
Brochet Anguille
Brochet
Le brochet est l'ennemi du saumon. Il cherche à le détrôner comme le roi de la rivière, bien qu'il se plaise davantage dans les lacs et les étangs. Là , il recherche la vase et les lieux où pourrissent les poissons morts. C'est un vorace, toujours en quête de proies et de nourriture, capable d'avaler des animaux beaucoup plus gros que lui. La nuit, si la rive est humide et la lune à son apogée, il peut venir dans les prés dévorer les agneaux et les petits veaux. Même les chiens en ont peur. Ses dents sont énormes, ses oreilles pointues, son corps rectiÂligne : il ne se déplace pas comme un serpent mais comme une flèche. On ne le voit pas venir car il possède, comme le diable, l'art de se dissimuler. Quand il est affamé, il mange ses propres enfants, voire d'autres brochets plus jeunes que lui. Voilà pourquoi ce poisson n'est pas abondant. S'il l'était, il n'y aurait plus dans les rivières qu'un seul brochet, énorme, qui aurait mangé tous les autres.
Anguille
L'anguille est moins terrifiante. Mais, plus encore que le brochet, elle peut se hisser sur la rive et vivre plusieurs jours hors de l'eau. Elle se comporte alors comme un serpent, très long et très visqueux. Certaines anguilles mesurent trente pieds de long (dix mètres), mais on ne les trouve qu'en Inde. Comme ce poisson naît de la boue et des excréments des autres poissons, plus ces derniers sont nombreux dans une rivière, plus il y a d’anguilles.

Serpents & Vers Basilic
Serpents & Vers
Le monde médiéval des serpents n’est pas un monde homogène. D’un bestiaire à un autre, la liste des animaux rangés sous ce nom varie grandement. D’autant qu’aux serpents proprement dits s’ajoutent la famille des lézards et des dragons. Parfois s’ajoute à cette catégorie des animaux que la zoologie médiévale ne sait pas classer : escargot, crapaud, caméléon, salamandre.
Le monde des vers (vermes) est encore plus disparate. On y trouve toutes les larves mais aussi un grand nombre d’insectes - notion qui n’émergera clairement qu’au XVIè siècle -, quelques petits rongeurs. Et des animaux totalement inattendus à cette place. Ainsi le lynx qui, pour plusieurs auteurs, est « une sorte de grand ver blanc ».
Dans les encyclopédies, il n’est pas rare que les monstres forment une catégorie à part, alors que dans les bestiaires ils sont en général dispersés parmi les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les serpents. On les qualifie parfois de « merveilles » notamment celles de l’Inde ou de l’Orient. Dans certains livres qui leur sont exclusivement consacrés le nombre de monstres recensés peut être important. Il comprend non seulement des animaux comme le dragon, le griffon ou le basilic, des êtres hybrides, mi-humain mi-animaux, comme la sirène ou le centaure, mais aussi des êtres étranges, plus ou moins humains, vivant dans des pays lointains, aux confins de la terre. Certains n’ont qu’un œil au milieu du front, ou bien six doigts à chaque main et sept à chaque pied, ou encore pas de tête mais un visage aplati au milieu de la poitrine. D’autres ont d’immenses oreilles qui recouvrent la presque totalité de leur corps. D’autres sont couverts de poils et marchent à quatre pattes. D’autres encore, appelés sciapodes et vivant sous le chaud soleil d’Éthiopie, n’ont qu’un seul pied mais d’une taille si grande qu’il leur sert de parasol.
Le monde des vers (vermes) est encore plus disparate. On y trouve toutes les larves mais aussi un grand nombre d’insectes - notion qui n’émergera clairement qu’au XVIè siècle -, quelques petits rongeurs. Et des animaux totalement inattendus à cette place. Ainsi le lynx qui, pour plusieurs auteurs, est « une sorte de grand ver blanc ».
Dans les encyclopédies, il n’est pas rare que les monstres forment une catégorie à part, alors que dans les bestiaires ils sont en général dispersés parmi les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons et les serpents. On les qualifie parfois de « merveilles » notamment celles de l’Inde ou de l’Orient. Dans certains livres qui leur sont exclusivement consacrés le nombre de monstres recensés peut être important. Il comprend non seulement des animaux comme le dragon, le griffon ou le basilic, des êtres hybrides, mi-humain mi-animaux, comme la sirène ou le centaure, mais aussi des êtres étranges, plus ou moins humains, vivant dans des pays lointains, aux confins de la terre. Certains n’ont qu’un œil au milieu du front, ou bien six doigts à chaque main et sept à chaque pied, ou encore pas de tête mais un visage aplati au milieu de la poitrine. D’autres ont d’immenses oreilles qui recouvrent la presque totalité de leur corps. D’autres sont couverts de poils et marchent à quatre pattes. D’autres encore, appelés sciapodes et vivant sous le chaud soleil d’Éthiopie, n’ont qu’un seul pied mais d’une taille si grande qu’il leur sert de parasol.
Basilic
& Aspic
L'aspic n'est ni le roi des serpents (c'est le basilic), ni le plus grand ou le plus dangereux (le dragon), mais celui par lequel les bestiaires commencent ce chapitre. Ce serpent est redoutable comme tous les serpents, mais son venin endort plus qu'il ne tue: l'homme ou la femme qui a été mordu par l'aspic tombe dans un profond sommeil et ne se réveille plus. C'est ce qui est arrivé à la reine Cléopâtre qui en mit un sur son sein et s'endormit pour toujours.
En Afrique, l'aspic sert à distinguer les enfants légitimes des bâtards. Les indigènes ont grande confiance en son jugement: chaque
nouveau-né lui est présenté; s'il est «de loyal lit» (légitime), l'aspic le salue; s’il est né d'une relation adultère, il le tue. En Inde, en revanche, l'aspic est pourchassé parce qu'il possède dans sa tête une pierre précieuse de très grand prix: une escarboucle. Des hommes cupides cherchent à s'en emparer. Pour ce faire, ils ont recours à une ruse : sachant que l'aspic est sensible au chant et à la musique, surtout celle de la flûte et de la harpe, ils en jouent, ou bien chantent, pour charmer le serpent et l'endormir. Mais ce dernier déjoue leur ruse: pour n'entendre aucun son, il colle l'une de ses oreilles contre le sol et se bouche l'autre avec l'extrémité de sa queue. Ce faisant, il n'entend rien, comme les hommes qui refusent d'entendre la parole de Dieu.
En Afrique, l'aspic sert à distinguer les enfants légitimes des bâtards. Les indigènes ont grande confiance en son jugement: chaque
nouveau-né lui est présenté; s'il est «de loyal lit» (légitime), l'aspic le salue; s’il est né d'une relation adultère, il le tue. En Inde, en revanche, l'aspic est pourchassé parce qu'il possède dans sa tête une pierre précieuse de très grand prix: une escarboucle. Des hommes cupides cherchent à s'en emparer. Pour ce faire, ils ont recours à une ruse : sachant que l'aspic est sensible au chant et à la musique, surtout celle de la flûte et de la harpe, ils en jouent, ou bien chantent, pour charmer le serpent et l'endormir. Mais ce dernier déjoue leur ruse: pour n'entendre aucun son, il colle l'une de ses oreilles contre le sol et se bouche l'autre avec l'extrémité de sa queue. Ce faisant, il n'entend rien, comme les hommes qui refusent d'entendre la parole de Dieu.

Vipère
Vipère
& Couleuvre
La vipère est plus rusée et cruelle que l'aspic. Elle se cache pour mieux surgir et mordre là où on ne l'attend pas. C'est pourquoi elle a de nombreux ennemis : l'aigle, le cerf, le cochon. Quand ce dernier fouille le sol de la forêt à la recherche de nourriture, il déniche fréquemment une vipère qui s'est endormie dans un trou pour passer l'hiver. Le cochon la tue et la mange sans danger car, avant de s'endormir, la vipère s'était débarrassée de son venin. Mais quand elle ne dort pas, la vipère est abominable, surtout la femelle. Son union avec le mâle est du reste tragique pour ce dernier: pour que l'accouplement soit fécond, il doit introduire sa tête dans la bouche de sa compagne; mais quand il y a déposé sa semence, elle lui tranche aussitôt la tête avec ses dents. De cette union naissent des petits tout aussi impitoyables : sitôt sortis du ventre de leur mère, ils la tuent. La vipère est l'être le plus vil et le plus fourbe qui soit au monde.
La couleuvre est moins dangereuse car elle ne transporte pas toujours avec elle son venin. Pour se nourrir, elle est obligée de s'en débarÂrasser. C'est ainsi qu'elle tète le pis des vaches sans les empoisonner, mais ses dents leur causent de douloureuses blessures. La couleuvre, en effet, aime beaucoup le lait. Si elle ne trouve pas de vache, elle tète une brebis ou bien, à défaut, une chienne. Avec son venin, sa peau et ses crocs, les sorciers fabriquent de nombreux philtres, qui ont le pouvoir d'éloigner les bêtes féroces, les dragons et les crocodiles.
La couleuvre est moins dangereuse car elle ne transporte pas toujours avec elle son venin. Pour se nourrir, elle est obligée de s'en débarÂrasser. C'est ainsi qu'elle tète le pis des vaches sans les empoisonner, mais ses dents leur causent de douloureuses blessures. La couleuvre, en effet, aime beaucoup le lait. Si elle ne trouve pas de vache, elle tète une brebis ou bien, à défaut, une chienne. Avec son venin, sa peau et ses crocs, les sorciers fabriquent de nombreux philtres, qui ont le pouvoir d'éloigner les bêtes féroces, les dragons et les crocodiles.
Amphisbène
Céraste - Acontias - Dispas & Scytale
- L’amphisbène est une sorte de chef de guerre des serpents. Quand ceux-ci se déplacent en troupe, c'est lui qui marche en tête et donne les ordres. Il est pourvu de deux têtes, l'un à l'emplacement normal, l'autre au bout de la queue. Il peut mordre par les deux bouts. Ses quatre yeux, très petits, sont rouges et lancent des flammes. Voilà pourquoi l'amphisbène, qui a toujours chaud, aime le froid: il peut affronter les gelées les plus dures, il aura toujours chaud. Contrairement aux autres serpents, il se déplace de manière circulaire, réunissant ses deux têtes, sinon il ne saurait quelle direction prendre.
- Le céraste quant à lui possède deux cornes semblables à celles du bélier. Elles ne lui servent pas tant à combattre qu'à tendre des pièges. Il se cache dans le sable et laisse seulement apparaître ses deux cornes. Les petits oiseaux s'approchent, croyant qu'il s'agit de deux vers de terre. Le céraste bondit, les saisit avec sa queue puis les mange.
- L’acontias, son cousin, est privé de cornes mais est tout aussi perfide. Il se cache dans les arbres pour mieux épier ses proies. Lorsque l'une d'elles s'approche, il se transforme en une sorte de flèche et fuse sur elle pour la transpercer. La victime meurt dans des douleurs atroces car tout le corps de l'acontias est venimeux.
- Pire encore: le dipsas. Il est tout petit, presque invisible. Quand on lui marche dessus, il mord, et cette morsure fait lentement mourir de soif celui qu'il a mordu, homme, cheval, grosse ou petite bête.
- Quant au scytale, il est si beau, habillé des couleurs de l'arc-en-ciel, qu'on ne peut pas s'empêcher de l'admirer. Mais le contempler a un effet paralysant : il est impossible de bouger et le serpent en profite pour vous mordre et vous tuer.
- Le céraste quant à lui possède deux cornes semblables à celles du bélier. Elles ne lui servent pas tant à combattre qu'à tendre des pièges. Il se cache dans le sable et laisse seulement apparaître ses deux cornes. Les petits oiseaux s'approchent, croyant qu'il s'agit de deux vers de terre. Le céraste bondit, les saisit avec sa queue puis les mange.
- L’acontias, son cousin, est privé de cornes mais est tout aussi perfide. Il se cache dans les arbres pour mieux épier ses proies. Lorsque l'une d'elles s'approche, il se transforme en une sorte de flèche et fuse sur elle pour la transpercer. La victime meurt dans des douleurs atroces car tout le corps de l'acontias est venimeux.
- Pire encore: le dipsas. Il est tout petit, presque invisible. Quand on lui marche dessus, il mord, et cette morsure fait lentement mourir de soif celui qu'il a mordu, homme, cheval, grosse ou petite bête.
- Quant au scytale, il est si beau, habillé des couleurs de l'arc-en-ciel, qu'on ne peut pas s'empêcher de l'admirer. Mais le contempler a un effet paralysant : il est impossible de bouger et le serpent en profite pour vous mordre et vous tuer.

Dragon Lézard
Dragon
Le dragon - qui pour la culture médiévale, rappelons-le, est un animal réel - se présente comme la créature la plus instable de la zoologie des bestiaires. C'est le plus grand des serpents, mais un serpent doté de pattes, au moins deux, parfois quatre et de deux ailes giganÂtesques, ressemblant à celles du «rat-oiseau» (la chauve-souris). Les dragons aptères sont plus visqueux que les autres; ils ne volent pas mais nagent remarÂquablement. Certains dragons n’ont pas une tête unique mais plusieurs: deux comme l’amphisbène, une au sommet du cou, l'autre à l'extrémité de la queue ; ou bien trois comme « le dragon du pays des Amazones»; voire sept comme l'épouvantable hydre, monstre des eaux, ennemi du crocodile.
Les dragons naissent en Éthiopie, en Inde, en « Barbarie», mais de là ils se répandent dans tout l'univers. Le dragon se déplace très rapidement: il marche, il court, il vole, il nage, il rampe, il grimpe. Par là même, il appartient aux trois mondes: terrestre, céleste, aquatique. Sur terre, il habite une caverne, où il garde des trésors et d’où il sort pour terrifier la contrée environnante. Sous terre, il vit dans les eaux, qu’il fait déborder lorsqu'il lutte contre d'autres animaux aquatiques. Dans les airs, il défie les anges, combat les plus féroces des oiseaux de proie, déchaîne les tempêtes. Sur son passage, l'air étincelle comme un feu ardent. Partout, il fait un bruit terrifiant, grondant, mugissant, hurlant, s'agitant en tous sens. Plusieurs auteurs affirment que les dragons ne meurent jamais : ils s'endorment, et il ne faut surtout pas les réveiller. Son haleine empeste; les flammes qui sortent de sa gueule brûlent et détruisent; son venin, placé à l'extrémité de sa queue, comme chez le scorpion, tue. Mais son sperme et sa bave passent pour fertiles et fécondants, et son sang peut durcir pour se transformer en une sorte de carapace assurant l'immortalité à qui se baigne dedans. Siegfried, héros du chant des Nibelungen, l'a fait mais une malheureuse feuille de tilleul tombée entre ses épaules l'a empêché de devenir totalement invulnérable. Le dragon médiéval, polymorphe et polyvalent, est le produit de la fusion en une seule créature de nombreuses traditions antérieures: bibliques, orientales, gréco-romaines, germaniques. Ailleurs, on en parle tout le temps et on craint de le rencontrer, bien plus qu'on redoute de rencontrer le loup: le dragon, c'est le diable. C'est pourquoi toute victoire sur un dragon est une victoire du bien sur le mal. Il n'existe aucun dragon pris en bonne part dans la culture médiévale européenne, alors que les « bons» dragons sont nombreux dans les traditions asiatiques. Vaincre un dragon est un exploit que seuls les plus grands saints (Michel, Georges, Marthe, Marguerite) et les héros les plus prestigieux (Arthur, Tristan, Siegfried) peuvent accomplir.
Lézard
& Salamandre
Des serpents aux vers
Nos bestiaires assimilent parfois aux serpents des animaux qui pour nous n'en sont pas, qui n'ont même aucun rapport avec l'univers des reptiles. Mais la zoologie médiévale est ainsi faite qu'elle s'appuie sur des catégories très larges, mouvantes, évoluant au fil du temps et différant d'un auteur à l'autre.
Comme les serpents, les lézards perdent leur peau périodiquement. On la récupèrent pour en faire des médecines. Mais contrairement aux serpents, ils ne sont pas intelligents, ont peu de mémoire, pondent des œufs par la bouche mais ont du mal à les retrouver. En vieillissant, les lézards perdent la vue mais ils ont la faculté de la retrouver en se tournant vers l'orient, là où le soleil se lève. Certains d'entre eux présentent d'autres propriétés remarquables, qui intéressent particulièrement les médecins, les mages et les sorciers.
Le stellion est un petit lézard de toutes les couleurs. Ses taches multicolores brillent comme des étoiles (stellae) ; quand il change de
peau, ce qui arrive chaque année, il est d'abord tout blanc, puis blanc et rouge, puis blanc, rouge et vert et enfin de toutes les couleurs. Il vit dans les murailles et est aussi venimeux et rusé qu'un vrai serpent. On le tue en le plongeant dans un récipient contenant du vin. Mais qui boirait un tel liquide, où le stellion mort a macéré, serait défiguré à tout jamais. Certains maris trompés par leur femme leur servent ainsi un « verre de stellion » et de belles qu'elles étaient les rendent laides à tout jamais.
La salamandre est une « grande lézarde" qui empoisonne de son venin tout ce qu'elle touche: l'eau des puits, les fruits des arbres, le lait des vaches et des brebis. Son corps est si froid qu'elle se réfugie dans les flammes pour se réchauffer. Ensemble, plusieurs salamandres peuvent éteindre un incendie. Les objets en cuir que l'on fabrique avec leur peau ne brûlent pas.
Nos bestiaires assimilent parfois aux serpents des animaux qui pour nous n'en sont pas, qui n'ont même aucun rapport avec l'univers des reptiles. Mais la zoologie médiévale est ainsi faite qu'elle s'appuie sur des catégories très larges, mouvantes, évoluant au fil du temps et différant d'un auteur à l'autre.
Comme les serpents, les lézards perdent leur peau périodiquement. On la récupèrent pour en faire des médecines. Mais contrairement aux serpents, ils ne sont pas intelligents, ont peu de mémoire, pondent des œufs par la bouche mais ont du mal à les retrouver. En vieillissant, les lézards perdent la vue mais ils ont la faculté de la retrouver en se tournant vers l'orient, là où le soleil se lève. Certains d'entre eux présentent d'autres propriétés remarquables, qui intéressent particulièrement les médecins, les mages et les sorciers.
Le stellion est un petit lézard de toutes les couleurs. Ses taches multicolores brillent comme des étoiles (stellae) ; quand il change de
peau, ce qui arrive chaque année, il est d'abord tout blanc, puis blanc et rouge, puis blanc, rouge et vert et enfin de toutes les couleurs. Il vit dans les murailles et est aussi venimeux et rusé qu'un vrai serpent. On le tue en le plongeant dans un récipient contenant du vin. Mais qui boirait un tel liquide, où le stellion mort a macéré, serait défiguré à tout jamais. Certains maris trompés par leur femme leur servent ainsi un « verre de stellion » et de belles qu'elles étaient les rendent laides à tout jamais.
La salamandre est une « grande lézarde" qui empoisonne de son venin tout ce qu'elle touche: l'eau des puits, les fruits des arbres, le lait des vaches et des brebis. Son corps est si froid qu'elle se réfugie dans les flammes pour se réchauffer. Ensemble, plusieurs salamandres peuvent éteindre un incendie. Les objets en cuir que l'on fabrique avec leur peau ne brûlent pas.

Caméléon Scorpion
Caméléon
& Crapaud
Sur le caméléon, encyclopédies et bestiaires ne s'accordent pas. Pour les uns, c'est un quadrupède monstrueux, né de l'accouplement d'un chameau et d'une lionne comme l'indique son nom. Pour d'autres, c'est un petit animal hybride qui possède le corps d'un lézard, la tête d'un porc ou d'un singe, les griffes d'un oiseau de proie et, sur le dos, une crête semblable à la nageoire d'un poisson. Sa langue est très longue et s'étire comme un serpent. Elle lui permet d'attraper de loin tout ce qu'il veut. Ce qui ne lui sert pas à grand-chose car il ne mange ni ne boit: il se nourrit d'air; c'est du reste pour cette raison qu'il est dépourvu de sang. Quatre autres animaux se nourrissent d'un élément pur: la taupe et le crapaud qui mangent la terre ; le hareng qui absorbe l'eau de la mer; la salamandre qui avale le feu. Mais le caméléon est le seul qui se nourrisse seulement de l'air qu'il respire. Sachant qu'il ne ressemble à personne, le caméléon a peur de tout. Il se dissimule en changeant souvent de couleur.
Son grand ennemi est le corbeau car quand le caméléon décide de devenir noir, ce noir est plus beau et plus lumineux que celui de l'oiseau. Au point que le corbeau en devient jaloux et force le caméléon à changer de couleur. Pour ce faire, les auteurs relèvent deux procédés: soit l'animal secrète une humeur interne qui colore son corps; soit il regarde l'objet ou la plante qui se trouve le plus près de lui et il en prend aussitôt la couleur.
Parfois rangé au nombre des serpents, le crapaud distille un venin extrêmement froid; la main qui le touche devient insensible, comme si elle avait gelé. Le crapaud fuit la lumière, recherche les endroits obscurs, se réfugie sous terre pour échapper aux rayons du soleil. Là , il tient compagnie aux sorciers. Avec sa peau, ses os et son venin, les enchanteurs fabriquent des philtres « pour créer la haine ou l'amour entre deux personnes». Les médecins, quant à eux, se servent de ses sécrétions pour apaiser les fièvres.
Son grand ennemi est le corbeau car quand le caméléon décide de devenir noir, ce noir est plus beau et plus lumineux que celui de l'oiseau. Au point que le corbeau en devient jaloux et force le caméléon à changer de couleur. Pour ce faire, les auteurs relèvent deux procédés: soit l'animal secrète une humeur interne qui colore son corps; soit il regarde l'objet ou la plante qui se trouve le plus près de lui et il en prend aussitôt la couleur.
Parfois rangé au nombre des serpents, le crapaud distille un venin extrêmement froid; la main qui le touche devient insensible, comme si elle avait gelé. Le crapaud fuit la lumière, recherche les endroits obscurs, se réfugie sous terre pour échapper aux rayons du soleil. Là , il tient compagnie aux sorciers. Avec sa peau, ses os et son venin, les enchanteurs fabriquent des philtres « pour créer la haine ou l'amour entre deux personnes». Les médecins, quant à eux, se servent de ses sécrétions pour apaiser les fièvres.
Scorpion
L'Escargot
Le scorpion, classe tantôt parmi les lézards, tantôt parmi les vers, tient son venin dans sa queue. Il est surtout dangereux le matin, quand l'animal est à jeun. Lorsqu'il a pris son repas, son venin se fait moins vif: quitte à être piqué, autant l'être le soir.
Comme le scorpion, l'escargot est inclassable pour la zoologie médiévale, tantôt coquillage, tantôt serpent, tantôt vermine. Il naît en: effet de la boue et du limon de la terre, comme les vers. Mais il possède une coquille, qui constitue sa maison. Et il rampe, comme les serpents. C'est un animal nuisible qui mange les salades, bave contiÂnuellement et souille tout ce qu'il touche. Heureusement, il se déplace lentement. Ses yeux sont placés au bout de deux longues cornes qui surmontent sa bouche. Quand il a peur, il rentre ses cornes dans sa coquille et fait semblant d'être mort.
Comme le scorpion, l'escargot est inclassable pour la zoologie médiévale, tantôt coquillage, tantôt serpent, tantôt vermine. Il naît en: effet de la boue et du limon de la terre, comme les vers. Mais il possède une coquille, qui constitue sa maison. Et il rampe, comme les serpents. C'est un animal nuisible qui mange les salades, bave contiÂnuellement et souille tout ce qu'il touche. Heureusement, il se déplace lentement. Ses yeux sont placés au bout de deux longues cornes qui surmontent sa bouche. Quand il a peur, il rentre ses cornes dans sa coquille et fait semblant d'être mort.

Lynx Sangsue
Lynx
Les vers
Pour les savoirs médiévaux, le monde des vers est particulièrement hétérogène: il comprend non seulement les larves et la vermine, mais aussi la plupart des insectes, les batraciens, les gastéropodes, certains mollusques et crustacés et parfois de petits rongeurs.
Les « vers » naissent de la pourriture et de la corruption de la terre, de l'eau, de l’air, de la chair. Certains volent, d'autres nagent, d'autres rampent, marchent ou sautent. Mais tous sont de petite taille, heureuÂsement car ce sont pour l'essentiel des fléaux.
De même que les vers détruisent les arbres et les plantes, de même ils rongent le corps de l'homme impur, méchant ou ingrat envers Dieu.
La seule exception, nous disent quelques auteurs, est le lynx, immense ver blanc dont la vue est si perçante qu'elle traverse les murs et les montagnes. Aucun animal ne voit aussi bien que lui; quand il est en colère, ses yeux jettent des flammes. Ce n'est du reste pas là sa seule propriété: au contact de l'air, son urine se transforme en une pierre précieuse qui est très recherchée mais qu’il cache.
Tous nos auteurs ne font pas du lynx un ver. Ils voient plutôt en lui un quadrupède, une sorte de loup géant, mais un loup doté d'une rapidité à la course exceptionnelle et d'une vue prodigieuse. Dans le système médiéval des cinq sens, le lynx est l'attribut de la vue, la taupe de l'ouïe, le vautour de l'odorat, le singe du goût et l'araignée du toucher.
Les « vers » naissent de la pourriture et de la corruption de la terre, de l'eau, de l’air, de la chair. Certains volent, d'autres nagent, d'autres rampent, marchent ou sautent. Mais tous sont de petite taille, heureuÂsement car ce sont pour l'essentiel des fléaux.
De même que les vers détruisent les arbres et les plantes, de même ils rongent le corps de l'homme impur, méchant ou ingrat envers Dieu.
La seule exception, nous disent quelques auteurs, est le lynx, immense ver blanc dont la vue est si perçante qu'elle traverse les murs et les montagnes. Aucun animal ne voit aussi bien que lui; quand il est en colère, ses yeux jettent des flammes. Ce n'est du reste pas là sa seule propriété: au contact de l'air, son urine se transforme en une pierre précieuse qui est très recherchée mais qu’il cache.
Tous nos auteurs ne font pas du lynx un ver. Ils voient plutôt en lui un quadrupède, une sorte de loup géant, mais un loup doté d'une rapidité à la course exceptionnelle et d'une vue prodigieuse. Dans le système médiéval des cinq sens, le lynx est l'attribut de la vue, la taupe de l'ouïe, le vautour de l'odorat, le singe du goût et l'araignée du toucher.
Sangsue
Les Vers
La sangsue est un ver d'eau qui s'accroche au corps des autres bêtes et suce leur sang. On l'emploie en médecine pour faire des saignées mais avant de l'utiliser il faut la frotter d'ortie et de sel. En Inde, il existe des sangsues volantes, demeurant près des marécages. Quand un homme s'approche, elles lui tombent dessus et le vident de son sang. Sur les arbres, on rencontre de nombreux autres vers qui mangent les feuilles, les fleurs, les tiges et les fruits.

chenille sauterelle
Chenille
& Papillon
La chenille, ver rampant qui monte aux arbres, est tout aussi nocive: elle mange les tiges, les feuilles, les fruits. La nuit, elle brille comme une étoile, et quand sa vie est finie, elle se transforme en « papillon volant», ce qui est « grande merveille ». D'autant que les excréments des papillons déposés sur les feuilles et sur les branches donnent naissance à de nouvelles chenilles. Attirés par la lumière, les papillons se brûlent aux flammes des lampes et des chandelles et, pour cette raison, vivent peu de temps.
Sauterelle
Les Vers
Les sauterelles sont engendrées par le vent du sud, celui du nord les tue. Malgré leur petite taille, elles ont une grande bouche carrée et, constamment affamées, elles se mangent entre elles. Leur tête ressemble à celle du cheval ou de la mule, leurs jambes à celles de la grenouille; elles sautent du reste très haut, certaines pouvant même franchir la cime d'un grand arbre. Leur fécondité est remarquable, un mâle et une femelle ayant dans leur vie plus d'enfants qu'aucun autre animal. Quand elles volent en groupe, elles sont si nombreuses et si serrées qu'on dirait un nuage. C'est un fléau épouvantable, comme on peut le lire au livre de l'Exode: Dieu a envoyé les sauterelles sur le pays d'Égypte pour aider son peuple à s'enfuir et prendre le chemin de la Terre promise. Les sauterelles dévorent toutes les récoltes, toutes les graines, tous les fruits: il faut les maudire.

Mouche cigale
Mouche
Les Vers
Les mouches ne valent pas mieux: elles recherchent les cadavres et la pourriture et sont ainsi la cause de nombreuses pestes. Elles aiment le lait, le fromage et le miel; mais plus encore la chair des animaux morts.Vivant longtemps, elles guettent le trépas de l'âne ou du cheval, tournent autour de lui quand il est vivant, se précipitent sur sa charogne quand il est mort.
Cigale
Les Vers
Il existe cependant une espèce de mouche qui délaisse les chairs pourries pour se nourrir de la seule rosée des plantes: la cigale, qui chante magnifiquement et qui aime la chaleur. Plus il fait chaud, plus elle chante, au point parfois d'en oublier de manger. Elle meurt alors en chantant. C'est une jouisÂseuse, à l'image des hommes et des femmes qui ne font que ce qui leur plaît et négligent ce qui pourrait les conduire à la vie éternelle.

Araignée puce
Araignée
Les vers
L'araignée ne vole pas. C'est un ver rampant qui possède plusieurs pieds et escalade les murs. Elle passe son temps à fabriquer du fil et à tisser des toiles « si subtilement faites qu'aucun homme ne peut voir comment un fil est relié à l'autre». Cette toile lui sert de filet pour capturer les mouches qu'elle dévore vivantes. Si elle attrape un animal plus gros, elle le pique et le tue de son venin avant de le manger mort. L'araignée symbolise le diable qui tous les jours tisse une grande toile pour s'emparer de notre âme. Comme lui, elle préfère les ténèbres à la lumière. Au demeurant, elle est presque aveugle mais son sens du toucher est incomparable, meilleur que celui de l’homme.
Puce
& Poux
La puce est blanche en naissant et devient noire très rapidement, ce qui est signe de de sa nature mauvaise. C'est un petit ver qui habite les poils des animaux et leur suce le sang.
Contre les poux, en revanche, appelés parfois « vers vif-argent», un seul remède: « souvent se laver, se peigner et se nettoyer ». Les poux n'aiment pas l'eau ni ce qui est humide; transpirer beaucoup aide à les faire partir.
Les hommes et les femmes du Moyen Âge ont moins souffert des puces, des poux et de la vermine que ceux de l'époque moderne. Il est vrai qu'ils sont nettement plus propres, les pratiques d'hygiène ayant fortement régressé en Europe à partir du XVIe siècle. Dans toutes les classes de la société, on est plus sale, on est en moins bonne santé et on vit moins longtemps à l'époque de Louis XIV qu'à celle de Saint Louis.
Contre les poux, en revanche, appelés parfois « vers vif-argent», un seul remède: « souvent se laver, se peigner et se nettoyer ». Les poux n'aiment pas l'eau ni ce qui est humide; transpirer beaucoup aide à les faire partir.
Les hommes et les femmes du Moyen Âge ont moins souffert des puces, des poux et de la vermine que ceux de l'époque moderne. Il est vrai qu'ils sont nettement plus propres, les pratiques d'hygiène ayant fortement régressé en Europe à partir du XVIe siècle. Dans toutes les classes de la société, on est plus sale, on est en moins bonne santé et on vit moins longtemps à l'époque de Louis XIV qu'à celle de Saint Louis.

Fourmi Abeille
Fourmi
Les vers
Dans la société des fourmis, tout le monde est égal : il n’y a ni roi ni chef. Elles sont tellement ingénieuses et travailleuses, qu’elles n'ont pas besoin de recevoir des ordres: elles savent en toutes circonstances ce qu’elles doivent faire. Contrairement à la plupart des autres vers, la fourmi est remplie de vertus et « de bons exemples». Courageuse, prévoyante, intelligente, elle amasse des provisions pour l’hiver.
Le plus grand ennemi des fourmis y est un grand ver nommé «fourmilion». Il ressemble à une araignée et est engendré par les vapeurs de l'ordure. Les fourmis constituent l'essentiel de sa nourriture; quand il en tient une, il suce son sang jusqu'à ce qu'elle meure. Pour s'en emparer, il a recours à une ruse qui consiste à creuser dans le sable un trou en forme d'entonnoir; puis il se cache au fond, guettant sa proie. Quand une fourmi passe, chargée de grains, elle tombe dans le trou et est aspirée par l'entonnoir, arrivant direcÂtement dans la bouche du fourmilion.
Le plus grand ennemi des fourmis y est un grand ver nommé «fourmilion». Il ressemble à une araignée et est engendré par les vapeurs de l'ordure. Les fourmis constituent l'essentiel de sa nourriture; quand il en tient une, il suce son sang jusqu'à ce qu'elle meure. Pour s'en emparer, il a recours à une ruse qui consiste à creuser dans le sable un trou en forme d'entonnoir; puis il se cache au fond, guettant sa proie. Quand une fourmi passe, chargée de grains, elle tombe dans le trou et est aspirée par l'entonnoir, arrivant direcÂtement dans la bouche du fourmilion.
Abeille
Les Vers
Tous les bestiaires ne parlent pas de l'abeille, mais quand ils le font elle devient une vedette, souvent citée dans le chapitre consacré aux vers.
L'abeille est toujours un modèle pour l'homme: c'est le plus pur et le plus vertueux de tous les animaux. Est-ce la raison pour laquelle certains auteurs la considèrent non pas comme un ver mais comme un oiseau? Comme ce dernier, elle vole et elle chante. D'autres en font un animal à part, hors classification.
Les abeilles vivent en communauté, guidées par un roi qu'elles ont choisi. Il est difficile de le voir car, lorsqu'elles volent, elles le serrent de si près pour le protéger qu'elles le cachent. Même dans la ruche, il conserve toujours près de lui une garde rapprochée, des abeilles dont l'aiguillon est plus long que celui des autres. Une partie des abeilles travaille dans la ruche à fabriquer le miel et la cire, chacune possédant sa petite maison; l'autre partie vole vers les fleurs pour y prendre tous les produits nécessaires à cette fabrication. L'abeille a un estomac si petit qu'elle doit visiter mille fleurs de trèfle pour le remplir avant de retourner à la ruche. Mais elles ne butinent pas n'importe où: les abeilles ont un territoire délimité, comme une seigneurie dont la ruche serait le château. Le travail est la loi commune, les abeilles paresseuses sont mises à mort, étouffées puis dévorées par leurs compagnes.
Les abeilles sont pures: elles ne s'accouplent pas, restent vierges toute leur vie.
Certains prétendent qu'elles naissent de charognes de bovins et qu'elles sont engendrées, de la façon suivante: on malaxe les chairs d'un bœuf ou d'un veau mort et quand son sang est bien fermenté, il en naît des vers qui plus tard deviendront des abeilles. Le mot abeille désigne seulement l'animal né du veau ou du bœuf. Le frelon, quant à lui, est la bête issue à partir du cheval selon le même procédé; tout comme le bourdon est la bête issue du mulet et la guêpe, la bête issue de l’âne.
L'abeille est toujours un modèle pour l'homme: c'est le plus pur et le plus vertueux de tous les animaux. Est-ce la raison pour laquelle certains auteurs la considèrent non pas comme un ver mais comme un oiseau? Comme ce dernier, elle vole et elle chante. D'autres en font un animal à part, hors classification.
Les abeilles vivent en communauté, guidées par un roi qu'elles ont choisi. Il est difficile de le voir car, lorsqu'elles volent, elles le serrent de si près pour le protéger qu'elles le cachent. Même dans la ruche, il conserve toujours près de lui une garde rapprochée, des abeilles dont l'aiguillon est plus long que celui des autres. Une partie des abeilles travaille dans la ruche à fabriquer le miel et la cire, chacune possédant sa petite maison; l'autre partie vole vers les fleurs pour y prendre tous les produits nécessaires à cette fabrication. L'abeille a un estomac si petit qu'elle doit visiter mille fleurs de trèfle pour le remplir avant de retourner à la ruche. Mais elles ne butinent pas n'importe où: les abeilles ont un territoire délimité, comme une seigneurie dont la ruche serait le château. Le travail est la loi commune, les abeilles paresseuses sont mises à mort, étouffées puis dévorées par leurs compagnes.
Les abeilles sont pures: elles ne s'accouplent pas, restent vierges toute leur vie.
Certains prétendent qu'elles naissent de charognes de bovins et qu'elles sont engendrées, de la façon suivante: on malaxe les chairs d'un bœuf ou d'un veau mort et quand son sang est bien fermenté, il en naît des vers qui plus tard deviendront des abeilles. Le mot abeille désigne seulement l'animal né du veau ou du bœuf. Le frelon, quant à lui, est la bête issue à partir du cheval selon le même procédé; tout comme le bourdon est la bête issue du mulet et la guêpe, la bête issue de l’âne.
