambivalent : il y a un bon et un mauvais lion. Dans la bible, ce dernier est le plus fréquent. Dangereux, cruel, rusé, impie, il incarne les forces du mal, les ennemis d’Israël, les tyran ou les mauvais rois, les hommes vivant dans le péché. Mais il existe aussi un bon lion biblique, qui met sa force au service du bien commun et dont le rugissement exprime la parole de Dieu. Il est considéré comme le plus courageux de tous les animaux et le symbole de la tribu de Juda, la plus puissante d’Israël. À ce titre, il est associé à David, à sa descendance et même au Christ.
Aux dires des bestiaires, le lion n’a peur que d’un seul animal, le coq blanc, et n’est effrayé que par deux chose: le feu et le grincement des roues d’une charrette. Tous les bestiaires soulignent le courage du lion, sa générosité, son sens de la justice, toutes vertus qui sont le propre des rois. Le lion a désormais définitivement. Remplacé l’ours sur le trône du roi des animaux.

Ours cerf
Ours
La mythologie de l’ours exceptionnellement riche s’est plongée dans d’innombrables contes et légendes jusqu’au coeur du Moyen-Âge. C’est celui dont le caractère anthropomorphe est le plus affirmé. Il entretient avec l’être humain, notamment la femme, des rapports étroits, violents, charnels. Au Moyen Âge, on commence à l’opposer au lion. S’appuyant sur la Bible, où l’ours est toujours en mauvaise part.
On le compare parfois au diable. Satan prendrait souvent l’apparence d’un ours pour venir menacer ou tourmenter les hommes pécheurs. On dénonce les nombreux vices de l’animal : brutalité, méchanceté, lubricité, saleté, voracité, nocivité, fénéantise. L’ours devient la vedette du bestiaire des sept péchés capitaux, associé à quatre d’entre eux: la colère, la paresse, la goinfrerie et la luxure. On prétend qu’il violerait les jeunes femmes. Son haleine est fétide et dangereuse pour certains animaux, notamment le loup et le renard. De ses pattes résident toute sa force. Quand à son hibernation, elle suscite bien des interrogations. Où va-t-il? Dort-il vraiment? Comment se nourrit-il? Quelques auteurs affirment qu’il se rend en enfer et reçoit du diable des instructions pour répandre le mal sur terre. De nombreux saints le rencontrent et le domine: saint Amand, saint Éloi, saint Colomba qui force un ours à lui faire une place dans sa caverne. Saint Gall, de son côté, s’attache à la compagnie d’un ours. Ce dernier l’aidera à construire un Hermitage. Diabolisé par les bestiaires, l’ours est également ridiculisé. Muselé et enchaîné, l’ours accompagne les bateleurs de château en château, de foire en foire. Ancien roi des animaux, admiré et redouté, l’ours se transforme en une bête de cirque. Seuls les ours blancs des rois du Danemark et de Norvège conservent un certain prestige.
On le compare parfois au diable. Satan prendrait souvent l’apparence d’un ours pour venir menacer ou tourmenter les hommes pécheurs. On dénonce les nombreux vices de l’animal : brutalité, méchanceté, lubricité, saleté, voracité, nocivité, fénéantise. L’ours devient la vedette du bestiaire des sept péchés capitaux, associé à quatre d’entre eux: la colère, la paresse, la goinfrerie et la luxure. On prétend qu’il violerait les jeunes femmes. Son haleine est fétide et dangereuse pour certains animaux, notamment le loup et le renard. De ses pattes résident toute sa force. Quand à son hibernation, elle suscite bien des interrogations. Où va-t-il? Dort-il vraiment? Comment se nourrit-il? Quelques auteurs affirment qu’il se rend en enfer et reçoit du diable des instructions pour répandre le mal sur terre. De nombreux saints le rencontrent et le domine: saint Amand, saint Éloi, saint Colomba qui force un ours à lui faire une place dans sa caverne. Saint Gall, de son côté, s’attache à la compagnie d’un ours. Ce dernier l’aidera à construire un Hermitage. Diabolisé par les bestiaires, l’ours est également ridiculisé. Muselé et enchaîné, l’ours accompagne les bateleurs de château en château, de foire en foire. Ancien roi des animaux, admiré et redouté, l’ours se transforme en une bête de cirque. Seuls les ours blancs des rois du Danemark et de Norvège conservent un certain prestige.
Cerf
Les pères de l’église au Moyen Âge ont beaucoup fait pour transformer le cerf, animal peu valorisé par les Romains en une créature christologique. Pour ce faire, ils se sont appuyés sur un certain nombre de traditions celtes et germaniques qui voyaient dans le cerf un animal solaire, un être de lumière, médiateur entre le ciel et la terre. Il est mentionné dans le récit de saint Eustache et saint Hubert par exemple. Construites autour du thème du cerf d’o, du cerf blanc, du cerf ailé, du cerf merveilleux rencontré par un chasseur au coeur de la forêt et portant entre ses bois l’image lumineuse d’un crucifix. Les bestiaires font du cerf un symbole de rapidité, de longévité et de résurrection. Le cerf serait l’ennemi serait l’ennemi du serpent, qu’il force à sortir de son trou en le remplissant d’eau puis en aspirant; le serpent une fois dehors, il le tue et le mange. Mais s’il reste trois heures sans boire après un tel repas, il mourra tant le serpent, même mort est venimeux. C’est pourquoi le cerf cherche une fontaine ou une source où il pourra s’abreuver. Le cerf lui-même vit très longtemps, plus longtemps que tous les autres animaux de la forêt . Quelques auteurs parlent de cent ans, d’autres de neuf mille ans.

Sanglier Loup
Sanglier
Rares sont les bestiaires qui célèbrent les vertus du sanglier. À dire vrai, il n’en a qu’une: la bravoure. Il n’a peur de rien et se bat jusqu’à la mort. Son arme principale réside dans ses 2 défenses, qu’il aiguise en les frottant contre un arbre et qu’il renforce en mâchant une herbe merveilleuse. S’il a une mauvaise vue, le sanglier a bon odorat et surtout une bonne oreille. Dans le bestiaire des cinq sens, il est souvent associé à l’ouïe, au même titre que la taupe. Au demeurant, il aime la musique, surtout celle des instruments à vent, et son urine, mêlée à du miel, guérit la surdité et tous les maux d’oreille. Pour le reste, il est considéré comme une bête immonde et malfaisante, incarnation des ennemis du christ. Il est laid, il sent mauvais, il fait du bruit, il vit dans les ténèbres: c’est en tout point une créature démoniaque. Il trouve son plaisir dans la fange et l’ordure; ses pieds sont tordus. Comme le cochon domestique, le sanglier ne regarde jamais vers le ciel mais a toujours. La tête en terre, fouillant le sol toute la journée à la recherche de nourriture. Ce faisant, il est à l’image des hommes lascifs qui ne pensent qu’aux plaisirs terrestres.
Le courage de l’animal, chanté par les poètes romains, est devenu sous la plume des auteurs chrétiens une violence aveugle et destructrice. À la fin du moyen âge, on lui attribue les vices jusque-là attribués au seul porc domestique : gloutonnerie, intempérance, lubricité, saleté, paresse.
Le courage de l’animal, chanté par les poètes romains, est devenu sous la plume des auteurs chrétiens une violence aveugle et destructrice. À la fin du moyen âge, on lui attribue les vices jusque-là attribués au seul porc domestique : gloutonnerie, intempérance, lubricité, saleté, paresse.
Loup
Pour les bestiaires, le loup est tout aussi nocif et diaboliques que le sanglier. Certes, il n’a pas son courage et ne possède pas de cornes enflammées dans sa gueule, mais il est beaucoup plus rusé et cruel. Il marche toujours dans le sens du vent afin que les chiens ne puissent pas le suivre à la trace; s’il est seul, il hurle en plaçant son pied devant son mufle, afin de multiplier les sons et de faire croire à la présence de toute une meute. Comme le chien, il est sujet à la rage et, aux dires de quelques auteurs, sa morsure est venimeuse parce qu’il se nourrit parfois de crapauds. Sa proie préférée est l’agneau, c’est pourquoi il aime se déguiser — par exemple en revêtant une peau de mouton — pour s’introduire au cœur d’un troupeau. Le cannibalisme entre loups est un fait avéré, aux dires des encyclopédies. Toutefois, à la chair de tout animal, il préfère la chair humaine. C’est un grand dévoreur de petites filles, comme dans le conte du petit chaperon rouge, dont la plus ancienne version est attestée dans la région de Liège aux environs de l’an mille. Il aime faire le mal pour le mal; quand il s’empare d’un agneau, il le torture avant de le mettre en pièce et de le dévorer : c’est l’image du diable qui tourmente les hommes avant de les précipiter dans la gueule de l’enfer. Féroce et cruel, le loup tue toujours plus de proies qu’il n’a besoin pour se rassasier.
La vue est chez le loup le sens le plus développé et constitue une arme redoutable. Tous les bestiaires s’accordent à raconter à ce sujet comment se passe la rencontre d’un homme et d’un loup. Si le loup voit l’homme le premier, l’homme en devient muet et paralysé; incapable de se défendre, il se laisse dévorer. Mais au contraire c’est l’homme qui le premier voit le loup, celui-ci perd sa force et son agressivité, fait demi-tour et s’enfuit, ou se laisse capturer. On affirme que le cerveau du loup croît et décroît avec la lune.
La vue est chez le loup le sens le plus développé et constitue une arme redoutable. Tous les bestiaires s’accordent à raconter à ce sujet comment se passe la rencontre d’un homme et d’un loup. Si le loup voit l’homme le premier, l’homme en devient muet et paralysé; incapable de se défendre, il se laisse dévorer. Mais au contraire c’est l’homme qui le premier voit le loup, celui-ci perd sa force et son agressivité, fait demi-tour et s’enfuit, ou se laisse capturer. On affirme que le cerveau du loup croît et décroît avec la lune.

Licorne éléphant
Licorne
La description que les Bestiaires font de cet animal merveilleux varie beaucoup. On lui donne parfois la taille et le corps d’un cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du lion. Quelques auteurs en font au contraire un animal de petite taille, semblable à un chevreau. D’autres la dotent d’une tête de bouc ou de chèvre, d’autres du corps d’une biche et de la queue d’un taureau; d’autres encore des pattes du cheval: une bête qui court si vite ne peut avoir les pattes de l’éléphant! Tous en font un animal hybride. Mais elle seule possède au milieu du front une corne, très brillante et très longue. Cette corne a pour vertu principale d’éloigner les démons et de purifier tout ce qu’elle touche. En contact avec un corps venimeux ou une eau empoisonnées, elle se met à saigner.
Capturer une licorne n’est pas chose aisée. L’animal est farouche, orgueilleux, brutal. Sa rapidité à la course rend vaine toute poursuite. C’est pourquoi les chasseurs ont recours à une ruse pour s’en saisir. Ils savent que la licorne est attirée par l’odeur de la virginité. Dans une clairière, ils font asseoir une jeune fille et se cachent. Attiré par l’odeur, l’animal sort de son repaire, vient s’agenouiller devant la pucelle, pose sa tête sur ses genoux ou sur son sein, puis s’endort. Les chasseurs en profitent pour la tuer traîtreusement ou pour la conduire dans un enclos. Mais la licorne est si fière qu’elle refuse toute captivité et se laisse mourir. Si la jeune fille n’est pas vierge, la licorne la tue de sa corne.
Capturer une licorne n’est pas chose aisée. L’animal est farouche, orgueilleux, brutal. Sa rapidité à la course rend vaine toute poursuite. C’est pourquoi les chasseurs ont recours à une ruse pour s’en saisir. Ils savent que la licorne est attirée par l’odeur de la virginité. Dans une clairière, ils font asseoir une jeune fille et se cachent. Attiré par l’odeur, l’animal sort de son repaire, vient s’agenouiller devant la pucelle, pose sa tête sur ses genoux ou sur son sein, puis s’endort. Les chasseurs en profitent pour la tuer traîtreusement ou pour la conduire dans un enclos. Mais la licorne est si fière qu’elle refuse toute captivité et se laisse mourir. Si la jeune fille n’est pas vierge, la licorne la tue de sa corne.
Tous les bestiaires s’accordent sur cette manière de chasser l’animal et sur sa signification cachée: la licorne c’est Jésus-Christ, la jeune fille c’est la Vierge Marie. La licorne est déjà mentionnée par un médecin grec vivant au Vè siècle avant notre ère. Il en fait une sorte d’âne sauvage à tête rouge et aux yeux bleus vivant aux Indes et pourvue sur le front d’une corne unique, parfois torsadée. Progressivement, on se demande si cet animal venu d’Orient doit ou non être confondu avec le rhinocéros, que les Romains voyaient combattre dans les jeux du cirque, appelé aussi monocéros. D’autres affirment qu’il existe une « licorne de mer ». Des siècles plus tard on l’identifiera avec le « narval ». Ce sont les dents de narval, importées des mers froides à la Renaissance, qu'on prenait pour des cornes des licorne, exposées dans les cabinets de curiosités.
Le Qilin est une licorne-dragon que l’on retrouve dans l’art perse et chinois, chargé d’une valeur plus positive qu’en Occident.
Le Qilin est une licorne-dragon que l’on retrouve dans l’art perse et chinois, chargé d’une valeur plus positive qu’en Occident.
Éléphant
Dans sa lutte contre l’éléphant, son ennemi mortel, plusieurs auteurs soulignent que la licorne lui voue une haine implacable. Quand elle le rencontre, elle aiguise sa corne contre une pierre et le frappe mortellement sous les ventre.
L’éléphant médiéval est en effet paré de toutes les vertus : la chasteté, le courage, la pertinence, la bienveillance, l’honnêteté, la générosité, le sens de la justice, sans compter l’intelligence et la force. c’est le plus grand et le plus fort de tous les animaux terrestres; il peut porter sur son dos une turbans laquelle quarante personnes ont pris place. Incapable de plier les genoux il met sa bouche à terre pour manger ou boire. Quand il tombe, il est incapable de se relever seul; ses congénères doivent lui porter secours, ce qu’ils font volontiers car l’éléphant est une bête secourable. Cette absence de jointure aux genoux oblige l’animal à dormir debout, appuyé contre un arbre. Pour le capturer, les chasseurs abattent l’arbre : l’éléphant tombe et ne peut se relever. Ils peuvent alors s’emparer de ses dents, que l’on appelle « yvoire » et dont ils font commerce. Parmi les autres propriétés souvent mentionnées figurent l’obéissance et l’intelligence. Il se montre doux, docile, pacifique; il sait apprendre et retenir. Il n’aurait qu’un seul défaut : il est parfois craintif. Outre le dragon, il redoute la présence de souris dans son fourrage, la rencontre avec des rats, le grognement du cochon et le poison qu’exhalée le caméléon. Quand il a dévoré ce dernier, dont la couleur se confond avec celle du feuillage, il doit manger la mystérieuse « rose noire des Indes ». Comme le lion, l’éléphant n’est pas totalement inconnu de l’Occident médiéval. Certains rois et princes en possèdent un dans leur ménagerie, offert par quelques souverains d’Afrique ou d’Asie.
L’éléphant médiéval est en effet paré de toutes les vertus : la chasteté, le courage, la pertinence, la bienveillance, l’honnêteté, la générosité, le sens de la justice, sans compter l’intelligence et la force. c’est le plus grand et le plus fort de tous les animaux terrestres; il peut porter sur son dos une turbans laquelle quarante personnes ont pris place. Incapable de plier les genoux il met sa bouche à terre pour manger ou boire. Quand il tombe, il est incapable de se relever seul; ses congénères doivent lui porter secours, ce qu’ils font volontiers car l’éléphant est une bête secourable. Cette absence de jointure aux genoux oblige l’animal à dormir debout, appuyé contre un arbre. Pour le capturer, les chasseurs abattent l’arbre : l’éléphant tombe et ne peut se relever. Ils peuvent alors s’emparer de ses dents, que l’on appelle « yvoire » et dont ils font commerce. Parmi les autres propriétés souvent mentionnées figurent l’obéissance et l’intelligence. Il se montre doux, docile, pacifique; il sait apprendre et retenir. Il n’aurait qu’un seul défaut : il est parfois craintif. Outre le dragon, il redoute la présence de souris dans son fourrage, la rencontre avec des rats, le grognement du cochon et le poison qu’exhalée le caméléon. Quand il a dévoré ce dernier, dont la couleur se confond avec celle du feuillage, il doit manger la mystérieuse « rose noire des Indes ». Comme le lion, l’éléphant n’est pas totalement inconnu de l’Occident médiéval. Certains rois et princes en possèdent un dans leur ménagerie, offert par quelques souverains d’Afrique ou d’Asie.

Singe hyène
Singe
Pour le Moyen Âge chrétien, seuls trois animaux entretiendraient avec l’Homme des liens de ressemblance ou de parenté: l’ours, en raison de son aspect externe; le cochon, en raison de son organisation anatomique interne; et le singe. Pour Aristote et Pline, ce dernier était le plus proche. Mais un tel cousinage heurte profondément les valeurs chrétiennes. Non seulement parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu et que l’animal est une créature imparfaite qui ne peut lui ressembler. Mais aussi parce que pour la sensibilité médiévale le singe représente ce qu’il y a de plus vil, de plus repoussant, de plus diabolique. Un auteur affirme que si une femme enceinte regarde un singe, son enfant sera d’une laideur simiesque et ne pourra pas trouver sa place dans la société. Les bestiaires font du singe le plus laid des êtres vivants: son visage est grimaçant, son nez aplati, sa peau horriblement plissée; la vue des son derrière est insoutenable. Bref, c’est un être obscène et répugnant qu’il est impossible de rapprocher de l’homme.
Dès lors, comment concilier le savoir antique et les valeurs chrétiennes? Une solution, au milieu du XIIIè siècle, a été trouvée: le singe ne ressemble pas à l’homme « par nature » mais « par artifice »; il fait semblant de lui ressembler alors qu’en réalité il ne lui ressemble pas du tout. Il « simule », comme l’indique bien son nom latin: simius. Ce faisant, il apparaît comme encore plus démoniaque puisqu’il triche et qu’il trompe. Il est l’image même du diable qui cherche constamment à « singer » Dieu. Plusieurs auteurs voient dans le singe un homme qui s’est révolté contre Dieu et que celui-ci a puni et dégradé, comme il l’a fait pour Lucifer, ange rebelle. Précipité hors du monde des hommes, le singe a perdu sa nature première, dont il ne reste que quelques miettes d’apparence. La pomme qu’il porte fréquemment à sa bouche sur de nombreuses miniatures est, comme celle d’Adam et Ève, le symbole de la chute. L’humeur du singe est changeante: lorsque la nuit est nouvelle et ascendante, il se montre gai et joueur; lorsqu’elle décroît, il devient sombre et mélancolique. Au Moyen Âge, être mélancolique n’a rien d’admirable; au contraire, c’est une maladie, presque un vice, dû à un excès de bile noire. Celle-ci passe pour froide et sèche. Le singe est un animal lunaire pour les savoirs médiévaux, comme l’ours ou le renard, d’où ses changements d’humeur.
Hyène
Bien pire que l’onagre est l’hyène, bête. Immonde et féroce qui hante les cimetières, déterre les cadavres puis les mange. C’est une créature hybride. Son dos est celui de l’éléphant; son cou, celui du serpent; la couleur de son poil est changeante à volonté, ce qui lui permet de se dissimuler. Elle sait imiter la voix humaine à la perfection et parler comme les hommes. La nuit, elle s’approche des cabanes où dorment les bergers, et les appelle par leur nom; quand ils sortent, elle les dévore. Son regard est terrifiant et suffit pour paralyser les chiens et renverser les chevaux. Malgré tous ces dangers, les hommes cherchent à se saisir de l’hyène car elle possède dans l’oeil une pierre merveilleuse qui permet à celui qui réussit à s’en emparer et à la placer sous sa propre langue, de connaître l’avenir. Là ne réside cependant pas la propriété la plus remarquable de cette bête effroyable. Elle est tellement fourbe et rusée qu’elle peut changer de sexe à volonté, s’accouplant tantôt avec le loup, tantôt avec le lion. La nature double de l’hyène signifie les hommes et les femmes au coeur double qui font semblant d’aimer Dieu d’un côté et honorent le diable de l’autre.

Quadrupèdes Domestiques
Quadrupèdes Domestiques
La zoologie médiévale n’est pas la zoologie moderne, il faut le redire. Plusieurs espèces quelque peu inattendues sont donc ici rangées dans la catégorie quadrupèdes domestiques. La distinction entre animaux indigènes et. Animaux exotiques n’est pas exactement la même au Moyen Âge et aujourd’hui, de même la frontière entre animaux sauvages et animaux domestiques. Tee se situe pas à la même place. Depuis presque deux siècles, zoologues et naturalistes considèrent comme « domestiques » toutes espèces dont l’homme maîtrise et contrôle la reproduction. Pour la culture médiévale, il en va différemment : sont plus simplement qualifiés de « domestiques » tous les animaux qui vivent dans et autour de la maison (domus); non seulement le chien, le chat et tous les animaux de la ferme, mais aussi. Le rat, la souris, la belette, le merle, la pie, le corbeau et même le renard, grand habitué du poulailler.
Inversement, certains animaux pleinement domestiques pour nous sont plus ou moins sauvages dans la symbolique et sensibilité médiévale. Le taureau en est un parfait exemple. D’autres, comme le porc, l’âne ou la chèvre, se dédoublent : il existe une espèce domestique et une espèce sauvage. Leur nature est équivoque; leurs symboliques, ambiguë.
Inversement, certains animaux pleinement domestiques pour nous sont plus ou moins sauvages dans la symbolique et sensibilité médiévale. Le taureau en est un parfait exemple. D’autres, comme le porc, l’âne ou la chèvre, se dédoublent : il existe une espèce domestique et une espèce sauvage. Leur nature est équivoque; leurs symboliques, ambiguë.
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