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À l’échelle de l’Histoire…
 « Dans l’ensemble de tous les peuples barbares, il y a deux catégories, les hérétiques et les païens. »
Espagne du nord, les vandales arrivent jusqu’en Afrique du Nord, les burgondes s’installent en Savoie et helvétie. A la fin du Ve siècle, Les ostrogoths prennent possession de l’Italie. Les angles, les jutes et les saxons s’établissent en Bretagne. Les francs finissent par conquérir la Gaule et les wisigoths, l’Espagne.
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insi écrit le prêtre Salvien, au Ve siècle lorsqu’il décrit la destruction du nord est de la Gaule par les Francs. Cette vision binaire de la religion des Barbares illustre
Les Wisigoths qui s’installèrent en Aquitaine étaient ariens, de même que les Burgondes implantés en Helvétie et que les Vandales quand ils prirent Carthage. Seuls les Francs, les Anglo-Saxons et les Suèves étaient restés fidèles à la religion germanique. Les Wisigoths convertirent à leur tour les Suèves, lors de leur domination en Hispanie et en Gaule.Â
bien la vision traditionnelle des Barbares dès la fin de l’Antiquité.
Qu’ils soient païens, c’est-à -dire entièrement étrangers à la religion chrétienne, ou hérétiques, c’est-à -dire des chrétiens dans l’erreur, condamnés pour des croyances jugées erronées par les conciles, ils n’apportent pas seulement la violence des armes et l’émiettement de l’Empire romain, ils sont aussi étrangers à un Empire devenu progressivement chrétien depuis la conversion de Constantin en 312.
Au Ve siècle de notre ère, les peuples germaniques païens qui peuplaient le nord-ouest de l’Europe se sont donc rendus maîtres de l’Empire romain lors, de ce qu’on appelle, « des invasions barbares » . Entre le Ve et le VIIe siècle, les vainqueurs de la puissance romaine ont cependant adopté la religion officielle des vaincus, le christianisme. Phénomène paradoxal. En effet, au début du Ve siècle, les populations de l’Empire n’étaient que superficiellement christianisées. Bon nombre de « barbares » étaient même déjà christianisés avant leurs conquêtes.
Les invasions barbares se font par vagues successives. A la fin du IVe siècle les wisigoths atteignent l’Aquitaine, les vandales, les suèves et les alains se ruent sur la Gaule au Ve siècle. Sur la brèche affluent alors les burgondes et les alamans jusqu’en Alsace. Puis les suèves s’établissent définitivement en
L’arianisme est une doctrine qui naît au début du IVe siècle, due à un théologien alexandrin, prénommé Arius, d’origine berbère. À l’époque, il n’existe pas encore de dogme sur la relation de Dieu et de Jésus-Christ. L’arianisme repose sur la conception selon laquelle le Christ, le Fils de Dieu n’est pas de la même nature que Dieu, lui même, incréé et éternel, alors que Jésus est créé et temporel. Si le Fils témoigne de Dieu, il n’est pas Dieu, et si le Fils possède un certain degré de divinité, elle est de moindre importance que celle du Père. Pour Arius, le Père seul est éternel : le Fils et l’Esprit ont été créés.
La divergence de conception devint polémique et s’envenime au point que l’empereur Constantin Ier, prend le parti de réunir un concile Å“cuménique à Nicée, qui établira certaines règles et précisions pour éviter les désordres religieux. L’église définit plus clairement la relation entre les personnes divines de la Trinité et connote que Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit sont « d’une même essence ». L’arianisme est donc considérée comme hérétique qui ne respecte pas les bonnes pratiques de la religion chrétienne. Les barbares qui avaient adopté ce christianisme arien ne pratiquaient donc pas la « bonne religion » selon les nouvelles règles définies.
Dans les premiers siècles, la conversion au christianisme a été imposé de manière stratégique bien plus que par la force. En effet, l’idéologie de «guerre sainte» n’est apparue qu’à la fin du IXe siècle, et la pensée chrétienne a
longtemps interdit la conquête à des fins évangélisatrices.
Durant l’Antiquité tardive, les empereurs romains avaient imposé le christianisme à coups de décrets, sans toutefois lancer de persécutions. Les cultes païens furent interdits et de nombreux temples détruits. Bien sûr, certains moines et évêques n’hésitèrent pas à faire usage de la violence pour obtenir la conversion des païens, mais les empereurs préféraient l’adhésion à la religion d’Etat par des mesures favorisant les individus qui se convertissaient. Quant à ceux qui refusaient le baptême, ils étaient progressivement exclus de toute vie sociale et marginalisés.Â
A la fin du IVe siècle, la foi chrétienne était devenue un signe de prestige social et un élément indispensable pour faire carrière dans l’Empire. «La conversion devenait une quasi-obligation pour tous ceux qui entendaient conserver ou améliorer leur position sociale». Après l’effondrement de l’Empire, les païens n’ont pas disparu, et de nombreux foyers hérétiques subsistent encore. Les moines et évêques ont la tâche d’évangéliser les populations germaniques. Un pape comme Grégoire le Grand, au VIe siècle, voyait dans les conversions forcées une faillite de l’évangélisation et s’opposait vigoureusement à l’usage de la contrainte. L’expression du libre choix était alors jugée très importante dans la demande de baptême
Si, à l’est de l’Empire, le paganisme resta longtemps le signe d’un haut niveau culturel, à l’ouest, c’est l’adhésion au christianisme qui promettait un statut social élevé. Le paganisme devint dès lors synonyme de médiocrité. Les cas de conversions forcées de juifs organisées par des évêques restent rares dans l’Occident barbare. Pour Grégoire le Grand, le judaïsme était ainsi un culte légal, même si sa doctrine était à ses yeux erronée.
Comment les évêques réussirent-ils à convertir les barbares? Ils durent affronter à la fois le paganisme germanique mais aussi l’arianisme.Â
Les évêques élaborèrent une stratégie de conversion par le haut. En baptisant le roi barbare et son entourage, ces héritiers du modèle constantinien pensaient que le christianisme se diffuserait naturellement vers le peuple. Ils n’avaient pas imaginé que les sujets germaniques puissent se rebeller contre le choix du roi. Ce dernier prenait toujours un risque en se convertissant. Car changer de religion revenait à rejeter les ancêtres qui avaient fondé la lignée sacrée dont était issu le roi. La responsabilité sacrée du roi limitait donc singulièrement sa liberté. Il se voyait inquiété voire menacé lorsqu’il entendait transformer les rapports que le peuple entretenait avec ses dieux.
Les victoires guerrières et la prospérité constituaient les principaux signes de l’efficacité d’une religion. Le roi convaincu par le christianisme usait de beaucoup de prudence avant de changer officiellement la religion de son royaume. Il se convertissait discrètement, puis observait les résultats économiques et militaires. S’ils étaient satisfaisants, le roi se lançait alors dans une politique officielle de conversion de ses sujets. Grégoire de Tours est surpris que le roi franc : Clovis, converti en privé au catholicisme, n’entraîne pas son peuple dans un baptême public. Mais Clovis refuse de s’engager ouvertement sans le consentement d’une assemblée représentant le peuple.
Dans certains cas, le passage au christianisme n’avait rien de définitif. «Pour les peuples germaniques, le culte du Dieu unique ne constituait qu’un contrat avec le sacré, pacte re-négociable en cas d’absence de résultat.
Au tout début du VIIIe siècle, l’Occident était devenu chrétien. Lorsque les Francs partirent à la conquête des royaumes du Nord, ils n’admirent plus d’avoir des sujets païens, et l’évangélisation du peuples saxons par exemple, prit des formes militaires et coercitives contraires aux Evangiles. Elles furent pourtant justifiées par le pape et les clercs. La mission armée était née.*






Les Huns ont joué un rôle important dans le cadre des grandes invasions qui contribuèrent à l’écroulement de l’Empire romain d’Occident.Â
Les Huns partirent à la conquête de l’Europe au IVe siècle et y établirent le vaste empire hunnique. L’origine des Huns est disputée. Certains experts ont présumés que ces nomades étaient à l’origine des descendants turcs ou mongols, voisins septentrionaux des Chinois. Mais cette parenté, ne fait pas consensus et n’a donc pas encore été établi.Â
Ils établirent initialement leur domination sur un peuple nomade vivant au nord du Caucase, les Alains, ainsi que sur les Ostrogoths. L’arrivée des Huns dans les territoires de l’Ukraine et de la Roumanie, puis de la Hongrie actuelle, déclencha les « grandes invasions » par la fuite des Goths en territoire romain. et poussent vers l’Ouest les Alains qui y demeuraient, puis les Ostrogoths, puis les Wisigoths. Certains deviennent leurs alliés forcés; d’autres demandent le soutien de Rome qui le leur accorde, sans se douter de la suite, quelques années après.
Atilla oriente ses désirs de conquêtes tout d’abord vers la Perse, puis vers Constantinople, puis enfin vers la Gaule. Exaspéré par un long siège à Metz, Orléans puis essuyant un échec important dans les environs de Troyes, Atilla renonça à continuer plus loin. Il tenta de conquérir l’Italie mais dût aussi y renoncer en raison d’une épidémie qui affaiblit son armée.
Sous le règne d’Attila, l’empire des huns est de loin le plus vaste mais ne lui survit pas plus d’un an. Les descendants et successeurs des Huns occupent encore diverses parties de l’Europe de l’Est et d’Asie centrale entre les IVe et VIe siècles, et laissent encore quelques traces dans le Caucase jusqu’au début du VIIIe siècle.
Il semble que les Huns parlaient un langage propre, mais peu de traces demeurent et sa famille linguistique est encore sujette à débat. Selon les  théories dominantes, il s’agirait d’une langue turque, mais d’autres langues étaient parlées dans l’espace hunnique, y compris des langues germaniques orientales.
La religion des Huns est très mal connue. Différentes croyances religieuses devaient certainement co-exister chez les huns, rassemblant une mosaïque de peuples au fil de son expansion. Le Tengrisme était la croyance dominante des Huns d’Asie et d’Europe et des populations turques, mongoles, hongroises (magyars) et bulgares. Elle se concentre autour de la divinité de Tengri, personnification du ciel bleu éternel. Eje ou l’Ötüken, la terre mère, était une figure de la fertilité. Il existait aussi toute une cohorte d’esprits de la nature bienveillants ou malveillants.Â
Tengri est donc considéré comme le Créateur du monde et de l’humanité. Protecteur des hommes face aux démons, Tengri était en outre le maître des éléments et le garant de la fertilité de la terre. Cette religion consistait à communiquer avec les esprits des ancêtres pour être protégé. Lorsque les agissements des hommes ou des esprits malins brisaient l’harmonie avec le monde naturel, les chamans intervenaient pour la restaurer. Les peuples turciques et mongols attribuaient la plupart des grands phénomènes naturels à l’action de Tengri et des autres dieux ou esprits. Le tonnerre était ainsi assimilé à la voix de Tengri et la foudre à sa colère. Mais ses orages étaient aussi bénéfiques puisqu’ils faisaient pousser les récoltes. Tous les êtres vivants-animaux, végétaux – étaient habités par des esprits qui leur étaient propre et étaient donc sacrés.
Le mythe mongol de la création de la terre, lui, fait intervenir le grand Tengri ainsi que Shakyamuni, le bouddha. Tengri fit don à Shakyamuni d’une poignée de terre jaune composée de fragments de pierres précieuses. Shakyamuni la jeta dans l’océan éternel donnant ainsi naissance à un vaste continent : la terre.
Mais une tortue, qui jaillit des profondeurs, la vola. Shakyamuni comprit alors que seule la mort de la tortue libèrerait la terre. Le moine, foncièrement pacifique, hésitait à tuer l’animal, mais Tengri le persuada que c’était la meilleure chose à faire car la perte de cette vie permettait à de nombreuses autres d’éclore sur terre. Alors Shakyamuni abattit la tortue et le monde put enfin prendre forme. La terre ne fut d’abord peuplée que d’animaux. Puis Tengri décida de créer le premier homme et la première femme. Il perfectionna progressivement leur forme physique, puis couvrit leur corps de poils doux.
Lorsqu’il fut satisfait de ses créatures, il décida d’aller chercher de l’eau à la source de l’immortalité pour leur permettre de vivre éternellement.
Soucieux de leur sécurité, il chargea en outre un chien et un chat de veiller sur eux en son absence. Mais dès qu’il fut parti, Erlik Khan, le souverain des morts, éloigna le chat en le tentant avec un bol de lait, et le chien en l’appâtant à l’aide d’un morceau de viande. Puis il souilla les deux êtres humains créés par Tengri en urinant sur eux. À son retour Tengri découvrit avec fureur ce qu’avait fait Erlik Khan. Sa colère se tourna notamment vers le chat et le chien, qui avaient failli à leur mission. Il les punit donc en ordonnant au chat de prélever les poils des humains avec sa langue, pour les coller sur la peau du chien. Le chat ôta presque tous les poils de l’homme et de la femme, ne laissant que ceux qui couvraient leur tête et certaines parties basses de leur corps.Â
Lorsque le chat eut terminé sa  besogne, Tengri versa l’eau de vie éternelle sur le couple d’humains mais la souillure qui leur avait été infligée les empêcha de jouir de l’immortalité escomptée.
Selon le mythe originel des peuples de langue turcique, Tengri survolait sous la forme d’une oie blanche un immense océan symbolisant le cours infini du temps, lorsqu’un être nommé Mère blanche lui demanda de créer le monde. Il fit alors un autre être qu’il appela Er Kishi, et engendra avec son aide la terre et ses habitants. Mais l’impur Er Kishi tenta d’attirer les hommes vers le mal.
Tengri envoya alors ses animaux sacrés sur la terre afin d’inciter les chamans à guider les humains sur la voie du bien et du respect de leur créateur.Â
*Les Racines chrétiennes de l’Europe. Conversion et liberté dans les royaumes barbares, Ve-VIIIe siècle, par Bruno Dumézil, Editions Fayard, 804 pages.
L’historien français et maître de conférence en histoire médiévale à l’Université de Paris-X, explique le lent processus qui a conduit les rois germaniques et leurs sujets vers le baptême.Â




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